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« La Négritude est un concept destiné à tous les discriminés »

28 mars 2013 Livres Aucun commentaire

Le centenaire de la naissance de Césaire va rythmer l’année 2013 en Martinique, mais aussi un peu partout ailleurs, comme par exemple très prochainement à Verson. Un hommage notamment motivé par le rapport qu’entretient cette ville de Basse-Normandie avec Léopold Sédar Senghor, puisqu’il y a passé les vingt dernières années de sa vie. Le Salon du livre de Paris était également un lieu incontournable où les lecteurs et les auteurs pouvaient se retrouver autour de la pensée et de l’univers littéraire de Césaire. Suzanne Dracius, écrivaine et poétesse martiniquaise, aux côtés de Romuald Fonkoua, auteur d’une biographie très documentée, ont notamment pris part à ces discussions autour de Césaire.

Romuald Fonkoua

Romuald Fonkoua

L’attachement ou la proximité des uns et des autres aux mots et au discours d’Aimé Césaire s’est avéré, lors de cet événement, le moyen le plus concret pour les intervenants de partager avec le public du Salon. Ainsi, si Suzanne Dracius a témoigné de sa relation privilégiée avec l’auteur d’Une saison au Congo, Romuald Fonkoua est lui parti de son premier face à face avec la poésie de Césaire, alors qu’il était encore lycéen. À la demande de Valérie Marin La Meslée, journaliste et spécialiste des littératures afro-caribéennes, sa première intervention portait sur l’une des caractéristiques de l’itinéraire du poète martiniquais, plus précisément sur le choc de sa rencontre avec la ville de Paris. Poussant plus en avant sa réflexion sur l’impact dette métropole sur sa pensée et sur sa personnalité, Romuald Fonkoua tire une analyse circonstanciée de ce que « représente le cas Césaire en matière de formation intellectuelle ». D’après lui, « Paris est un haut lieu de culture parce qu’on n’a pas censuré la culture qui a été distribuée à Césaire ou à Senghor. Lorsqu’ils sont entrés au lycée Louis-Legrand, on ne leur a pas dit « vous êtes des Africains »ou « vous ne pouvez pas connaître le latin ». On ne leur a pas dit : « vous ne pouvez pas apprendre l’histoire ou la philosophie ». On leur a donné la formation de tous ceux de leur génération sans qu’il n’y ait de discussion possible. Et c’est bien à partir de là que Paris va devenir peut-être l’âme de la révolution. C’est-à-dire qu’on leur a donné les moyens de pouvoir s’insurger. On leur a donné les moyens de pouvoir se comprendre eux-mêmes, de pouvoir se libérer. Et il me semble que c’est en ce sens-là que la rencontre avec Paris est une rencontre qui est importante dans l’itinéraire de ces jeunes, qu’ils viennent de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane ou bien d’Afrique noire francophone. »

Césaire, l’Afrique, Haïti
Le rapport de Césaire à l’Afrique et aux africains s’avère multiple. Son amitié profonde avec Léopold Sédar Senghor du Sénégal ou encore le regard qu’il porte sur le destin de Patrice Lumumba dans Une saison au Congo façonnent la relation définitive entre le père de la littérature antillaise et le continent mère. Romuald Fonkoua n’aborde pas la question de cette relation à travers le prisme d’un seul pays, il considère qu‘ »il faudrait parler de Césaire en Afrique noire. Et de Césaire en Afrique noire dans les programmes d’enseignement secondaire ». Comme Alain Mabanckou, il décrit, à travers sa propre expérience, le caractère saisissant de cette connexion entre un homme et un continent tout entier. Une filiation que, quelque part, Césaire amplifie dans l’attachement qu’il voue à une autre terre, celle d’Haïti, avec laquelle il développe une affinité tout aussi dense. Pour Romuald Fonkoua, « Césaire est très connu en Afrique parce qu’il a été un des premiers auteurs noirs à être au programme de l’enseignement secondaire lorsque celui-ci a été nationalisé, c’est-à-dire au début des années 60. Et le texte qui est resté le plus longtemps au programme, jusqu’à aujourd’hui je crois et pour un certain nombre de pays, c’est le Cahier d’un retour au pays natal. Et on ne le lit jamais en Afrique noire exactement de la même manière qu’en France. On ne le lit pas avec le même code, y compris avec le code antillais. On le lit avec des codes africains, c’est-à-dire que, au fond, on a toujours pensé, et moi quand j’étais petit je le pensais aussi, que Césaire était Africain. J’ai découvert en grandissant qu’il était Martiniquais. Je ne savais pas où se trouvait la Martinique ! Il était encore plus Africain que d’autres auteurs africains parce qu’il était le parfait modèle, contesté par personne, alors que Senghor par exemple est très contesté, surtout au Cameroun. Césaire est adulé, c’est le héros, c’est celui qui sait dire non, c’est un vrai personnage mythique, épique. Cette représentation se justifie totalement après coup : quand on entre un peu dans l’histoire, on s’aperçoit qu’en se tournant vers Haïti et en écrivant La Tragédie du Roi Christophe, on mesure l’importance que Haïti a pu avoir dans la vie de Césaire et comment Haïti va jouer un rôle également dans l’histoire de l’Afrique et dans l’histoire de cette littérature africaine. Pourquoi ? Parce que Haïti, c’est dans toute l’histoire de l’esclavage, c’est la perle des Antilles, c’est la plus riche, c’est celle où les métissages sont allés le plus loin. Haïti, c’est un laboratoire de rencontres des peuples et des civilisations, c’est un laboratoire de l’insurrection, c’est un laboratoire de renouvellement des cultures et des civilisations. Et lorsque Césaire pense que c’est l’île dans laquelle le nègre a poussé pour la première fois le cri de sa liberté en disant qu’il croit en son humanité, cela veut dire qu’au fond il a refusé d’être considéré simplement comme étant un esclave noir. Et c’est dans cette île là et nulle part ailleurs. Et c’est dans cette île là parce que l’île s’est soulevée toute seule, elle n’a eu besoin de personne. Les nègres haïtiens ont créé tout seuls une nation et ont créé tout seuls une République. C’est cette conjoncture là que Césaire a voulu pointer du doigt et s’il écrit une pièce de théâtre autour de la figure du Roi Christophe, il va écrire un ouvrage d’histoire pour montrer en quoi la vraie Révolution, la seule, l’unique, ce n’est pas la Révolution française, c’est la Révolution haïtienne. C’est le modèle de toute Révolution. Et je crois que de ce point de vue là, Haïti est encore un modèle ».

Suzanne Dracius, Valérie Marin La Meslée pour les "Variations Césaire" au salon du livre de Paris

Suzanne Dracius, Valérie Marin La Meslée pour les "Variations Césaire" au salon du livre de Paris

La négritude césairienne
Suzanne Dracius, qui a en commun avec Aimé Césaire le pays et la passion pour les lettres, partage aussi avec lui un cheminement littéraire qui l’a, elle aussi, rapprochée de l’île d’Haïti. L’anthologie poétique, Hurricane cris d’Insulaires, qu’elle coordonne en 2005, puis les Prosopopées urbaines où elle s’entretient avec son aîné illustrent une forme de connivence entre les deux poètes. Une entente qui lui permet d’apporter elle aussi sa vision du rapport entre Césaire et Haïti et de le contextualiser : « Haïti, le pays où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait en son humanité. C’est cela qui est important : la première occurrence du mot négritude dans le Cahier apparaît d’abord liée à Haïti et d’autre part liée à la notion d’humanité et donc avec tous les prolongements d’universalité possible de la négritude pour faire taire les détracteurs qui peuvent en fait un concept raciste, un concept exclusif. Au contraire, la négritude est parfaitement ouverte, elle s’étend à l’homme de Calcutta, aux juifs, etc. La négritude est un concept qui n’est pas, justement, destiné à ce que Césaire appelle cette seule race. Non, non, bien évidemment, elle est destinée à tous les discriminés. Il ne s’adresse pas seulement aux Noirs mais au monde entier et, en particulier, à travers l’évocation de la situation un peu inconfortable du métis. C’est peut-être une allusion au Martiniquais Louis Delgrès qui était un mulâtre fils d’un béké de Martinique et qui est, jusqu’à aujourd’hui, un des héros guadeloupéens puisque c’est le héros anti-esclavagiste qui a donné sa vie pour ne pas revenir en esclavage. Je pense que c’est ça qui est peut-être aujourd’hui à recueillir dans nos cœurs et peut-être à transmettre aux générations futures : le côté ouvert de cette négritude césairienne ».

