Tourné sur sept années en Haïti, le documentaire de François Perlier donne voix à celles et ceux qui, dans un pays au bord du chaos, inventent au quotidien des formes de résistance politique, artistique et populaire.
Avec Les âmes bossales, le réalisateur François Perlier signe un documentaire proposant « un portrait subjectif du peuple haïtien », dans lequel prennent place plusieurs personnages et personnalités rencontrés jusqu’en 2021, année où s’achève un tournage étalé sur pas moins de sept années. Plusieurs salles, à Paris, Marseille ou Bordeaux, programment la projection de ce documentaire de 80 minutes.
Le terme bossale qualifie les descendants des esclaves d’Afrique. Il est décrit par Yanick Lahens comme « l’ensemble majoritaire des Bossales, hommes et femmes fraîchement arrivés d’Afrique, (qui) refusera de manière radicale le système de la plantation et la logique économique libérale ». Dans son documentaire, François Perlier souhaite également témoigner d’une forme de résistance « d’un pays au bord du chaos, où la rue est en feu, et dont les citoyens résistent à leur manière pour conserver leur dignité et ne pas abdiquer face à la violence et la précarité quotidienne ».
Le film, prix du jury lycéen Fifac Guyane 2024, également sélectionné dans plusieurs festivals depuis sa sortie en 2024 – au Canada, en Argentine ou encore en Allemagne, réunit divers protagonistes que le réalisateur a rencontrés au fil de ses séjours en Haïti, nouant progressivement des relations avec chacun d’eux. François Perlier explique : « Foukifoura a été mon guide dans les rues d’Haïti. Auprès de lui, j’ai commencé à apprendre le créole, il m’a amené dans des cérémonies vaudou, chez des activistes politiques, dans les familles… Au contact des classes populaires. J’ai commencé à rencontrer beaucoup de personnes, à m’imprégner de l’histoire et de l’âme d’Haïti. Parmi les personnages, il y a celles et ceux que je connais depuis le début comme Foukifoura ou son ami activiste Edris Fortuné. Puis d’autres que j’ai rencontré au cours de mes voyages comme le prêtre vaudou Ramoncite ou Charlotte, qui dénonce la corruption et les formes de néocolonialisme ».
Le film se présente ainsi comme un portrait de la société haïtienne, rassemblant des témoignages autour desquels ont été « ajouté des scènes jouées par le comédien Foukifoura, écrites et répétées ensemble (…) Foukifoura incarne l’âme rageuse et indomptable du peuple haïtien ».
Une dizaine de projections-événements* autour du film se succéderont au cours des mois de janvier et février. À chaque occasion, le public pourra rencontrer le réalisateur : à l’Utopia à Bordeaux le 13 janvier 2026, en partenariat avec l’Institut des Afriques, puis le 31 janvier 2026, en partenariat avec l’association Peuple et Culture, au Vidéodrome 2 à Marseille.
Le film, Les âmes bossales
Les « Bossales » étaient les esclaves africains vainqueurs de la guerre d’indépendance d’Haïti. Ce terme, devenu péjoratif et synonyme de « sauvage » ou « brutal », est aujourd’hui revendiqué par celles et ceux qui s’insurgent contre les inégalités, la corruption ou le néo-colonialisme, à l’image des protagonistes du film : Charlotte, défenseure des droits humains ; Foukifoura, chroniqueur satirique ; Édris, vidéaste de l’insurrection ; Michou, ouvrière luttant pour survivre ; Ramoncite, énigmatique prêtre vaudou.
Les Âmes Bossales met en scène cette résistance politique et artistique populaire face à une situation sociale désastreuse, où la violence menace la population au quotidien. Le film témoigne ainsi d’un pays au bord du chaos, où la rue est en feu, et dont les citoyens, isolés du reste du monde, luttent à leur manière pour conserver leur dignité et faire peuple.
La narration et le montage s’inspirent du mouvement littéraire spiraliste porté par le poète Franketienne contre la dictature des années 1960-70. Tourbillon sonore et visuel, le film propose une expérience intense qui révèle la richesse et la beauté de la culture rebelle haïtienne et des « âmes » qui la font perdurer.
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Le 13 janvier à Bordeaux, au cinéma Utopia
Le 31 janvier, à Marseille au Vidéodrome 2
Le 11 février, à Nantes au Cinématographe
etc.