Pour sa 27e édition à Avignon, le TOMA investira une nouvelle fois la Chapelle du Verbe Incarné. Au cœur du Festival Off 2026, ce rendez-vous incontournable des cultures ultramarines réunira artistes et publics autour de créations qui interrogent les mémoires, les identités, les résistances et les récits du monde d’aujourd’hui.
Du 4 au 23 juillet 2026, la Chapelle du Verbe Incarné accueille une nouvelle édition du TOMA (« Théâtres d’Outre-Mer en Avignon »). Plus qu’une vitrine des créations ultramarines, ce rendez-vous devenu incontournable du Festival Off propose un regard singulier sur les grandes questions qui traversent nos sociétés. Mémoire, transmission, identités, résistances ou encore enjeux écologiques : autant de thèmes qui portent une programmation où les Outre-mer apparaissent comme des espaces privilégiés pour penser le monde.
Depuis près de trente ans, le TOMA défend les artistes venus de Guyane, de Martinique, de Guadeloupe, de La Réunion, de Polynésie française ou encore de Nouvelle-Calédonie. Installée au cœur d’Avignon, la Chapelle du Verbe Incarné est devenue au fil des éditions un lieu emblématique du Festival Off, un espace où spectacles, rencontres et débats permettent de découvrir la richesse des expressions artistiques ultramarines. Cette année encore, le TOMA réunit des créations très différentes dans leurs formes et leurs esthétiques, mais traversées par des préoccupations communes : comment transmettre une mémoire ? Comment faire entendre des récits longtemps invisibilisés ? Comment inventer de nouvelles manières de vivre ensemble dans un monde en mutation ?
Héritages, mémoires et combats
Parmi les temps forts de cette édition figure Descendante de combattantes, de la chorégraphe martiniquaise Tatiana Seguin. À travers la danse et le récit, l’artiste explore les héritages transmis par plusieurs générations de femmes noires et interroge la manière dont ces trajectoires continuent d’éclairer les combats d’aujourd’hui.
Cette réflexion sur la mémoire se poursuit également dans Incorrigibles, porté par la compagnie guyanaise Entropique. En redonnant voix aux femmes envoyées au bagne de Guyane, le spectacle met en lumière une histoire longtemps oubliée et la fait dialoguer avec des problématiques toujours actuelles liées aux violences et aux mécanismes de domination.
L’écrivain martiniquais Alfred Alexandre occupera également une place importante dans la programmation avec deux volets de sa trilogie Les Noctambules. À travers une galerie de personnages confrontés aux fractures sociales, aux désillusions et aux aspirations contemporaines, son œuvre questionne les réalités d’aujourd’hui tout en ouvrant des espaces de résistance et d’imaginaire.
Des territoires pour lire le présent
Au TOMA, les questions de mémoire dialoguent constamment avec les préoccupations du présent. Plusieurs créations explorent ainsi les mutations sociales, environnementales et politiques qui traversent nos sociétés.
Ainsi, Sens la foudre sous ma peau, de la compagnie Baba Sifon de La Réunion, s’intéresse aux questions du désir, du consentement et de la transmission. Destiné au jeune public, L’Enfant de l’Arbre propose quant à lui une réflexion sensible sur les liens entre l’être humain et son environnement.
De l’intime au politique, du rapport au corps aux grandes questions historiques, les créations réunies au TOMA multiplient les points de vue sur le monde qui nous entourent. Dans le Pacifique, Le Dernier Chant de la Bounty revisite l’histoire coloniale à travers une perspective polynésienne rarement mise en avant. Plus directement ancré dans l’actualité, Barrage, créé en Nouvelle-Calédonie, plonge au cœur des tensions qui traversent l’archipel et interroge les conditions d’un dialogue possible dans une société marquée par les héritages de la colonisation et les débats autour de son avenir.
Autant de propositions qui montrent combien les territoires ultramarins constituent des observatoires privilégiés des transformations du monde.
Un lieu de dialogue et de transmission
Le TOMA ne se limite toutefois pas aux spectacles. Fidèle à sa vocation de lieu de rencontres et de réflexion, la Chapelle du Verbe Incarné accueillera également plusieurs rendez-vous consacrés aux cultures ultramarines, aux enjeux de transmission et aux grandes questions qui traversent les sociétés contemporaines. La présence de Christiane Taubira, les échanges proposés dans le cadre de l’Université d’été ou encore les rencontres professionnelles viendront prolonger les réflexions ouvertes par les créations artistiques.
Cette dimension intellectuelle et citoyenne constitue l’une des singularités du TOMA. Elle fait de la Chapelle du Verbe Incarné non seulement une scène de diffusion, mais aussi un espace de dialogue où se croisent artistes, chercheurs, auteurs et publics.
Un lieu de découvertes au cœur d’Avignon
Au-delà des spectacles, le TOMA est aussi une invitation à la rencontre. La Chapelle du Verbe Incarné offre chaque été un cadre propice aux échanges entre artistes et publics dans une atmosphère plus intime que celle des grandes salles du Festival.
Pour les festivaliers souhaitant découvrir plusieurs spectacles, le PASS TOMA permet d’accéder à tarif préférentiel à différentes propositions de la programmation et d’explorer toute la diversité des créations présentées durant le mois de juillet.
À travers la diversité des territoires, des esthétiques et des récits représentés, une même invitation se dessine : regarder le monde depuis des perspectives souvent tenues à l’écart des récits dominants. Cette ambition est d’ailleurs au cœur de l’édito de cette 27e édition. Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet expliquent avoir voulu que les œuvres présentées composent « un paysage artistique riche, indiscipliné, où les formes dialoguent autant que les histoires et où chaque proposition vient déplacer les lignes, questionner les récits dominants, et faire surgir d’autres manières de dire le monde ».
Un credo qui résonne pleinement avec la programmation de cette année. Des mémoires du bagne aux héritages féminins, des récits du Pacifique aux questionnements écologiques ou identitaires, les créations réunies à la Chapelle du Verbe Incarné rappellent que les Outre-mer ne constituent pas seulement des territoires géographiques. Ils sont aussi des espaces de pensée, de création et d’invention qui permettent d’éclairer, autrement, les défis du présent.