Au fil des échanges, le sujet de la poétique de la Négritude et de son influence sur la littérature enrichit également le débat et, bien entendu, met en lumière d’autres réalités de l’empreinte de Césaire sur la pensée caribéenne, comme l’explique Romuald Fonkoua. Pour avoir traversé l’oeuvre de Césaire de façon très approfondie, il porte un regard transversal sur ce qui rapproche Césaire d’un autre grand comme Glissant. Deux auteurs dont il explore les styles et les thèmes. Pour ce spécialiste en littérature contemporaine et des cultures d’Afrique et des Antilles, « le passage de Glissant à Césaire m’a permis de comprendre que Glissant est le meilleur commentateur de Césaire. Il a tout lu, il a tout compris, il a tout digéré, et toute la théorie que Glissant va développer après sera une extension beaucoup plus grande, beaucoup plus profonde, beaucoup plus aboutie, de ce qui se trouve déjà en germe dans la pensée de Césaire. Au fond, si j’ose dire, Glissant fait ce qu’il fait parce qu’il a fait des études philosophie et qu’il est capable de théoriser tout de suite. Césaire ne théorise pas, ce n’est pas son propos, ce n’est pas dans ses habitudes mais ce n’est pas dans sa génération non plus. Tout le propos de Glissant consiste à bien mettre en valeur la pensée de Césaire. C’est après que certains vont croire que Glissant est allé contre Césaire. C’est la génération qui suit qui fait une mauvaise lecture de Glissant. Pas une mauvaise lecture en soi mais une mauvaise lecture parce que les conditions historiques et politiques de l’époque entraînent une sorte de choix dans la pensée de Césaire, une sorte de défense de ce qui peut être justement une certaine identité rejetée ou reniée. Pour dire les choses de façon très claire, les défenseurs de la créolité, qui empruntent bien sûr à Glissant en faisant comme si Glissant était un anti-Césaire, tirent les propos de Glissant vers leur but idéologique et renient en quelque sorte la dimension « créoliste » de Césaire parce que cela ne les arrange pas idéologiquement parlant. Cela ne les arrange pas parce que la portée du discours était faible. Tandis qu’au fond il s’agit bien d’un discours qui entre dans le milieu politique par le biais du manifeste. Un manifeste, c’est un essai de « bonne mauvaise foi » sinon le manifeste n’a pas de valeur. On a une intention que l’on voudrait atteindre, en tirant tous les arguments vers son sens. Césaire avait-il fait autre chose quand il a écrit le Discours sur le colonialisme ? Il y a une certain nombre de choses sur lesquelles il va revenir un peu plus tard, à l’âge de la sagesse. C’est parce qu’il y a cette démarche que l’on croit qu’il y a une différence entre Glissant et Césaire mais il n’y en a pas. Il y a des modalités de compréhension de la même réalité, des modalités d’explication de la même réalité ».

Aimé Césaire sera encore célébré tout au long de l’année, de nombreux rendez-vous qui favoriseront encore les débats et les témoignages de ceux qui connaissent sa poétique et son discours. Nous aurons bien entendu de multiples occasions d’y revenir très bientôt.

Aimé Césaire (biographie)
Romuald Fonkoua
Éditions Perrin (au format de poche chez Tempus)

Hurricane, cris d’Insulaires
Suzanne Dracius
Éditions Desnel, 2007

Prosopopées urbaines, anthologie d’inédits, (entretien entre Aimé Césaire & Suzanne Dracius en introduction)
Coordonnée par Suzanne Dracius
Éditions Desnel, 2007

[Edit : le chapeau a été modifié le 28 mars à 18 h 20 à la suite d'un signalement d'Isabelle Lamy, responsable de l'Espace Senghor à Verson, sur la durée du séjour de Léopold Sédar Senghor dans la ville]

« La complainte de la Négresse Ambroisine D’Chimbo », mise en mots par Françoise Loe Mie

27 mars 2013 Livres Aucun commentaire

Depuis des années, la mémoire collective guyanaise s’est appropriée l’histoire de D’Chimbo pour faire d’un individu accusé de plusieurs crimes, un personnage de la littérature contemporaine, un héros puis en narrer la légende. L’histoire de la vie D’Chimbo prend sa source au milieu du 19e siècle et incite à l’exploration. Aujourd’hui, c’est à Françoise Loe Mie de sonder ce passé et d’en tirer l’inspiration pour son roman La complainte de la Négresse Ambroisine D’Chimbo.

Françoise Loe Mie, au 33e salon du livre de Paris

Françoise Loe Mie, au 33e salon du livre de Paris

Dans ce troisième roman, paru chez Ibis rouge éditions, elle « intervient tout autour du procès », « lui invente une femme » et raconte le « D’Chimbo qui a existé mais qui est vu par une femme qui l’aime ».

La complainte de la Négresse Ambroisine D’Chimbo est un roman qui prend pour point de départ les vérités de l’affaire D’Chimbo. Pour mener l’intrigue, Françoise Loe Mie fait entrer dans son histoire le regard d’une femme. Une perspective différente de celle des auteurs qui avaient, avant elle, exploité ces faits, et une perception singulière qui met au centre du roman non pas D’Chimbo lui-même, mais la femme qui l’aime : Ambroisine M’Boyo. L’audace du propos de Françoise Loe Mie, à travers ce roman, ne vise pas à restaurer l’image et l’histoire de l’individu mais à aborder cette histoire et la revisiter sous l’angle du roman. De plus, à travers les sentiments d’une femme, l’auteure peut susciter de nouvelles réflexions sur ce personnage.

Françoise Loe Mie part de circonstances historiques et invite le lecteur à découvrir le D’Chimbo d’Ambroisine, un D’Chimbo qui correspond à la représentation qu’elle se fait de son mari. Le roman autorise une autre parole dont l’auteure a voulu s’emparer. Elle nous l’a expliqué lors de son passage au Salon du livre de Paris : « j’ai revisité une légende de la Guyane. D’Chimbo a vraiment existé. Il est arrivé 10 ans après l’abolition de l’esclavage, en 1858, comme Africain engagé. Comme tous les esclaves avaient délaissé les terres, ils ont fait venir des Africains, qu’on appelait les engagés, pour travailler la terre, pour travailler l’or, etc. Et D’Chimbo fait partie de ces personnes-là. Quand il est arrivé, les nègres qui étaient sur les plantations ne voulaient pas le voir parce qu’il ressemblait trop à ce qu’ils étaient avant. Ils l’ont rejeté et, du coup, n’ayant pas été accepté par des nègres comme lui-même alors qu’eux étaient esclaves et lui un homme libre, D’Chimbo a eu une réaction négative. Il a commencé à voler pour manger et il a fini par violer des femmes et tuer des gens. Je me suis basée sur les actes de son procès et j’ai pu reconstituer la vie de D’Chimbo mais j’en ai fait un roman même s’il est inspiré de faits réels. J‘ai offert une femme à D’Chimbo parce qu’il n’y a que les femmes qui peuvent comprendre les hommes. Dans ce roman, on voit qu’on a beau dire à Ambroisine que D’Chimbo est un violeur et un meurtrier, pour elle c’est le plus merveilleux des hommes qu’elle a connus dans sa vie. C’est une femme qui a connu l’esclavage et personne ne l’avait aimé autant. Malgré les preuves qu’on lui avance, son D’Chimbo ne peut pas être un meurtrier. C’est aussi pour montrer que la raison du plus fort est toujours la meilleure : alors qu’il avance des arguments, il n’est pas cru. Après, je ne suis pas là pour l’accuser ou le défendre, ce n’est pas la question, mais pour dénoncer le fait que la parole du plus fort reste la vérité même si c’est faux. »

Depuis plusieurs années, écrivains et historiens se sont intéressés au récit de vie de D’Chimbo. Ainsi, Serge Mam Lam Fouck s’est intéressé à ce personnage d’un point de vue strictement historique. Dans D’chimbo, du criminel au héros, il inventorie et observe les faits qui ont fait de D’Chimbo la figure littéraire qui habite toujours l’imaginaire guyanais. Et même si le livre de Françoise Loe Mie n’a rien d’un roman historique, il y a peut-être cette volonté de fouiller dans le même sens : « je n’ai pas la prétention d’apporter quelque chose mais je me dis que si les Européens ont leurs mythes, et bien nous aussi, nous avons nos mythes. D’Chimbo fait partie du mythe de la Guyane comme Ciparis fait partie du mythe de la Martinique. D’Chimbo me semblait tellement évident justement pour cette parole et puis aussi pour dire que, alors que nous sommes tous frères, nous rejetons celui qui nous ressemble le plus. Il faut que nous nous posions les questions. Il faut que les jeunes comprennent que nous avons nos racines et que ces racines, on ne peut que s’en approcher si on veut devenir. Nous ne pouvons pas devenir avec ce qui ne nous appartient pas. Et D’Chimbo nous appartient ». Malgré le recours à la forme romancée, dans ce qui reste un drame de la société guyanaise de ces années, l’auteure revendique l’authenticité de son personnage et affirme se distinguer des auteurs qui « ont voulu réhabiliter D’Chimbo. Mais ils ont tellement voulu le réhabiliter, qu’ils ont enlevé ce qu’il y avait de plus essentiel en lui. C’est une autre lecture de l’histoire de D’Chimbo ».

La complainte de la Négresse Ambroisine D'Chimbo

La complainte de la Négresse Ambroisine D'Chimbo

En dehors de Serge Mam Lam Fouck, qui a souhaité restituer la réalité de D’Chimbo dans son ouvrage paru en 1997, il y a eu deux autres récits inspirés de la vie de D’Chimbo et que l’histoire littéraire de la Guyane retient. Il s’agit de La nouvelle légende de D’Chimbo, d’Élie Stephenson, et de Le Nègre du Gouverneur, de Serge Patient. Dans le premier, la parole est donnée à D’Chimbo devenu criminel une fois arrivé en Guyane à travers une pièce de théâtre ; dans le second, c’est un D’Chimbo déplacé dans le temps qui se retrouve au début du 19e siècle, alors que l’esclavage est encore de mise, et qui a pour principale aspiration l’assimilation à l’univers de « l’homme blanc ». Françoise Loe Mie maintient, avec La complainte de la Négresse Ambroisine D’Chimbo, un trait qui semble caractériser son écriture, comme une sorte de turbulence que l’on croit détecter quand elle parle de son livre. D’ailleurs, interrogée sur la réalité assez crue qui paraît traverser ses ouvrages, elle révèle ce qui l’intéresse dans la littérature, « c’est vrai ! Je ne suis pas pour la contemplation. J’écris ce qui existe et je montre les travers. C’est ce qui m’intéresse dans la littérature : montrer la vie comme elle est. Je ne montre pas forcément ce qui est beau, je montre ce qui est vil chez l’individu et dans le monde… »

Le roman présenté à Paris est le quatrième livre de Françoise Loe Mie. Elle s’est notamment déjà exprimée à travers de la poésie (avec Poésie piment, girofle et cannelle), un genre vers lequel elle pourrait bientôt revenir puisqu’elle « pense à écrire un autre recueil de poèmes » dont le titre lui est déjà venu : « Le poète se meurt ». Passionnée par la poésie de Damas dont elle aime notamment « la façon de dire non », elle reste imprégnée de plusieurs influences littéraires, Maupassant, Richard Wright, etc. et plusieurs auteurs japonais, qu’elle relit actuellement.

La complainte de la Négresse Ambroisine D’Chimbo
Roman de Françoise Loe Mie
Ibis rouge éditions, 10 euros

« Cahier d’un retour au pays natal » : « un des rares livres capable de libérer notre genre humain » pour Alain Mabanckou

Le 33e Salon du livre de Paris devait, comme désormais chaque année, permettre de réunir les éditeurs et auteurs d’outre-mer en un seul et même lieu. Une vitrine littéraire ouvrant sur de nombreuses créations mais offrant aussi l’opportunité de convier les lecteurs à célébrer le centenaire d’Aimé Césaire. Parmi les auteurs invités, Alain Mabanckou, l’écrivain franco-congolais qui a remporté en 2006 le Prix Renaudot pour Mémoires de porc-épic, grand connaisseur du poète.

Salon du livre de Paris 2013

Salon du livre de Paris 2013

Le Salon du livre de Paris s’est achevé hier lundi avec notamment une matinée réservée aux professionnels du livre, l’occasion pour les représentants des régions et territoires d’outre-mer de faire un inventaire de la situation de l’édition dans ces zones et de faire le point sur le devenir du secteur. Après la « Journée jeunesse », les rendez-vous du public avec Lilian Thuram le vendredi 23, Les outre-mer terres de culture ont accueilli samedi plusieurs invités se relayant pour dire leur vision de la poésie de Césaire, témoigner de leur expérience de lecteur ou confirmer l’influence et le poids de ses écrits sur tous ceux qui l’ont lu. Les Variations Césaire constituaient le point d’orgue du programme et ont permis de réunir des auteurs et des personnalités comme Alain Mabanckou. Auteur de Lumières de Pointe-noire, dans lequel il retrace lui aussi son retour au pays natal, il a dépeint l’impression que lui a laissé la lecture de la première œuvre de Césaire : « Si vous ouvrez le Cahier d’un retour au pays natal, où il commence vraiment sa diatribe, au fur et à mesure que vous rentrez, vous percevez un récit/poème. Parce que vous voyez la mise en scène qui est à l’intérieur, qu’Aimé Césaire fait. Quand vous lisez son recueil, vous sentez qu’il est un narrateur qui est en train de vous emmener pour dire « regardez ce qui s’est passé, voilà, je commence, je suis dans la case de mes grands-parents, je descends dans tel morne, je vais à tel endroit ». C’est un recueil qui donne la leçon aussi bien à ceux qui font de la poésie mais aussi aux romanciers. Parce que qu’est-ce qu’un bon roman ? C’est celui qui a su composer avec la parole poétique et la distance dans l’altération ».

Alain Mabanckou écouté par George Pau-Langevin et Victorin Lurel

Alain Mabanckou écouté par George Pau-Langevin et Victorin Lurel

L’hommage rendu à Césaire au Salon du livre revenait non seulement à poursuivre l’introspection des œuvres de Césaire, mais aussi à observer dans les thèses ou récits contemporains les réflexions nées du mouvement qu’il a contribué à imposer. La question souvent entendue par les auteurs de la Caraïbe quant à l’influence d’Aimé Césaire vaut pour bien d’autres et notamment pour les écrivains du continent africain. Ainsi, invité par Valérie Marin La Meslée à dire « en quoi Césaire a pu nourrir le sanglot » (à propos de son livre Le sanglot de l’homme noir), Alain Mabanckou a défini la négritude de Césaire (la distinguant de celle Senghor) et établi le lien qu’il pourrait y avoir entre son propos et celui de Césaire. Pour lui, le discours de Césaire parle à tous : « Il y a un passage dans ce même livre que nous citons où il essaie d’exprimer que sa négritude n’est pas une négritude définie par rapport à l’opposition avec les autres cultures. Sa négritude, c’est pour la soif d’universel. Il a tellement aimé sa race que cet amour lui impose le respect des autres races. Sa négritude consiste peut-être à ramener l’humanité dans une certaine égalité et à éviter cette injustice qui avait consisté à ce que les civilisations occidentales avaient décrété qu’elles étaient l’unité de mesure dans la connaissance. C’est une négritude de recomposition, de recentrement. Césaire ressemblait à cette feuille qui s’est détachée de son arbre avec le vent et qui, à son retour, ne peut pas retrouver son arbre tellement la forêt est immense. Senghor avait une telle assurance dans ses racines qu’on avait l’impression que sa négritude était une négritude d’enracinement. Tandis que la négritude de Césaire est une quête permanente. C’est une négritude qui a donné d’autres tendances dans cette recherche que l’on a retrouvée avec l’antillanité, le tout-monde, la créolité. Elle prenait des dimensions un peu plus vastes pour englober toutes les formes de diasporas dont une seule petite route pouvait rappeler l’origine africaine. Dans ce sens, je pense que Césaire a également inventé ce qu’on appelle aujourd’hui le tout-monde et que ses disciples ont eu à conceptualiser avec les métamorphoses ultérieures des sociétés. Dans Le sanglot de l’homme noir, je suis peut-être très proche d’un des « élèves » de Césaire, Frantz Fanon : je blâme cette victimisation permanente. Frantz Fanon a dit « je ne peux pas passer ma vie à faire le bilan des malheurs nègres« , il n’est pas responsable de ce qui a été fait des siècles auparavant. Ce qui compte, c’est ce qu’il se passe dans les champs de canne à sucre à cette époque-là, c’est-à-dire chercher à trouver une solution pour ceux qui sont en train de souffrir sur le champ. Mais nous l’avons également dans ce sens où le Cahier d’un retour au pays natal demande aux

Lecture de textes d'Aimé Césaire par Viktor Lazlo

Lecture de textes d'Aimé Césaire par Viktor Lazlo

nègres de prendre en compte de ce qui est en train de se passer chez nous, sur le champ. Le constat que Césaire fait n’est pas l’inventaire d’un greffier qui dresse ce qu’on nous a fait avant. Il le fait par petites touches mais, quand il convoque le passé, c’est pour essayer de régler une histoire sur le champ, c’est-à-dire que son peuple qui est en train d’être oppressé par un système qui ferait que le peuple antillais ne pourrait pas se relever. Mais ça va au-delà puisque c’est un livre qui parle à tous les peuples. Vous prenez le Cahier d’un retour au pays natal, vous le donnez aux Palestiniens ou aux Rwandais, ils se retrouvent à l’intérieur. C’est un des rares livres qui est capable de libérer notre genre humain ».

Daniel Maximin, Suzanne Dracius, Viktor Lazlo, Romuald Fonkoua ou encore Jean-René Lemoine ont également pris part à ces « Variations Césaire » le samedi 24 mars 2013. Évoquant ou déclamant ses plus beaux textes pour partager avec le public la poésie de Césaire et sa capacité à réveiller leur conscience, ou libérer leur imaginaire, ou même permettre de connaître l’Afrique. « Quand on étudiait Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor au lycée, on avait longtemps cru que l’Africain, c’était Aimé Césaire » expliquait ainsi Alain Mabanckou.

Léon Damas, trois fleuves dans les veines, au dernier Salon du livre de Paris

Le centenaire de la naissance de Léon-Gontran Damas, qui trouve un écho dans plusieurs manifestations depuis le début de l’année, ne pouvait pas être absent du 32e Salon du livre de Paris qui s’est achevé ce lundi 19 mars. Sous le thème « Léon Damas, trois fleuves dans les veines » se tenait le samedi 17 mars une table ronde à laquelle participaient écrivains, poètes et éditeurs.

Au centre des échanges, les concepts qui illustrent la poésie de Damas, sa modernité, son audace rythmique et son universalité, mais aussi son appartenance à la Guyane. Autant de dimensions qui ont animé les discussions et conduit au constat pertinent de Daniel Maxiximin, selon lequel « la poésie de Damas dépasse tout territoire même si elle ne peut s’entendre que par la Guyane ». Une vérité qui venait conclure le débat ouvert par Sandrine Poujols, universitaire qui a préfacé la réédition de Black Label, sur la pluralité des origines de Damas et leur influence sur l’universalité de sa poétique.

Auparavant, le poète et romancier guadeloupéen s’était exprimé sur la place de Damas dans le trio des chantres de la Négritude, réfutant l’impression selon laquelle Damas fut « la mauvaise conscience des deux autres » (Césaire et Senghor). Il a partagé avec un public trop peu nombreux sa conception de l’auteur de Névralgies et de Pigments et son parcours : « Il faut se débarrasser de l’image de trois auteurs réfléchissant à la Négritude. Ce sont avant tout trois poètes, Damas étant le plus poète des trois. Le peu que l’on peut voir de la profonde connivence entre eux s’explique par la profonde solitude de chacun d’eux et la primauté absolue de la poésie dans leur vie. La solidarité de poètes dépasse les autres solidarités. Damas, en plus de poète, est avant tout un médiateur de poésie qui a contribué à faire connaître de nombreux poètes du monde. Il a été le promoteur d’une poésie nouvelle, engagée, avant-gardiste. Ce n’est pas un hasard si deux de ses livres ont été interdits ». L’influence et l’intensité des vers du poète guyanais a pris une large part dans les échanges de vues, comme a pu l’expliquer Daniel Maximin : « il n’y a qu’une seule chose à faire avec Damas, c’est le lire. Il a tout mis dans son oeuvre, c’est celui qui est allé le plus loin. Il y a trop de problème dans le monde pour s’occuper de soi. C’est en ce sens que la poésie de Damas est très forte, très puissante ».

Pour Ernest Pépin, la fulgurance prévaut dans la poésie de Damas. Il y observe une singularité qui le distingue encore de Césaire et de Senghor : « il faut faire surgir le poète, faire sentir sa démarche. Je ne vais pas le comparer aux autres, cela n’a pas d’intérêt. C’est un précurseur, un homme de rupture. Il va aller très tôt et constamment vers une poésie de la fulgurance. Il veut lancer une poésie en rupture avec la poésie française de l’époque ». Des vers et des mots amplifiés par le tempo et la musicalité inhérents à la poésie de l’auteur de Black Label : « sa poésie se tourne vers des rythmiques américaines, proches du blues, où le mot lui-même fait sens poétique comme personne n’avait su le faire avant et comme Prévert a pu le faire plus tard. Il aurait pu se satisfaire d’être un poète qui a réussi à Paris mais il va s’inscrire dans un collectif pour pouvoir exprimer la douleur du peuple à travers sa souffrance personnelle. »

Interrogé sur « l’exaltation amoureuse et la souffrance » par lesquelles se distingue un Damas révolté, André Velter, directeur poésie chez Gallimard, trouve à sa lecture, outre le rythme, une dimension personnelle et une inflexibilité surprenante. Il traduit ainsi ce qui chez Damas mobilise l’attention, comme « le côté irréductible d’une parole qui trouve son champ personnel et maîtrisé, qu’on ne retrouvait pas chez les autres, et qui nous ouvrait un territoire beaucoup plus vaste qu’une poésie simplement revendicative et militante ». Un sentiment partagé par Élie Stephenson, poète et professeur de sciences économiques guyanais, pour qui l’aspect militant rejoint l’aspect contemporain : « aujourd’hui encore, il faut voir ces jeunes lycéens qui mettent en rap les textes de Damas. Il est le plus actuel, au sens non pas moderne mais au sens proche, qui colle à la réalité économique et sociale de notre époque. Au-delà de la négritude, Damas est un poète de la revendication populaire ».

C’est aussi l »appréciation dynamique qui mobilise l’attention du poète Élie Stephenson qui a côtoyé Damas et qui revendique une « relation filiale » avec son aîné guyanais. Une proximité qui s’est par exemple traduite en 1978 par la sortie d’un disque Léon-Gontran Damas, dans lequel il était accompagné du groupe Les Neg’Marrons. En 2012, au Salon du livre, il conserve intact le souvenir de Damas, « poète guyanais, Damas qui s’intéressait aux autres« .

Damas, le Guyanais
Un autre aspect de la poétique de Damas, c’est justement sa relation à la Guyane. Élie Stephenson et Catherine Lepelletier, auteure du récent Rhapsodie Jazz pour Damas, tous deux issus de la même terre, ont de ce fait d’autres outils pour appréhender les vers de Damas dont la guyanité est pour eux plus que manifeste. Élie Stephenson explique qu’il lui « a appris l’univers poétique de la négritude et cet univers a toujours été en quelque sorte, pour moi, une ligne de partage. Rendre hommage à Damas, c’est rendre hommage à toute la Guyane. Son poème La torche est révélateur de sa volonté de reprendre le flambeau… Un homme qui voulait retrouver sa terre natale et l’aider à se mettre debout ».

