« Orwell 2+2=5 » : quand Raoul Peck confronte le mythe Orwell à notre réalité

Avec Orwell : 2+2=5, attendu prochainement au cinéma, Raoul Peck s’empare de l’œuvre de George Orwell, dont le roman 1984 n’a cessé d’éclairer les dérives du monde contemporain.

Avec Orwell : 2+2=5, qui sera en salle à partir du 25 février 2026, le réalisateur haïtien Raoul Peck poursuit son exploration des réalités politiques et des troubles actuels. En s’emparant de la figure de George Orwell, notamment durant la période où il écrit 1984, il propose un film qui résonne avec les dérives contemporaines.

Écrivain et journaliste britannique, George Orwell a donné au XXe siècle quelques-unes de ses plus puissantes fictions politiques, au premier rang desquelles 1984, roman dystopique, évoquant les régimes totalitaires, devenu un incontournable de notre imaginaire.

À travers Orwell : 2+2=5, le cinéaste fait dialoguer la dystopie, parue il y a 40 ans, avec les dérives bien réelles d’aujourd’hui. Il dépasse l’hommage pour faire de l’œuvre d’Orwell un outil de lecture de notre monde et sa réalisation en révèle la brûlante actualité. À l’heure où les démocraties vacillent, où prolifèrent les discours extrémistes, où la désinformation et la surveillance technologique redessinent les contours du pouvoir, le film acquiert une dimension surprenante.

Un cinéaste de l’histoire en mouvement
Né en 1953 à Haïti, Raoul Peck a évolué entre plusieurs continents : le Congo, où sa famille s’exile pour fuir la dictature des Duvalier en Haïti, les États-Unis, la France, puis l’Allemagne. Cette trajectoire singulière nourrit l’œuvre d’un cinéaste resté attentif aux lignes trop convenues de l’histoire moderne. Passé par le journalisme avant de se tourner vers le cinéma, il signe dès 1988 son premier long métrage, Haitian Corner (1987), ancré dans la mémoire des violences politiques liées à la dictature.

Depuis, son travail navigue entre fictions et documentaires, souvent sans dissocier l’esthétique de l’engagement. Alternativement, Raoul Peck éclaire les zones d’ombre du récit occidental, interroge les impostures, et met à nu les héritages du colonialisme et du racisme. Dans Exterminez toutes ces brutes (2021), il déconstruit les fondements idéologiques de la domination européenne. Avec Ernest Cole, photographe (2024), il donne voix au photographe sud-africain témoin de l’apartheid. Et dans I Am Not Your Negro (2017), il fait résonner la parole de James Baldwin pour donner à voir au plus près les fractures raciales américaines. Il s’agit de rendre visible ce que l’histoire officielle ne montre pas, ou de révéler les mécanismes du pouvoir et les récits qui les légitiment. Aujourd’hui, avec Orwell : 2+2=5, la volonté d’éclairer le réel s’affirme avec une force renouvelée, poussant plus loin encore la démarche qui guide son cinéma.

… l’absurde devient vérité d’État
Orwell : 2+2=5 s’inscrit dans cette continuité. Le titre renvoie à l’une des formules les plus glaçantes de 1984, où l’absurde devient vérité d’État. En ayant eu accès à l’ensemble de l’œuvre de George Orwell, Raoul Peck permet de s’immerger dans le parcours d’un écrivain dont le nom est « devenu un adjectif extrêmement évocateur – ‘orwellien’ – pour désigner les mécanismes autoritaires et les mutations de notre monde contemporain : surveillance, censure, corruption politique, fausses informations, luttes des classes, séductions du pouvoir, double pensée, algorithmes, drones, guerres permanentes ».

Le film ne se contente pas de montrer Orwell comme romancier visionnaire. Il met en lumière l’acuité de ce regard qui continue d’éclairer notre quotidien de 2026. Ici, l’analyse historique devient un outil utile pour regarder d’un œil critique le monde qui nous entoure et apprendre à lire notre époque avec lucidité.

Ainsi, « en ces temps d’incertitude, près d’un siècle plus tard, le moment est venu de confronter le mythe à la réalité, à la lumière d’un péril aussi manifeste qu’imminent », Raoul Peck affirme la nécessité d’un cinéma qui ne se contente pas de représenter le monde, mais qui invite à la vigilance.

Depuis ses débuts, son œuvre contribue à ouvrir des brèches. Le film Orwell : 2+2=5 nous somme de mesurer combien la fiction d’hier dialogue, très dangereusement, avec le réel d’aujourd’hui.

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