Haïti – Appel à proposition pour la Ghetto Biennale 2015

La Ghetto Biennale 2015 invite les artistes et curateurs à explorer les potentiels de ces outils radicaux que sont le créole, le vodou et le lakou, dans ce qu’ils ont à offrir au monde contemporain. La date limite de remise des propositions est fixée au dimanche 5 juillet 2015 et la décision des organisateurs sera publiée à la fin de la troisième semaine de juillet.

En décembre 2009, Atis Rezistans, les Sculpteurs de Grand Rue, ont accueilli la première Biennale du Ghetto. Etaient invités des artistes, des metteurs en scène, des universitaires, des photographes, des musiciens, des architectes et des écrivains, conviés à Grand Rue, un quartier de Port-au-Prince à Haïti, pour travailler ou découvrir les créations ou les performances de leur environnement. D’après l’écrivain John Keiffer, les concepteurs entendaient constituer un « troisième espace… un événement ou un moment issu de la collaboration entre artistes de provenances radicalement différentes ».

Pour cette quatrième édition de la Biennale, les organisateurs privilégient les projets qui prennent en compte le langage, le dialogue, l’espace, le symbolisme et la performance ou qui considèrent les luttes de territoires globales, les formes de frictions ou de refus linguistiques, ainsi que les formes d’obstructions ou d’intransigeances rituelles ou ésotériques.

La quatrième Ghetto Biennale 2015 se tiendra de fin novembre à mi-décembre 2015, les dates exactes seront confirmées ultérieurement. Tous les travaux devront être réalisés et exposés en Haïti. Les artistes et curateurs devront obligatoirement passer d’une semaine (minimum) à trois semaines sur place avant de présenter leurs travaux dans le quartier à une audience port-au-princienne locale constituée de communautés d’artistes, collectifs et divers organismes liés à l’art.

Après la révolution haïtienne, les paysans issus du régime esclavagiste ont eu trois outils pour asseoir leur position « anti-plantation » : la langue créole, le système du lakou et leur système de croyances et de pratiques rituelles du vodou, un triumvirat de résistance linguistique, culturelle et territoriale. Laurent Dubois, dans son ouvrage Haïti : The Aftershocks of History, note que, « grâce à un solide éventail largement partagé de différentes formes culturelles- comme la langue Créole, la religion Vodou, et un système innovant de distribution et de gestion des terres….- s’est construit une société capable de résister à toute forme de soumission qui aurait pu rappeler l’aire esclavagiste. »

La langue créole, qui est née dans les plantations, fut tout d’abord une méthode basique de communication linguistique entre les populations de la colonie d’origines culturelles et géographiques diverses. Après la révolte des esclaves, le créole devint une langue de résistance et de mise en opposition de l’état métropolitain, qui continuait à employer le français en tant que lingua franca symbole de pouvoir et de capital.

Le vodou est une religion créole forgée par les esclaves africains et leurs descendants, cette religion comprend des éléments issus de vastes pratiques religieuses d’origines diverses, comme les traditions africaines Fon, du Dahomey, Kongo, Yoruba ainsi que d’autres groupes ethniques africains ; mais aussi du christianisme et des religions indigènes des indiens Taïnos qui furent les premiers habitants de la région. Pour citer Dubois : « Au cours de leurs souffrances mutuelles de la vie des plantations les Africains et les créoles ont développé leurs propres rituels de guérison, de deuil et de culte. »

Le vodou est un thème contesté dans les études de l’art caribéen et haïtien. Le débat oscille entre le thème de l’exotisme, à la fois auto-exotisme des Haïtiens, et l’ « autre » des étrangers. L’une des préoccupations principales étant l’appropriation du paysan nécessiteux et de la ghetto culture en tant que stratégie essentiellement néo-colonialiste, et la position précaire de l’art haïtien en général, piégé entre l’historiquement et commercialisable ‘naïf’ ou la tendance à célébrer le vodou « primitif » ainsi qu’entre le désir contemporain de prendre sa place sur la scène artistique internationale mondialisée.

Le lakou est un système de gestion des terres subalterne des provinces rurales d’Haïti, ce système se réfère à un groupement d’habitations autour d’une cour commune qui comprend des familles étendues sur plusieurs générations, cette forme de division et d’appropriation des terres fut une tentative de résistance au retour des plantations et des pratiques de travaux et de commerces des coopératives. Comme l’écrit Dubois, « afin de préserver ce contrôle, le système du lakou a établi ses propres règles pour réguler le transfert et l’appartenance des  propriétés terriennes. L’Etat n’avait aucun rôle sur ses transactions, qui étaient entièrement gérées par la communauté et les institutions familiales« .

La date limite de remise des propositions est fixée au dimanche 5 juillet 2015 et la décision des organisateurs sera publiée à la fin de la troisième semaine de juillet. Les personnes souhaitant déposer leur proposition pour la Ghetto Biennale 2015 sont invitées à rendre un synopsis écrit de leur proposition concernant leur démarche conceptuelle, leur méthodologie, ainsi qu’une stratégie de production et de mode d’exposition sur place pour leur proposition de travaux, le tout sur au plus 2 pages simples format A4 comprenant des illustrations, ainsi qu’une page de CV, le tout en format pdf. Les organisateurs n’acceptent pas les rendus sur plus de 2 pages, ni les images en pièces jointes, ni les liens de pages web en compléments. Ils recherchent des travaux qui seront entièrement réalisés pendant la période des trois semaines à Port-au-Prince en Haïti et privilégient les projets qui seront réalisés en collaboration avec les artistes locaux ainsi que les candidats qui auront pu prendre contact avec eux au préalable.

Il n’existe pas de financement pour cet événement et les participants devront donc subvenir à leurs frais de transport, logement et matériel. Les organisateurs peuvent fournir une liste de lecture, il existe également un film sur les sculpteurs de la Grand-Rue disponible en ligne, et ils assisteront les candidats par e-mail pour toutes leurs questions concernant la recherche d’information avant le dépôt de leur dossier ou pour les aider à le préparer. Des traducteurs seront sur place en Haïti pendant toute l’organisation de l’événement, mais si le projet nécessite des traductions plus spécifiques, il sera nécessaire de prévoir un budget pour les services d’un traducteur attitré. Les artistes devront prendre en compte le fait qu’Haïti possède un taux d’alphabétisation très faible et qu’en conséquence les projets faisant référence à de trop nombreux textes peuvent être difficilement compris par la population locale.

Les archives des projets des précédentes biennales sont disponibles sur www.ghettobiennale.org et pour toutes questions complémentaires, les candidats peuvent contacter Leah Gordon.

Source : Repeating Islands

 

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