 Mylène Wagram

Mylène Wagram et Pablo Contestabile

Le rapport de Damas à la Guyane, c’est cette relation exclusive qui pousse Catherine Lepelletier à s’interroger sur les différentes acceptions des « Trois fleuves coulent dans mes veines », du Damas qui fut aussi homme politique, comme Césaire et Senghor, mais est demeuré avant tout poète. Pour elle, les trois fleuves, « de toute façon, ramènent à cette obsession guyanaise que l’on retrouve dans tous ses textes. Avant Pigments, il a publié cinq poèmes dont un d’entre eux était titré Cayenne 1927. C’était une relation affective, une relation parfois compliquée, surtout sur le plan politique ». Complétant l’évocation de Damas le poète, Catherine Lepelletier rappelle son parcours politique, qui une fois de plus le liait à la Guyane : « il a été député de la Guyane pendant trois ans. Il s’est par la suite présenté plusieurs fois sans succès mais toujours il est revenu. Il a toujours gardé le même accent amoureux de son pays ».

Damas, poète universel, poète esthétique
L’idée régulièrement avancée que la poésie de Damas se prête plus qu’une autre à la scène et au théâtre a inévitablement trouvé un écho lors de cette table ronde. Une réalité qui explique l’engouement constant et même grandissant pour sa poésie. Ainsi, André Velter confirme avoir « toujours rencontré des comédiens ou des chanteurs qui avaient envie de dire du Damas parce que c’est le corps même qui parle. Insensiblement mais avec une très grande présence, il est en train de trouver sa vraie place. Comme souvent chez les poètes, il est en train de trouver son temps après sa mort. Sa poésie n’est pas lyrique comme les autres, il ne se paie pas de mots, il se les arrache à lui-même ».

« Une poésie de mots mais surtout de silences », pour Élie Stephenson ; une poésie qui se rapproche « de ce que font certains musiciens de jazz, par exemple Miles Davis, qui part d’une rumination et ne finit pas avec les mots » pour Ernest Pépin. Tout un univers dans lequel s’est régulièrement plongée la comédienne Mylène Wagram qui en 2011 présentait déjà la pièce Léon Gontran Damas a franchi la ligne, mise en scène par Frédérique Liébaut. Samedi, au Salon du livre, elle concluait la table ronde avec un moment poétique, Damas feu sombre, avec Pablo Contestabile.

Salon du livre de Paris 2012 : les littératures et les auteurs de la Caraïbe vous accueillent

Salon du livre de Paris 2012

Salon du livre de Paris 2012

Ça y est, le Salon du livre de Paris a ouvert ses portes et les lecteurs y sont accueillis depuis vendredi 10 h par des éditeurs et des auteurs prêts à répondre à leurs attentes. À l‘espace Encres mêlées d’outre-mer, vous retrouverez une véritable vitrine de l’actualité littéraire de Martinique, de Guadeloupe, de Guyane et de bien d’autres territoires.

Les Encres mêlées d’outre-mer, c’est bien entendu le livre sous ses formes et ses fonctions, présenté aux publics dans le but de promouvoir la littérature toujours en mouvement dans ces régions, pour laquelle éditeurs et professionnels se mobilisent. Comme c’est désormais la coutume, Orphie, les éditions Lafontaine de Jala, Ibis rouge édition, Promolecture ou encore la librairie Jasor ont fait le déplacement pour retrouver des lecteurs en quête de nouveautés et ceux qui se rendent directement sur l’espace en espérant avant tout revoir sur les stands Ernest Pépin, André Paradis et d’autres auteurs qui ont su les toucher à travers leurs romans. Ce sont bien tous ces lecteurs qu’accueille chaque année Régine Jasor sur l’espace dédié aux Encres mêlées d’outre-mer. Cette année encore elle affiche sur ce domaine réservé « toute une pléiade d’auteurs de différents pays, de différentes régions, certains qui viennent pour la première fois, comme Lise Dolmar, ou des habitués, comme Ernest Pépin. L’idée, c’est vraiment de faire de cet espace un lieu de rendez-vous, de conseil, d’échanges, de rencontres où les gens viennent à la rencontre de la littérature de nos pays. On a comme unique de souci de renseigner le public, leur dire qu’il y a une littérature qui existe… une littérature du monde ».

Crées en 1989, les Éditions Jasor, tiennent un rôle primordial dans la diffusion de la littérature guadeloupéenne et des auteurs qui l’enrichissent, mais occupent un rôle plus large dans la publication caribéenne. La présence régulière de cette maison au Salon entre dans une logique de promotion toujours soutenue des auteurs qu’elle représente, avec en plus une volonté de mettre en évidence les nouveautés mais aussi les valeurs sûres d’un catalogue : « il n’est pas question d’amener uniquement des nouveautés, mais aussi le fonds qui est important, c’est l’histoire de nos littératures », nous explique Régine Jasor. 2011 et l’année instituée « année des outre-mers » ont marqué selon elle un changement et, même si en 2012 l’espace réservé retourne à un format plus réduit, il reste bien situé, « ce qui est important dans un salon de dimension internationale ».

Salon du livre de Paris 2012

Salon du livre de Paris 2012

Ibis Rouge Éditions à l’heure numérique
L’optimisme est moindre chez Ibis Rouge Éditions dirigé par Jean-Louis Malherbe, qui n’est pas convaincu de l’effet « année des outre-mers ». Il continue depuis plus d’une dizaine d’années à faire le lien entre ses auteurs et les lecteurs extérieurs à la Guyane, à la Martinique ou à la Guadeloupe. Cette année, il est de nouveau accompagné d’André Paradis, auteur vedette d’Ibis Rouge, présent avec son dernier roman, Dès l’or, Victor… L’actualité d’Ibis Rouge, c’est encore les mémoires de Jean Samuel Guisan (1740-1801), un ouvrage paru récemment à la rubrique sciences humaines sous le titre Le Vaudois des terres noyées – Ingénieur à la Guiane française 1777-1791.

Outre la relation nécessaire entre les lecteurs et les auteurs lors d’un grand rendez-vous comme le Salon du livre, l’éditeur mise aussi sur la modernisation des rapports livre/lectorat. Après avoir été, en 1997, l’un des tout premiers à proposer au lecteur l’acquisition des livres de son catalogue sur Internet, il est de nouveau précurseur en étant le premier de la région Antilles/Guyane a détenir un catalogue entièrement numérisé, qui compte 400 livres numériques, dont des œuvres épuisées comme D’Chimbo, du criminel au héros, de Serge Mam Lam Fouck. Tous ces livres sont disponibles sur la librairie numérique Numilog.

Tous les lecteurs, quel que soit leur support préféré, sont attendus par les dizaines d’auteurs qui se succéderont samedi et dimanche pour dédicacer leurs livres. Suzanne Dracius, Daniel Honoré, Jeanne Romana, Ernest Pépin ou encore Catherine Lepelletier, parmi d’autres, participeront aux différentes rencontres et tables rondes prévues.

« Aimé Césaire, pour toujours » en librairie, maintenant

21 mars 2011 Livres Aucun commentaire

Avec le livre Aimé Césaire, pour toujours (paru aux éditions Orphie), le Réunionnais Patrick Singaïny, journaliste et artiste contemporain, souhaite proposer une nouvelle lecture de l’auteur, une approche peut-être plus ouverte. Démarche à laquelle pourrait notamment céder un lectorat plus jeune,« conduit vers autant d’univers que de points de fuite qui s’accordent et s’établissent en un seul plan, livrant ainsi un portrait puissant d’un homme à la carrure historique, autant émancipateur que créateur ». Pour ce travail d’éclaircissement, Patrick Singaïny a convié notamment le sociologue et philosophe français Edgar Morin.

