Jeudi 17 novembre 2011, sur France 2 : Bumidom, des Français venus d’outre-mer

Bumidom © Temps noir
Bumidom © Temps noir

L’histoire entre la France et les terres d’outre-mer est chaotique et marquée par des épisodes oubliés ou mal connus comme celui du Bumidom, le Bureau des migrations des départements d’outre-mer. C’est sur cette part de l’histoire des Antilles, de la Réunion et de la Guyane que la réalisatrice Jackie Bastide porte sa caméra (voir interview) dans le documentaire diffusé sur France 2 le jeudi 17 novembre 2011 à 22 h 26 (heure de Paris).

Juin 1963 : le journal officiel publie un décret portant création du Bumidom avec, comme le but affirmé : « contribuer à la solution des problèmes démographiques intéressant les Dom ». Concrètement, il s’agit de l’organisation par l’État d’une migration de populations venues des Antilles, de la Réunion  et de la Guyane vers l’Hexagone, destinées principalement à satisfaire le manque de main-d’œuvre dans certains secteurs de l’économie. Le contexte spécifique dans lequel est arrêtée cette décision (mouvements indépendantistes antillais, mobilisation des mouvements étudiants, etc.) est aussi à prendre en considération. Près de 160 000 hommes et femmes, jeunes pour l’essentiel, vont consentir à effectuer le voyage dans le but d’y trouver un avenir meilleur.

Le Bumidom disparaît officiellement en 1982, remplacé par l’ANT (agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’outre-mer). Le documentaire de Jackie Bastide, Bumidom, des Français venus d’outre-mer, met des visages derrière le ressentiment et l’amertume qui sont la conséquence de ce déracinement organisé. Plusieurs écrits font l’inventaire des effets prolongés de cette politique de migrations qui traverse les générations. Pour Monique Milia Marie-Luce, dans Dynamiques migratoires de la Caraïbe*, à propos des générations du Bumidom qui retournent au pays : « …pour elles, pour leurs enfants, pour la mémoire collective antillaise d’ici et de là-bas, il faut continuer à raconter qu’un jour de 1963, le gouvernement français a mis en place une politique migratoire et qu’à partir de là, la vie de milliers d’individus n’a plu été la même ».

Bumidom, des Français venus d’outre-mer, sur France 2
Le Bumidom – Bureau des migrations des départements d’Outre-mer – a été fondé en 1963 par Michel Debré, après un voyage officiel à La Réunion en 1959, avec le général de Gaulle. Il a procédé au déplacement de milliers de personnes vers Paris et la province française, un déplacement sans retour qui, selon Aimé Césaire, s’apparente à une déportation, les conditions d’accueil des migrants n’étant pas celles qui leur avaient été présentées lors de leur départ. Jackie Bastide a choisi de donner la parole à ceux qui ont vécu le Bumidom et qui ont eu à souffrir de cette migration censée leur offrir une vie meilleure.

Il est des déportations si douces, qui ciblent si bien leurs populations, qui laissent si peu de traces, que l’on ne songe même plus à les appeler par leur nom… Le transfert massif de population entre ce que l’on n’appelait pas encore les départements d’outre-mer et la métropole, entre 1963 et 1981 par le Bumidom (Bureau pour les migrations intéressant les départements d’outre-mer) et qui concernera plus de 160 000 personnes, fait partie de celles-là. Une humiliation douce et silencieuse, écho d’une bataille plus sourde et plus profonde qui n’en finit pas de gronder ici et là-bas, qui résonne aujourd’hui encore dans tout l’archipel ultra-marin français…

* Dynamiques migratoires de la Caraïbe, Éditions Karthala et Géode Caraïbe, Collection Terres d’Amérique (parmi les contributeurs : Monique Milia Marie-Luce pour « La grande migration des Antillais en France ou les années Bumidom »).

2 thoughts on “Jeudi 17 novembre 2011, sur France 2 : Bumidom, des Français venus d’outre-mer

  • 18 novembre 2011 at 06:37
    Permalink

    Moi-même je suis venue en 1973 avec le Bumidom soi-disant pour faire une formation en milieu hospitalier du côté de Fontainebleau. On avait tous signé des documents pour cette formation. On était 400 à venir ce jour-là. On est partis vers 11 heures de la Réunion. Vers minuit, on était à Paris, de là on nous a dispatchés dans des bus séparés des garçons, destination inconnue. Il faisait froid car on ne nous avait rien dit. On a roulé toute la nuit et vers 7 h du matin on est arrivé dans les foyers de travailleurs de Grand Charmont et Béthancourt à Montbéliard. Deux foyers à chaque endroit et 22 filles au total dans les endroits différents. On était perdus, plus de temps à pleurer et à trouver un moyen de s’en sortir. Heureusement, il y avait des compatriotes pour nous tendre la main. Bon nombre ce sont retrouvés dans des mauvaises situations. Le cauchemar, trois mois de foyer à régler et à toi de te démerder dans le froid, je vous laisse imaginer la suite, quand quelques-unes se retrouvent avec une horde de mecs. Je suis repartie en 98 voir ma famille, j’avais une grande gène car je leur ai toujours menti, prétextant que tout allait bien pour les rassurer alors que certains d’entre nous se sont suicidés.

  • Pingback: « Bumidom, des Français venus d’outre-mer » ce lundi sur Planète+ | e-Karbe

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *