Au Decolonial Film Festival, des récits entre héritages et résistances du 11 au 24 mai

Du 11 au 24 mai 2026, la troisième édition du Decolonial Film Festival investira plusieurs salles franciliennes autour des thèmes des héritages, des diasporas, des résistances, des spiritualités et des amours. Parmi les temps forts de cette programmation engagée, plusieurs œuvres venues des Caraïbes ou de leurs diasporas interrogent les traces du passé colonial, la mémoire familiale et les récits de transmission, du film martiniquais Zatrap d’Elsie Haas au bouleversant Le Dernier Repas de Maryse Legagneur.

Qu’il filme la Martinique des années 1980, l’Angola en lutte pour son indépendance ou les silences hérités de la dictature haïtienne, le cinéma présenté au Decolonial Film Festival rappelle combien les récits caribéens et diasporiques portent en eux une mémoire politique et intime. À travers les œuvres d’Elsie Haas, Sarah Maldoror, Maryse Legagneur ou Nadia Louis-Desmarchais, cette troisième édition fait dialoguer plusieurs générations de cinéastes pour lesquelles filmer revient aussi à transmettre, réparer et questionner le monde contemporain.

Dans Zatrap, tourné au début des années 1980, Elsie Haas filme une Martinique dépendante des importations, où les traces de l’héritage colonial traversent encore le quotidien. Plus de quarante ans après sa réalisation, le film résonne avec une étonnante actualité. C’est précisément cette capacité du cinéma à faire dialoguer mémoire, résistances et présent que mettra en lumière la troisième édition du Decolonial Film Festival, organisée du 11 au 24 mai 2026 en région parisienne.

Du Zatrap d’Elsie Haas à Sarah Maldoror : les Caraïbes en héritage au Decolonial Film Festival

Pensé autour des thèmes des héritages, des diasporas, des résistances, des spiritualités et des amours, le festival poursuit son ambition de faire circuler des récits souvent absents des écrans traditionnels. Cette année encore, plusieurs films liés aux Caraïbes et à leurs diasporas occupent une place importante dans la programmation, en explorant autant les mémoires familiales que les luttes politiques et les questions identitaires.

Parmi eux, Zatrap de la réalisatrice haïtienne Elsie Haas apparaît comme une œuvre particulièrement marquante. Tourné en noir et blanc, en créole et en français, le film observe la vie martiniquaise tout en révélant les mécanismes de dépendance hérités de la départementalisation. « C’était les années 80. On était encore sous l’influence des années 68. À l’époque on commençait à réfléchir à l’audiovisuel. On se posait des questions. Le cinéma pouvait-il permettre à nous peuples de la Caraïbe de prendre nos images, notre imaginaire, notre représentation du monde en main ? » interrogeait Elsie Haas autour du film.

Cette réflexion sur la représentation et la réappropriation des imaginaires trouve un écho dans une autre figure majeure du festival : Sarah Maldoror. Cinéaste guadeloupéenne pionnière du cinéma panafricain, elle a porté à l’écran les luttes anticoloniales africaines avec un regard profondément politique mais toujours ancré dans l’humain. Son film Sambizanga (1972), présenté dans le cadre de la journée Maghreb Noir le 16 mai à l’Espace 1789 de Saint-Ouen-sur-Seine, revient sur l’arrestation d’un militant révolutionnaire angolais au début des années 1960, en pleine lutte pour l’indépendance. Sarah Maldoror filme les solidarités et les trajectoires individuelles prises dans les violences coloniales. À travers le parcours de Maria, partie retrouver son mari emprisonné avec son bébé sur le dos, Sambizanga fait du cinéma un espace de résistance et de mémoire. La projection de Sambizanga qui sera suivie d’une table-ronde à laquelle participera Annouchka De Andrade, spécialiste de l’audiovisuel et du patrimoine culturel et fille de la réalisatrice.

« Une démarche cinématographique de devoir de mémoire »

Entre Sarah Maldoror et Elsie Haas se dessine ainsi un dialogue de cinéastes caribéennes pour lesquelles filmer revient aussi à questionner les récits dominants et les héritages laissés par l’histoire coloniale. Une filiation que l’on retrouve également dans des œuvres plus contemporaines comme Le Dernier Repas (2024) de Maryse Legagneur.

La réalisatrice haïtiano-québécoise y raconte la rencontre tardive entre un père mourant et sa fille, réunis autour de plats haïtiens qui réveillent les souvenirs enfouis d’un passé marqué par la dictature des Duvalier. Derrière l’intimité familiale, le film aborde les traumatismes transmis d’une génération à l’autre en Haïti, notamment ceux liés à la prison de Fort-Dimanche. Maryse Legagneur expliquant à ce propos que « le dernier repas s’inscrit dans une démarche cinématographique de devoir de mémoire. »

À travers ces repas partagés, la cinéaste explore autant la mémoire politique que les possibilités de réconciliation. « Ce film est une sorte de tragédie en route vers sa lumière », explique-t-elle encore, donnant au récit une dimension profondément humaine malgré la violence des souvenirs évoqués.

La question des identités diasporiques traverse aussi Recomposée (2025) de Nadia Louis-Desmarchais. Née d’une mère haïtienne et d’un père italo-québécois, la réalisatrice interroge les silences familiaux, le racisme internalisé et les fractures liées à l’abandon. En convoquant archives et témoignages, elle construit une réflexion sensible sur la mémoire, les séparations et la résilience.

En fédérant différentes communautés diasporiques dans les salles de cinéma, le Decolonial Film Festival entend ainsi transmettre et sensibiliser afin d’encourager l’action collective et les solidarités intercommunautaires. Une ambition qui se retrouve dans l’ensemble de la programmation, bien au-delà des Caraïbes.

Le festival s’ouvrira au cinéma Le Luxy à Ivry-sur-Seine avec Do You Love Me (2026) de la réalisatrice libanaise Lana Daher. La séance de clôture, organisée au cinéma L’Écran à Saint-Denis, présentera quant à elle 25 (1977) de Celso Luccas et José Celso Martinez Corrêa, œuvre rare composée d’images d’archives retraçant la libération du Mozambique le 25 juin 1975, quasiment introuvable en France depuis sa première projection en 1977.

À travers ces films venus d’horizons différents, cette troisième édition du Decolonial Film Festival compose finalement une cartographie de mémoires en circulation, où les Caraïbes dialoguent avec le monde, les diasporas et les luttes contemporaines. Un cinéma qui regarde le passé sans s’y enfermer et qui continue de questionner.

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