Patrick Singainy

Patrick Singainy

E-Karbé - Dans un premier temps, pouvez-vous nous parler de votre parcours et des raisons qui vous ont conduit en Martinique puis à travailler sur ce projet ?
Patrick Singaïny - En fait, en partant en 88 de la Réunion, je cherchais des outils déjà forgés et dont j’aurais pu faire une appropriation assez intéressante afin de mieux comprendre ma société, de mieux comprendre la Réunion, qui pour moi était – enfin, je la percevais comme ça à l’époque – très difficile à s’approprier. Et puis il y avait ce malaise lié à l’auto-dénigrement, lié à l’impossibilité de parler même de la personnalité réunionnaise et encore moins de l’identité, donc il était pour moi très important d’aller à la recherche de moi-même au travers non seulement de l’art mais aussi de la réflexion. Mais l’art est d’abord arrivé parce qu’au départ je suis un dessinateur de presse, je l’étais à 17 ans, et j’ai fait mon bonhomme de chemin. J’essaie de faire en sorte de mieux comprendre la société dans laquelle je suis. J’ai décroché une licence à Amiens mais ce n’était pas tellement le diplôme universitaire qui m’intéressait. Ce qui m’intéressait, à ce moment-là, c’était davantage toutes mes recherches sur ce curieux peuple qu’est le peuple antillais et c’est comme ça, finalement, que j’ai fait la connaissance de Glissant, de Chamoiseau… Beaucoup plus tard, je me suis frotté à la créolité qui était en fait dans l’air du temps, j’ai travaillé sur le métissage et sur toutes ces choses qui ont permis l’émergence, dans les années 92-95 à la Réunion, d’une vitalité tout à fait nouvelle en art contemporain et surtout au niveau de la pensée. Une pensée commençait à émerger qui a été vite étouffée dès 1996.

E-K - Il y a beaucoup d’écrits sur Césaire. En quoi le livre que vous publiez aujourd’hui apporte-t-il du nouveau ?
PS - Ce livre, contrairement à beaucoup de – bons – livres sur Césaire, a été rédigé en Martinique. Les gens qui ont collaboré à cet ouvrage travaillaient avec moi quand je menais la rubrique « Ce qui se dit de ce qu’on pense » dans l’hebdomadaire martiniquais Antilla.  Il s’agissait en fait de publier chaque semaine des points de vue de personnalités qui discutaient à partir de problématiques que je jetais en quelques phrases. Au décès de Césaire, on a tous été KO. La première semaine, j’ai demandé à chacun de donner son sentiment. La deuxième semaine, nous sommes restés dans l’embarras et dans la tristesse. La troisième semaine, on a commencé à y réfléchir. C’est là que j’ai eu cette idée d’amener ce spécial Césaire. Et au fur et à mesure, ça s’est transformé en quelque chose de beaucoup plus construit. Il fallait à ce moment-là proposer un Césaire « digérable » par les jeunes générations. Il fallait pour moi aller vers des gens qui pouvaient en parler librement, des spécialistes qui pouvaient amener un regard transversal pour pouvoir libérer Césaire de cette négritude qui lui colle à la peau. On le réduit tellement à cette négritude que finalement on s’est toujours empêchés de l’écouter, de le voir.

E-K - Vous avez dirigé des travaux qui ont donné naissance à ce livre. Avec qui avez-vous travaillé et pourquoi ?
PS – J’ai travaillé avec cette petite équipe martiniquaise qui toutes les semaines collaborait avec moi. Après, au fur et à mesure de l’approfondissement du sujet, je me suis rendu compte qu’Edgar Morin, qui était un compagnon de lutte de Césaire à l’époque où le stalinisme était très oppressant en France, avait un point de vue qui pouvait être intéressant, pas seulement sur le plan de l’histoire ou de la rencontre, mais aussi au niveau de la communauté des points de vue. Je l’ai contacté, il a accepté assez rapidement, à ma grande surprise. La même chose pour Françoise Vergès, qui a signé le dernier entretien avec Aimé Césaire. Et Laurence Proteau signe le dernier texte au travers duquel elle montre vraiment, graduellement, l’évolution de la pensée mais aussi des actions politiques de Césaire. Pour moi, il était très important d’avoir un point de vue très pédagogique sur Césaire. Et puis, pour le reste, ce sont des gens que je connaissais. Il y a Dominique Berthet, qui est un peu à part parce que lui, c’est un spécialiste d’André Breton. Dans son texte, il offre un regard intéressant sur l’influence que Césaire a eue sur Breton, ce dont on ne parle jamais. Et puis il y a Alfred Alexandre qui a décortiqué la poésie de Césaire et qui a su faire émerger de son article quelque chose de fabuleux qui démontre et qui montre les clés de compréhension de cette poésie qui est tout entière tournée vers la connaissance de soi.

E-K - Selon vous, qu’est-ce qui, dans le monde qui nous entoure, nous ramène à Césaire et en fait aujourd’hui encore un exemple à suivre dans les combats à mener ?
PS - Césaire, quand il a été rapporteur de la loi de l’assimilation, il a eu ce trait de génie : il a débaptisé cette loi, il l’a transformée par un néologisme, « départementalisation ». Ce faisant, il a ouvert ce qui devait être hermétiquement fermé à jamais, à savoir la Martinique dans la France et puis c’est tout, une assimilation au pas de charge. Ce qu’il n’a pas manqué de rectifier par cette départementalisation qui ouvrait d’emblée la voie vers autre chose. Et aujourd’hui, la Martinique et la Guyane accèdent à la collectivité unique… Et bien je considère que c’est grâce à lui. Parce que si on avait fermé hermétiquement la loi de l’assimilation, on n’aurait jamais pu accéder à ça. Voilà un exemple.
Et puis pour le reste, toute la poétique césairienne, tout le théâtre de Césaire ont su faire émerger une conscience, pas seulement chez les Antillais mais dans le monde entier, pas seulement pour les Américains mais aussi pour tous les opprimés. Bien sûr il y a eu le relais Fanon, bien sûr il y a eu le relais d’un certain nombre de gens, mais sans lui il n’y aurait pas eu le phénomène Fanon, les phénomènes liés à la créolité. Ça, ça me paraît clair. Je pense que finalement on lui doit quasiment tout.


[Ajout du 24 mars 2011] Le livre sera disponible le 8 avril dans toute la France.

Salon du livre de paris 2011 : conférence « Les Outre-mer, unité ou diversité »

« Les Outre-mer, unité ou diversité : la Martinique, la Nouvelle Calédonie, Saint-Pierre-et-Miquelon ou la Réunion, ces outre-mer, si loin, si proches, entre ressemblances et dissemblances ». Tel était le (vaste) thème du débat animé le samedi 19 mars au Salon du livre par Marijosé Alie, avec des auteurs qui représentaient très concrètement les dissemblances qui existent entre ces différents territoires. Avec une certitude : chacun, en sa qualité « d’outre-mer », voit la France (qualifiée de « métropole » ou « hexagone ») d’une façon bien différente.

Dracius, Nicolle, Samlong, Gorodey

Unité ou diversité des outre-mer

Le débat a porté principalement sur les diversités qui n’unissent pas les outre-mer et qui influencent les écrivains selon la posture qu’ils se choisissent en tant qu’écrivain contemporain, selon leur souhait de s’engager ou pas à travers leur écriture, donc de choisir ou pas d’en faire un combat.

Un petit monde en réduction… ouvert au monde entier
Plus que la question d’unité ou de diversité qui devait être soulevée, on a ressenti lors de ces échanges une forte notion d’identité littéraire ou collective exprimée par chaque auteur pour caractériser et expliquer son regard sur la notion d’outre-mer. Si l’idée de distance est très présente, il reste qu’on vit l’hexagone différemment que l’on soit de Martinique comme Suzanne Dracius ou de Saint-Pierre et Miquelon comme Eugène Nicole. L’auteure d’Exquise déréliction métisse a sa vision de l’outre-mer et de la traduction qu’elle en fait dans son art : « c’est un petit bout de culture française… J’habite la langue française, j’y entre comme dans une habitation d’où je peux marronner à ma guise. Là d’où je viens, nous avons le créole. Ce qui compte, c’est ce duo harmonieux où on peut utiliser la langue qu’on veut, en toute liberté ». L’expression d’un métissage sur lequel l’interroge Marijosé Alie et qui n’est forcément pas valable pour un autre outre-mer : « j’aime revenir en Martinique mais je n’y suis pas accrochée comme si j’étais un mollusque. C’est un petit monde en réduction. Nous sommes ouverts au monde entier. Tous les sangs ont circulé dans cette Martinique, j’en suis moi-même l’exemple vivant. Je tiens à le dire parce que quand on parle de métissage, ce n’est pas uniquement un mélange de sangs, c’est aussi un mélange de cultures. Le titre de mon livre est un oxymore, ce métissage est quelque chose d’exquis, ça fait plaisir d’avoir cette sensation, et en même temps ça crée une absence. Je suis contente d’appartenir à ce monde métis et je suis consciente que ce n’est pas toujours facile, qu’on n’est pas toujours acceptée… ».

