Anelka, Booba et la France dans Les Inrockuptibles : des réactions qui témoignent d’une certaine culture

Dans une interview croisée publiée mercredi dernier par Les Inrockuptibles, le footballeur Nicolas Anelka et le rappeur Booba parlent « de foot, de rap et surtout de la France, leur pays quand même« . Comme souvent quand des artistes prennent la parole sur des enjeux de sociétés, de nombreux commentateurs ont tenté de disqualifier leurs propos qui illustrent pourtant le lien conflictuel de la France avec sa banlieue, voire ses minorités.
« Ils sont riches et adulés mais ils ont un problème avec la France, à moins que ce ne soit l’inverse« , introduit le magazine. « Tout ce que j’ai fait, c’est à l’étranger. Moi, je ne me suis pas construit en France. Je n’y ai eu que des problèmes« , explique Nicolas Anelka. « La France n’est pas une terre d’accueil », prolonge Booba. Et quand Les Inrockuptibles évoquent les éventuels clans de joueurs noirs ou Antillais en équipe de France, Anelka coupe : « On a vu le vrai visage de la France. Dans les moments difficiles, on voit ce que les gens pensent vraiment. On disait « Ribéry a frappé Gourcuff. Gourcuff, le bon Français, Ribéry, le musulman ». C’est parti trop loin. Quand on ne gagne pas, en France, on parle tout de suite des religions, des couleurs… »

Les propos du footballeur de Chelsea ont suscité de vives réactions. Chantal Jouanno, la ministre des Sports, a déclaré vendredi dernier sur RTL qu’elle ne voulait « pas rentrer dans une polémique avec Nicolas Anelka« . « Il faut respecter son pays et c’est la France qui lui a permis d’être un grand champion, qui l’a « formé ». J’ai vu son débat mais il ne faut pas dire que la France est un pays raciste parce qu’il y a quelques cons qui se sont exprimés et qui sont des racistes et je pèse mes mots. La France est un pays métissé […], ce n’est pas bien de tenir ces propos. »

Sur Football365, le 1er décembre, l’édito de la rédaction était titré : « Anelka, et si tu la fermais« . Alex Kazan, l’auteur de cette lettre ouverte, ne comprend pas comment le footballeur peut avoir l’indécence « d’en remettre une couche plutôt que de faire profil bas » et lui demande de se taire. Sur RTL, Yann Bouchery ironise dans sa chronique du 1er décembre et conclut par un « dommage, on commençait vraiment à s’attacher à lui« .

Disqualifier le sportif en le ramenant au seul domaine sportif, en ne l’autorisant à n’intervenir publiquement que dans le domaine sportif, voici une antienne bien connue du monde politico-médiatique. Pourtant, quel observateur pourrait fermer les yeux sur les questions de société que soulèvent en creux ces propos ? Le 20 janvier dernier, Lilian Thuram, François Durpaire, Rokhaya Diallo, Marc Cheb Sun et Pascal Blanchard lançaient, en complément de Respect Mag, L’Appel pour une République multiculturelle et postraciale. Les 100 signataires de cet appel ont fait le constat que « la société française peine à intégrer sa dimension post-raciale et multiculturelle. »

Les propos de Nicolas Anelka et les réactions qui les ont suivis nous incitent, à E-karbe, à nous associer à cet appel et à ses principes. Nous pensons en effet humblement que le rôle d’un site traitant de l’actualité culturelle caribéenne dépasse le domaine artistique et que nous devons nous attacher à éclairer nos lecteurs sur le monde.

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