Présenté du 5 au 9 juillet 2026 dans le cadre du TOMA (Festival Off d’Avignon), Suzanne et Léopold, Perles noires revisite une aventure artistique singulière, née de la rencontre entre la poésie de Léopold Sédar Senghor et la musique du compositeur Roger Calmel. Une création qui, sous l’impulsion d’Olivier Calmel, fait également émerger la voix de Suzanne Roussi-Césaire, grande figure intellectuelle martiniquaise.
Entre musique, poésie, théâtre et création contemporaine, le spectacle se pose comme une véritable « réinvention artistique ». Plus qu’une relecture, cette démarche remet en circulation des œuvres, des pensées et des imaginaires qui continuent d’interroger notre époque, tout en offrant à Suzanne Roussi-Césaire une place nouvelle dans ce dialogue entre les grandes voix du monde noir.
À l’origine de Suzanne et Léopold, Perles noires se trouvent cinq poèmes de jeunesse de Léopold Sédar Senghor que le compositeur français Roger Calmel (1920-1998) choisit de mettre en musique. Plusieurs décennies plus tard, son fils, Olivier Calmel, reprend cet héritage non pour le reproduire à l’identique mais pour en proposer une lecture nouvelle, « un duel, lyrique et poétique ».
Le compositeur revendique une véritable « réinvention artistique ». Sa démarche dépasse la simple reprise d’une œuvre musicale : elle ouvre un espace où musique, théâtre, poésie et mémoire s’inspirent mutuellement et librement. C’est dans cet espace renouvelé que vient s’inscrire la pensée de Suzanne Roussi-Césaire.
Faire réapparaître une parole essentielle
Essayiste martiniquaise, cofondatrice de la revue Tropiques, Suzanne Roussi-Césaire demeure l’une des grandes voix de la pensée antillaise du XXe siècle. Longtemps moins connue du grand public que son époux Aimé Césaire, son œuvre connaît aujourd’hui un regain d’intérêt fondé qui dépasse largement le cadre universitaire.
Sans prétendre raconter sa vie, Suzanne et Léopold, Perles noires participe à ce mouvement de redécouverte. Le spectacle ne cherche pas à faire se côtoyer deux œuvres pour le seul plaisir de la rencontre. Il montre comment une création contemporaine peut prolonger leur élan et leur offrir une nouvelle adresse au public d’aujourd’hui.
À l’origine de cette aventure artistique se trouvent cinq poèmes de jeunesse de Léopold Sédar Senghor que le compositeur français Roger Calmel (1920-1998) choisit de mettre en musique. Plusieurs décennies plus tard, son fils, Olivier Calmel, reprend cet héritage sans chercher à le reproduire. Il parle au contraire d’une dynamique où « la partition devient point de départ d’un processus élargi de création, où la mémoire n’est pas figée mais mise en mouvement, interrogée, transformée, propice à la réinvention artistique ».
Suzanne Roussi-Césaire retrouve toute sa résonance
C’est dans cet espace réinventé que s’inscrit la présence de Suzanne Roussi-Césaire. Évitant l’angle biographique, Suzanne et Léopold, Perles noires participe à faire entendre sa pensée dans un face-à-face fécond, comme on veut l’imaginer, avec celle de Senghor. La création ne veut pas juxtaposer deux figures majeures : elle fait circuler leurs écritures, leurs sensibilités et leurs imaginaires dans une même respiration artistique. Il est ainsi question dans la note de présentation de cette récente création de « la vision radicale et surréaliste de Suzanne Roussi Césaire face à l’humanisme senghorien ».
Une création portée par plusieurs regards
Cette réinvention prend corps grâce à une équipe artistique qui fait dialoguer plusieurs disciplines. On trouve, aux côtés d’Olivier Calmel, le metteur en scène et comédien martiniquais Hervé-Claude Ilin qui participe à cette mise en espace où la poésie devient matière théâtrale. La soprano martiniquaise Marie-Claude Bottius prête quant à elle sa voix à cette traversée musicale, donnant une présence sensible aux textes de Senghor comme à ceux de Suzanne Roussi-Césaire. Avec Jeanne Degois (artiste visuelle et comédienne), Amadou Daou (percussionniste) et le ténor parisien Thomas Morris sollicité et impliqué dès les prémices de ce projet, ils façonnent une œuvre où musique, parole et théâtre, en plus de prolonger un héritage, le ravivent et avec bonheur lui redonnent souffle.
Cette parole poétique qui continue d’agir, à travers le rapprochement Senghor, Suzanne Roussi-Césaire, Roger et Olivier Calmel dans une même création rejoint l’esprit du TOMA 2026, qui entend donner « à voir des parcours de vie, des résistances, des quêtes d’émancipation ». Ici, la poésie devient un espace où se poursuivent des conversations essentielles sur la liberté, la dignité et la création.