Eugène Nicole (L’œuvre des mers, éditions de L’Olivier) ne conçoit pas cette notion de lutte qui profite pourtant à l’écriture du Réunionnais Jean-François Samlong ou de Déwé Gorodey, femme politique et écrivaine Kanak : l’histoire très différente de ces territoires explique avant tout cette dissonance. Eugène Nicole s’explique : « A Saint-Pierre et Miquelon, nous avons une vision particulière. Nous sommes la plus petite de ces entités. J’insisterai sur cette microscopie. Traditionnellement, pour moi, la métropole était au loin mais c’était comme une entité lointaine vers laquelle à la fois on allait et d’où nous venait quelque chose. Je me suis aperçu que quand j’écrivais, j’étais à la fois présent dans mon archipel et dans la distance. Je ressens cette impression physique d’avoir les pieds plantés à l’endroit que je décris et dont je suis distant ».

« Notre parole était confisquée et nous l’avons reprise… »
Le fait de vivre sur un territoire très différent des autres, d’être loin de la France (hexagonale ou métropolitaine, selon la posture intellectuelle ou affective que l’on se choisit), d’être logiquement influencé par son environnement géographique direct (qui n’est donc pas la France), autant de réalités qui expliquent aussi les approches très différentes des uns et des autres sur l’idée qu’ils se font de leur terre. Dès lors, les auteurs développent immanquablement un rapport à l’écriture différent, comme on le voit avec Jean-François Samlong : « Quand j’écris des essais, j’ai une responsabilité par rapport à la société réunionnaise qui est imbriquée dans la société française. Nous avons quelques points communs avec la Nouvelle-Calédonie : la société réunionnaise est de tradition orale et les Réunionnais ne sont arrivés à l’écrit que très tardivement. Il a fallu attendre les années 70-80 pour qu’une génération de jeunes accède à la maîtrise de la langue créole et puisse se raconter, puisse se dire. Nous sommes désormais vus avec notre propre regard et pas à travers le regard des autres. Auparavant, nous avions l’impression de perdre notre identité avec la soumission à une politique d’intégration culturelle. Notre parole était confisquée et nous l’avons reprise… « 

Large est l’étendue des dissemblances entre des espaces d’outre-mer qui se sont taillés et structurés en fonction des populations qui s’y sont affrontées, installées et succédé. Et il n’est pas non plus possible d’éviter un constat : ces espaces ont vu naître des littératures résistantes. Pour Jean-François Samlong, il y a donc une « littérature de combat, et non plus de plus de défense comme on l’a connue dans les années 80. Un désir de construire un nouvel avenir pour nous, avec nos propres forces, qui nous construit de l’intérieur ». Des imaginaires de contestation qui nourrissent d’autres imaginaires, tel celui de Déwé Gorodey qui cite le Peau noire et masques blancs et le Cahier d’un retour au pays natal des Martiniquais Fanon et Césaire. Un imaginaire de combat qui n’est pas le seul commencement des voyages auxquels nous convie l’écrivain basé loin de Paris. Il peut d’ailleurs tout à fait s’agir d’un autre combat comme celui d’Eugène Nicolle, « un combat avec la mer. Je m’intéresse peut-être plus aux éléments qu’aux êtres. Enfin, nous avons des situations très différentes, c’est évident ! La question politique, ce n’est pas mon affaire. »

Débat au salon du livre 2011 : « Écrire ici, écrire là-bas, écrire ailleurs ? » Un vaste questionnement pour une infinité de réponses

21 mars 2011 Livres Aucun commentaire

Daniel Maximin

« Écrire ici, écrire là-bas, écrire ailleurs ? La Réunion, les Caraïbes, l’Océanie, l’Hexagone, comment écrit-on d’un océan à l’autre ? » A cette question qui faisait débat le samedi 19 mars dernier au salon du livre, on serait tenté d’ajouter : écrire pour qui ? écrire comment ?  tant la problématique paraît soulever des questionnements chez ces auteurs d’outre-mer éparpillés au gré des océans.

Écrire pour qui ? parce qu’il a été question du taux trop élevé d’illettrisme, par exemple à La Réunion ou en Guyane. Une situation qui, bien entendu, pose un problème de société mais qui interroge aussi le statut d’auteur dans sa dimension universelle. Des auteurs qui trouvent dans leur environnement culturel, patrimonial ET linguistique les éléments d’embellissement ou de fertilisation de la langue et font naître leurs poèmes ou leurs romans. Ainsi, pour André Paradis, écrivain guyanais, « il n’y a pas que langue qui exprime une culture… Le vrai problème est de savoir comment exprimer sa propre culture en tenant compte de la culture commune. Chaque culture influence la voisine. »

Alfred Alexandre

Écrire comment ? parce qu’un tel débat ne pouvait pas non plus occulter la question de l’expression des particularismes selon que l’on se trouve dans un archipel d’Océanie comme Weniko Ihage, directeur de l’académie des langues kanak, ou dans la Caraïbe comme Alfred Alexandre (Les villes assassines, Editions de l’Archipel).

Des dissemblances et une telle variation des réalités qui amènent à constater que l’un des rares éléments qui rapprochent ces territoires, c’est leur rattachement, plus ou moins caractérisé, à la France. Un autre point commun étant peut-être la volonté tacite et commune de prendre la plume pour enfin ne pas laisser d’autres le faire à sa place. Un point déjà soulevé par la romancière polynésienne Chantal Spitz lors de la conférence «Devoir de mémoire ou droit à la fiction» qui s’est tenu le 18 mars, et par l’auteure néo-calédonienne Déwé Gorodey autour du débat sur « Les outre-mer : unité ou diversité ».

André Paradis

Autant de cheminements d’écriture et de questionnements historiques qui, une fois posés, obtiennent une infinité de réponses, selon que l’on se trouve dans le Pacifique, l’Atlantique ou l’océan Indien. Des réflexions culturelles, linguistiques ou encore artistiques qui trouvent encore de multiples réponses lorsqu’une vie d’écrivain contemporain vous entraîne dans les espaces amérindiens de Guyane, dans les rues de Fort-de-France ou lorsque l’on est un poète calédonien comme Luc Camoui. Des réalités qui viennent bonifier les imaginaires, comme a pu l’exprimer le romancier et poète guadeloupéen Daniel Maximin : « Dans les outre-mer, depuis trois siècles, il n’y a pas eu de rupture profonde entre culture savante et culture populaire. Les cultures populaires sont tellement symboliques de l’histoire… Tout le travail de l’écrivain est d’intégrer ces cultures populaires dans son œuvre. Comme tout est le résultat d’une conquête ou d’une reconquête, cela ne va jamais de soi. C’est pourquoi on doit toujours éviter de copier cette culture pour ne pas la trahir. Il faut donc translater. Une des pratiques populaires les plus puissantes est celle de ce conte qui consiste à rappeler à chaque fois les liens qui existent entre le réel et l’imaginaire, de prouver que l’imaginaire est une manière de confronter le réel. C’est pour cette raison que l’on a inventé le fameux cric-crac. Comment transposer cette pratique vivace ? On fait comme pour la musique. La rythmique, le style même de l’écrivain, a une dimension musicale qui est fondatrice. Il faut que ça chante car la musique est la base de notre culture. On voit ça dans le style haïtien de réalisme merveilleux. Il faut toujours une dimension imaginaire, de conte. Nous ne pouvons pas être englués dans une posture qui ferait de nous les journalistes de notre histoire. La pratique de ce conte critique est une chose qui nourrit la manière de la pratique du conte romanesque. »

Les participants du débat ont convenu que la position commune des «outre-mer», si elle ne permet nullement de trouver des réponses analogues, permet peut-être d’effectuer quelques rapprochements d’expériences ou au moins de constater que les controverses se posent partout immanquablement. C’est par exemple le cas pour l’écriture du créole : la langue qui occupe les débats des spécialistes guadeloupéens, martiniquais et guyanais dans la Caraïbe fait aussi beaucoup parler à La Réunion d’Axel Gauvin où s’ouvrira bientôt un débat sur la graphie. Le créole, langue(s) vivante(s) qui varie(nt) d’un océan à l’autre et influence(nt) les récits, les poèmes et les romans d’un océan à l’autre. Ici, là-bas comme ailleurs…

La bonne cuisine de Babette, végétarienne ou non, au Salon du livre de Paris

19 mars 2011 Livres Aucun commentaire

Babette de Rozieres

Babette de Rozières, tout le monde connaît. Elle est aujourd’hui l’une des nombreuses personnalités qui invitent les téléspectateurs dans sa cuisine. Mais elle est aussi et surtout celle qui depuis des années impose les couleurs et les parfums de la cuisine créole dans la gastronomie made in France. À l’heure où l’engouement pour les livres et autres guides de recettes ne cesse de grandir, Babette de Rozières fait une immersion gastronomique dans la cuisine végétarienne en publiant La bonne cuisine végétarienne de Babette. On y retrouve toutes les saveurs qui font le succès de ses recettes.

