Orpailleur, de Marc Barrat, sortira en salle le 16 juin

© Patrick Swirc
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Orpailleur, premier long métrage de Marc Barrat, sortira en salle le 16 juin. Ce film d’aventure écologique aborde la question de l’orpaillage clandestin et de ses effets désastreux sur l’environnement.

Genre : drame, psycho/aventure
Durée : 1 h 33
Réalisateur : Marc Barrat
Casting : Tony MPoudja, Julien Courbey, Sara Martins, Jimmy Jean-Louis, Philippe Nahon, Thierry Godard, George Aguilar, Malick Bowens, Cyril Guei, Ricky Tribord, Josy Mass, Viviane Emigré, Serge Abatucci, Cyrille Hertel, Soding Poloé, Philippe Passon, Roger Vaïti.

Le synopsis
Rod, jeune parisien d´origine guyanaise, Gonz, son ami d´enfance des cités et Yann, une jeune guide touristique militante écolo se retrouvent au cœur de la forêt amazonienne, pris dans un engrenage, entraînés au bout du fleuve, dans le milieu hostile et archaïque des chercheurs d’or clandestins…

Interview avec Marc Barrat
C’est votre premier long métrage. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Je suis né à Cayenne dans une vieille famille guyanaise et j’ai pu grandir sur cette terre jusqu’à la fin de mon adolescence. J’ai ensuite découvert la métropole à l’occasion de mes études au lycée. Puis je suis passé par l’Esra, l’Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle, à Paris. J’ai travaillé comme assistant réalisateur, stagiaire à la mise en scène et deuxième assistant sur quelques longs métrages et publicités, puis comme premier assistant sur des téléfilms. Parallèlement, j’ai réalisé un premier court métrage, Le Blues du Maskilili, qui a eu une belle petite vie et qui m’a fait connaître comme réalisateur. Le Ministère de la Santé m’a alors proposé de réaliser des films pour la lutte contre le sida. À l’époque, j’ai fait treize films en trois ans. J’ai réalisé des petits modules de cinq minutes, comme cela m’avait été demandé pour faire passer des messages de prévention contre la maladie. J’ai également commencé à écrire mon premier long métrage, que j’ai mis cinq ans à préparer, développer, tourner et monter.

© Patrick Swirc
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Pourquoi avoir choisi pour ce premier long métrage le thème de l’orpaillage ?
Je voulais parler de l’orpaillage depuis très longtemps.
Je me suis toujours dit qu’un film sur ce fléau devait être réalisé.
J’ai voulu le faire à travers une fiction, car le sujet avait déjà été traité en documentaire. Selon moi d’ailleurs, les reportages n’étaient pas vraiment justes. On fait souvent du sensationnel avec ce type de sujet.
« Quand tu es orpailleur, tu as la fièvre de l’or, souvent elle te bouffe et tu perds la raison » dit Yann dans le film.
La quête de l’or, l’obsession pour le métal jaune, ont précipité le personnage de Rod dans un arrachement à l’enfance guyanaise. Chargé de ses blessures affectives, il se retrouve au milieu d’une forêt meurtrie, blessée par les activités dévastatrices de l’orpaillage, en particulier celui de l’orpaillage sauvage, illégal. De nos jours, il existe en Guyane un grand nombre de chantiers d’orpaillage clandestins où règnent des conditions de vie inhumaine et où les meurtres, la torture et la misère morale et sexuelle sont monnaie courante. Sur un territoire immense se déploient ainsi de véritables espaces de non-droit, impossibles à contrôler par des forces de l’ordre dépassées par l’ampleur de la tâche.
En tant que Guyanais qui réside souvent dans la région, j’ai une connaissance intime de cette situation qui défraie régulièrement la chronique locale et nationale, et du malaise que provoque cet état de fait chez les habitants de cette région française. Concentrée sur Cayenne, Kourou et l’ensemble du littoral, la population vit un quotidien aux « normes européennes », totalement contrasté avec l’intérieur du territoire, aujourd’hui menacé par une véritable catastrophe écologique et humaine. Pour moi, raconter l’histoire de Rod, à travers son point de vue et son parcours, c’est poser un regard à la fois familier et étranger sur cette terre et les questions qui la traversent.

Le film suit aussi le parcours initiatique de Rod…
En effet, j’ai eu envie de traiter la question de l’orpaillage mais tout en posant le problème du retour aux sources. Mon histoire personnelle m’a confronté assez tôt au sentiment particulier d’être de deux pays. Cet enracinement dans une double culture, je l’assume pleinement. J’ai souhaité raconter dans ce film l’histoire d’un personnage qui, au contraire, se cherche, qui n’a pas encore assimilé cette dualité.
Il est victime d’un déracinement, rentre chez lui et est confronté à un tas de blessures affectives, tandis que la forêt est elle-même blessée par des orpailleurs clandestins.

