Lyonel Trouillot en pages et en ondes

Dans une série d’entretiens disponibles sur France Culture, la journaliste littéraire Sylvie Tanette interroge Lyonel Trouillot sur ce que signifie « être écrivain à Haïti ».

Lyonel Trouillot, « auteur engagé dans la vie intellectuelle et littéraire de son pays », en l’occurrence Haïti, parvient toujours à captiver l’attention comme en témoignent ces conversations à suivre sur France Culture depuis le 12 janvier 2026 avec celui que l’on définit comme « une plume magnifique, des personnages inoubliables, des textes qui donnent voix aux sans-voix ».

« Lyonel Trouillot, être écrivain à Haïti » sur France Culture
Dans cette série d’entretiens sincères et éclairants, Lyonel Trouillot se présente comme « citoyen haïtien qui écrit et fait beaucoup d’autres choses » dès le premier épisode (Naître et vivre à Haïti). À l’invitation de Sylvie Tanette, l’auteur y décrit l’environnement social dans lequel il grandit : sa famille, l’éducation catholique imposée, la place cruciale de la littérature dans son éducation et ses affinités précoces avec cet art. Au fil de ce dialogue, qui aborde différents aspects de sa personnalité, on feuillette les pages de la vie du poète et romancier, en commençant par son enfance en Haïti sous la dictature des Duvalier. Il évoque des bruits caractéristiques, les silences imposés, les inquiétudes et le sentiment de malaise qui planent de façon permanente dans la vie de l’enfant qu’il est dans les années 60, etc. Une réalité qui n’omet pas non plus « les formes de solidarités » mises en place autour de lui pour faire face à la dictature et dont il garde le souvenir.

On suit le cheminement de Lyonel Trouillot, depuis ses premières lectures – issues de la littérature haïtienne, mais pas seulement – qui éveillent sa sensibilité au monde, parfois situé à quelques rues de son quartier et ce grâce à la riche bibliothèque familiale. Il évoque le pouvoir de la littérature dès son plus jeune âge, parle de sa langue créole, de ses années d’exil adolescent à Brooklyn et de son retour hâtif à Haïti, où il veut absolument être, car, déjà, sa conscience politique l’anime.

« Mettre en relation le passé et le présent »
Sylvie Tanette retrace avec l’auteur son parcours de « poète romancier », de ses nombreux romans depuis Les Fous de Saint-Antoine (1989), dix ans après des débuts marqués par un premier recueil de poésie. L’auteur nous éclaire sur divers aspects de son écriture : l’esprit contestataire qui a guidé l’écriture de ce recueil, Depalé (écrit en collaboration avec Pierre Richard Narcisse), les traits communs entre littérature haïtienne et littérature sud-américaine : « on est dans cette même idée de dire le réel en y incluant les perceptions, même fantasmagoriques, que les gens peuvent avoir (…) ».

Des thèmes et des lieux, Un auteur à personnages et Un auteur engagé sont les autres axes autour desquels Sylvie Tanette et Lyonel Trouillot dialoguent, afin de poursuivre la réflexion sur Haïti et sa réalité, mais aussi sur le rôle que se fixe le romancier dans son temps et ses choix. Il affirme vouloir, pour parler de Haïti, « mettre en relation le passé et le présent », à partir de lieux « qui se transforment, qui naissent, qui meurent » et de personnages qui nourrissent ses romans. Il précise ses mécanismes créatifs, lorsqu’il confie : « les livres que j’écris partent toujours d’anecdotes, de faits de vie, de situations dont j’ai été témoins ». Il rappelle également que l’on « ne peut pas tout écrire », ce qui explique notamment qu’il n’ait pas écrit sur le tremblement de terre de 2010 : « si la littérature est en deçà du témoignage (…) laissons la place au témoignage ».

Tout au long des échanges, et dès le premier épisode, on découvre les partis pris créatifs de l’écrivain et journaliste haïtien, ainsi que sa profonde connexion à son pays, ce pays qui lui a donné « une culture savante et une culture littéraire ». Cette relation transparaît dans ses romans à travers le choix de personnages auxquels il donne voix, comme dans le récent Bréviaire des anonymes (2026, Actes Sud). Des figures envers lesquelles il estime devoir une « forme de respect minimum (…) il faut lui supposer la possibilité d’une humanité » et qu’il se refuse à transformer en caricatures, tout comme les lieux qu’il fait revivre.

L’entretien revient enfin sur des notions chères à l’écrivain : la présence au monde, l’injustice sociale, la transmission, l’engagement politique précoce sous la dictature, un engagement qui dépasse la simple dénonciation de la situation actuelle. Des échanges qui s’écoutent avec intérêt et curiosité pour comprendre ce qu’est « être écrivain à Haïti », en particulier lorsqu’il s’agit de Lyonel Trouillot.

Enfin, alors que la rentrée littéraire d’hiver chez Actes Sud est effectivement marquée par la parution, le 7 janvier dernier, du Bréviaire des anonymes, situé une nouvelle fois en Haïti, dans ces entretiens Lyonel Trouillot évoque aussi les influences de nombreux auteurs haïtiens, parmi lesquels Jacques Roumain, Frankétienne, Jacques Stephen Alexis, Syto Cavé ou Évelyne Trouillot…une invitation à les (re)découvrir.

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