E-karbe - Pouvez-vous nous parler de vos dernières parutions ?
Babette de Rozières – J’en ai deux : j’ai La bonne cuisine de Babette qui est sortie il y a quelques mois. Dans ce livre-là il y a un peu tout, les entrées, la viande, les sauces, les condiments. Et puis La cuisine végétarienne, où il y a évidemment des légumes mais cuisinés avec la touche de Babette. C’est-à-dire que, compte tenu de ma culture des épices, je me suis arrangée pour donner du goût aux légumes. Si bien qu’on peut trouver dans ce livre par exemple un goût créole, un goût thaïlandais, un goût de tout… tout en gardant les vraies saveurs des légumes et ça, c’est pas facile. Je me suis rendu compte en écrivant ce livre et en cuisinant les légumes que c’était plus complexe que de cuisiner un poulet ou un lapin. Parce que quand on fait un poulet, on renforce son goût par les épices, mais les légumes c’est subtil, il faut vraiment aller tout doucement pour éviter qu’ils perdent leur saveur et faire en sorte qu’ils restent croquants. Et c’est très amusant de cuisiner les légumes.  Je pense que maintenant je vais passer aux légumes parce que j’ai tellement mangé de bonne viande en mangeant des légumes que je me dis que j’aurais pu commencer plus tôt. Maintenant, je comprends bien pourquoi les végétariens sont végétariens…

E-K- Que pensez-vous de l’engouement actuel pour la cuisine et spécialement pour les cuisines qui viennent d’ailleurs ?
BdR - J’aurais tellement aimé que ça vienne plus tôt parce que quand j’ai commencé, la cuisine était presque tabou, surtout dans ma spécialité, et puis j’ai eu du mal à m’imposer au niveau de la télévision et des médias. Ça m’a demandé quelques bonnes années mais maintenant je ne regrette pas étant donné que les gens s’intéressent de plus en plus à la cuisine, même les jeunes. Plus il y a de livres ou d’émissions de cuisine, meilleur c’est, je pense, pour les gens. Ça leur évite justement de manger n’importe comment. Bien manger, c’est important.

E-K – Comment la touche créole que vous apportez à la cuisine est-elle accueillie par le public ?
BdR - Beaucoup mieux qu’il y a quelques années. Quand j’ai commencé la cuisine créole, ce n’était pas un atout du tout. Les gens pensaient que c’était pimenté, ils ne connaissaient pas la vraie culture créole. Désormais, avec les voyages, les échanges, ils connaissent mieux la cuisine créole et ils l’apprécient. Ça me fait plaisir de voir des gens qui viennent et qui me parlent des produits que l’on trouve aux Antilles assez facilement comme on parle de la pomme de terre – quoique la pomme de terre c’est le produit le plus exotique qui existe… – mais enfin ça me fait plaisir de voir que la papaye ou la mangue sont désormais aussi connues que la pomme de terre. Il y a cette dimension d’échanges qui me plaît beaucoup. Et c’est beaucoup plus facile maintenant de cuisiner des produits exotiques qu’autrefois. Et même quand on va chez un grand cuisinier, on trouve à la carte des produits de chez nous, c’est un vrai régal.

E-K – Votre arrivée à la télé est-elle une cause ou une conséquence de cet engouement ?
BdR - Quand je suis arrivée à la télé, on ne parlait pas de cuisine créole du tout. J’étais la première femme noire, antillaise, à faire des émissions de cuisine sur la chaîne publique. Ça n’a pas été facile. Maintenant, c’est devenu presque monnaie courante. Avant, ce n’était pas un atout mais maintenant c’est devenu un atout.

Livre : Grand Café de Lémy-Lémane Coco au Salon du livre de Paris

19 mars 2011 Livres Aucun commentaire

Grand café

Avant Grand Café, Lémy-Lémane Coco a déjà publié chez Ibis Rouge Éditions  Et l’Amour s’en souvient (2007) et Le vieil homme et le coupeur (2002). Dans son dernier livre, qui a obtenu le prix littéraire de la ville de Colmar 2010, l’auteur utilise un élément de sa propre histoire pour en faire fiction, une belle histoire de pirates où l’on retrouve des Noirs. Mais une fiction qui doit susciter des réactions parce qu’elle touche, du fait des ses protagonistes et de certains faits véridiques, à la question du devoir de mémoire. Lémy-Lémane Coco est au Salon du livre sur le stand de son éditeur Ibis rouge édition.

E-karbe – Pouvez-vous nous parler de votre dernier livre et nous dire quel en est l’objet ?
Lémy-Lémane Coco – Mon dernier livre, qui s’appelle Grand café, est l’histoire d’un de mes ancêtres. J’ai découvert au cours de recherches pour un essai que j’avais un ancêtre pirate. J’ai creusé avec un ami généalogiste. Nous n’avons pas trouvé beaucoup de choses mais suffisamment pour me permettre de rêver, d’imaginer et d’écrire ce roman.

E-K – Il s’agit donc de fiction. Avez-vous pris du plaisir à l’écrire ?
L.L. C. – Oui parce que ça donne libre cours à l’imagination, avec un peu d’événements historiques réels. Ça permet d’aller plus loin. C’est peut-être, d’une certaine manière, une façon de réécrire l’histoire et de faire vivre sa famille.

E-K - En tant qu’auteur d’outre-mer, comment vous situez-vous alors qu’on dit que le livre se porte mal dans ces régions et que les gens lisent de moins en moins ?
L.L. C. - Je crois que c’est ce qu’il faut faire, qu’il nous faut continuer parce que si on arrête, les gens liront de moins en moins. Effectivement, le livre va mal et avec l’avènement du livre numérique, ce sera sans doute encore plus difficile, mais je crois que c’est une passion d’écrire. Arrêter d’écrire, quand on est un auteur, c’est sans doute un peu mourir. Et je crois qu’il faut donner aux gens l’envie de redécouvrir la lecture, il faut que nous soyons dans les salons, dans les colloques, dans les conférences… Peut-être que les gens vont retrouver le goût de lire. C’est vrai, les auteurs bougent peu. S’ils se bougeaient un peu plus, peut-être que les livres se liraient un peu plus, qui sait ?

E-K - Et vous, vous vous situez d’abord comme auteur ou comme auteur de l’outre-mer ? Pensez-vous avoir un rôle à jouer dans ce domaine ?
L.L. C. - Je vais faire une réponse de Normand : je suis auteur et je me considère comme un auteur antillais. J’écris beaucoup sur l’histoire antillaise. D’ailleurs, on écrit sur ce qu’on connaît le mieux : l’histoire de mon peuple, de mon pays. Nous sommes avant tout des auteurs mais la caractéristique antillaise nous colle à la peau parce que nous écrivons beaucoup des histoires qui émanent de nos régions, de nos pays, et effectivement ça peut nous permettre de nous qualifier comme auteurs antillais ou ultramarins.

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  • Marie-Andrée Ciprut: Bel article !... J'y étais et je peux témoigner de son authenticité....
  • Marius CATORC: Je suis très heureux de constater que le travail colossal accomplit par Bernard ASCAL, pour la réalisation et la sortie en 2008 du double CD sur "CAH...
  • Vanmai Jean: Cher Daniel, Ta persévérance commence à "payer"... Malgré l'hostilité des "intellectuels bien pensants" sur le même sujet ! Bravo !...
  • Alain LAPLACE: Un grand merci à Daniel Jonas Rano qui a orienté ma lecture vers ce poète humaniste guyanais dont j'ignorais qu'il était co fondateur du mouvement de ...
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