Au-delà de l’histoire d’amour entre deux des personnages, on peut percevoir une histoire d’amour très forte avec la nature…
En effet. Cette nature maltraitée sert de terrain au héros pour commencer sa quête. Elle est un personnage à part entière dans l’histoire. Elle est le théâtre d’événements qui participent à la renaissance sensorielle, psychologique et affective de Rod.
Par le biais de son rituel ancestral, Assékandé est le révélateur, le médecin de l’âme de Rod. Il lui permet de faire le lien avec cette nature guyanaise qu’il a oubliée, refoulée tout au long de son existence en métropole.
Telle une matrice organique elle-même blessée et souillée par les hommes et leurs dérives obsessionnelles, la forêt est au cœur d’un véritable enjeu pour tous les personnages, qu’il s’agisse de lui arracher l’or des entrailles, de la protéger, ou de se laisser porter par la force spirituelle qu’elle recèle, pour aller vers soi et retrouver son identité.

© Patrick Swirc
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Parlez-nous du rôle de Myrtho
Pour moi, Myrtho est le personnage hollywoodien du film.
C’est le héros romantique, l’ancien orpailleur parti en rébellion contre un système mafieux et qui s’est mis à attaquer les exploitations clandestines. Myrtho est Robin des Bois. On ne le voit pas faire, mais on raconte comment il attaque les orpailleurs. Yann, sa fiancée dit que pour elle, c’est le plus bel acte écologique, bien plus valeureux que celui des policiers. Myrtho a une face mystérieuse tout comme son interprète Jimmy Jean-Louis.

Quel est le message que vous souhaitez faire passer auprès du grand public qui va découvrir votre film ?

J’espère être parvenu, par la fiction, à traiter ce sujet qui me tient à cœur et peut-être avoir fait un « divertissement engagé ».
J’espère que le public prendra conscience qu’il existe un problème environnemental en Guyane. Un problème écologique qui pourrait éclater au grand jour comme celui de la chlordécone aux Antilles.
On ne peut pas contrôler deux fleuves-frontières en même temps, c’est impossible. Les orpailleurs connaissent la forêt comme personne. Ce sont de pauvres gars, pour la plupart, qui crèvent de faim chez eux… Et pour moi, tant qu’il n’y aura pas d’accords entre les gouvernements, et surtout en amont avec le Brésil, je ne pense pas qu’on réglera le souci de l’orpaillage en Guyane.

L’or illégal – Extrait du dossier réalisé par la WWF
Composé de nombreuses forêts tropicales humides ayant conservé leur état primaire, le Plateau des Guyanes revêt un intérêt biologique exceptionnel, abondamment traité dans la littérature scientifique. Lieu de vie des communautés amérindiennes, il héberge une faune et une flore d’une incroyable diversité.
Mais, depuis quelques années, la Guyane subit de plein fouet une nouvelle ruée vers l’or. Celle-ci se traduit notamment par l’installation massive d’exploitations aurifères illégales qui ne bénéficient d’aucune autorisation officielle et bafouent les lois en vigueur. La recrudescence de l’orpaillage illégal est principalement alimentée par de puissantes vagues d’immigration clandestine en provenance du Brésil. Plus de 10 000 orpailleurs clandestins travailleraient aujourd’hui en forêt guyanaise, répartis sur plusieurs centaines de chantiers. Autant dire que cette ruée vers l’or est un fléau aux conséquences environnementales, sociales, sanitaires et économiques catastrophiques.
En effet, la principale technique utilisée par les exploitants illégaux pour récupérer l’or est encore basée sur l’emploi du mercure qui amalgame les particules d’or. Sous l’action de l’acidité de l’eau, le mercure se transforme en un dérivé dangereux : le méthyl-mercure.  Ainsi, suite à ce processus de méthylation, le mercure est absorbé, stocké et concentré dans la chair des poissons carnassiers. Il en découle un empoisonnement insidieux des populations locales qui s’en nourrissent quotidiennement.
Une étude de l’INSERM effectuée en 1998 avait d’ailleurs mis en évidence des troubles neurologiques qui pouvaient se traduire chez les enfants par des symptômes plus que préoccupants : problèmes de coordination des membres inférieurs, dysfonctionnements relatifs aux capacités de raisonnement et à l’organisation visiospatiale…
De plus, au-delà de ces impacts négatifs sur la qualité de l’eau des rivières et donc, de notre environnement et de notre santé, l’exploitation aurifère clandestine a des répercussions sociales indirectes. En effet, elle concourt à la structuration de véritables filières d’immigration sauvage et au développement de réseaux de prostitution, de trafics (armes et drogues) et de délinquance. C’est là la grande particularité des marchés parallèles, qui engendrent toujours plus de pratiques illégales pour pouvoir fonctionner « en dehors » du système.

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