L’exposition Zombis, aux origines est présentée au Musée des Confluences à Lyon jusqu’en août 2026. Conçue par le Musée du quai Branly – Jacques Chirac et adaptée dans une scénographie immersive enrichie des collections locales, elle propose de revenir aux sources historiques, religieuses et culturelles d’une figure devenue incontournable dans l’imaginaire contemporain.
Zombis, aux origines, présentée jusqu’au 16 août 2026, retrace la métamorphose d’une figure née en Haïti dans le contexte de la traite transatlantique et devenue icône mondiale du cinéma et de la culture populaire. Initiée à Paris, au musée du Quai Branly, la version lyonnaise repensée et enrichie de par la collection propre au Musée des Confluences remonte aux sources historiques et religieuses d’un mythe en constante transformation.
Avant d’être une silhouette titubante peuplant les écrans, le zombi est une figure complexe, ancrée dans une histoire précise. L’exposition commence par poser les bases : d’où vient ce terme, que désigne-t-il réellement, et comment s’est-il transformé au fil des siècles ?
À la croisée du monde des morts et des vivants, le zombi est aujourd’hui omniprésent dans la culture populaire. Pourtant, ses origines restent largement méconnues. L’exposition Zombis, aux origines permettra de découvrir que « le zombi est apparu en Haïti dans le contexte de la traite négriére transatlantique. Il est issu d’un mélange entre des pratiques magico-religieuses de l’Afrique subsaharienne, du catholicisme romain et de la connaissance des plantes et animaux, dont la maitrise de certains poisons, par les peuples autochtones de la Caraïbe ».
L’exposition suit également cette généalogie complexe à travers objets rituels, archives, œuvres et extraits liés au cinéma et à la création contemporaine.
Le zombi et le vaudou haïtien
Au cœur du parcours, une section explore les liens entre zombis et religion vaudou. Le terme lui-même trouverait son origine en Afrique centrale où il désignait un esprit ou le fantôme d’un mort, avant d’évoluer dans le contexte de la traite transatlantique.
Le vaudou haïtien est présenté comme un système religieux et culturel. Dans le cadre défini par Zombis, aux origines ; le vaudou haïtien apparaît comme « une religion à part entière, une culture, une façon de vivre et de donner sens au monde. Dans les sanctuaires, appelés péristyles, le vaudou organise tous les actes quotidiens. Une multitude de divinités et d’esprits (…) en constituent le panthéon ».
L’exposition aborde également le rôle des sociétés secrètes dans vaudou haïtien, leur création « par des groupes d’esclaves fuyant leurs maîtres occidentaux » et permettra au public de découvrir la pratique de la zombification, présentée comme un phénomène situé en marge du vaudou. Drogues, poisons, rituels et jugements symboliques composent un ensemble de croyances et de récits où le zombi devient une figure sociale, parfois associée à l’exclusion ou à la marginalité.
Des racines africaines aux routes de l’esclavage
L’exposition élargit ensuite la perspective en revenant aux racines africaines du phénomène. Elle consacre un pan de l’exposition à expliquer que « la traite négrière transatlantique a provoqué la rencontre entre civilisations d’Afrique subsaharienne et caribéennes et le catholicisme inculqué aux esclaves dès la traversée de l’Océan. Ce syncrétisme est â l’origine des religions afrocaribéennes, dont le vaudou haïtien ». Et dans ce même cadre contextualise l’évocation de la place des traditions précolombiennes dans ces rituels : « la tradition haïtienne rapporte que les populations autochtones de l’arc antillais ont maîtrisé pendant plusieurs siècles des drogues locales provenant de ressources naturelles végétales, animales et minérales. En premier lieu de ces civilisations précolombiennes qui auraient côtoyé les esclaves en fuite, il y a les Taïnos, dont l’usage de drogues par les chefs lors de rituels est bien connu. Cette filiation, réelle ou fantasmée, est entretenue par les sociétés secrètes, ancrant le mythe des zombis sur le continent ».
Du mythe au cinéma
La dernière partie montre comment le zombi quitte progressivement son contexte haïtien pour devenir une icône globale jusqu’à atteindre les studios de cinéma. La troisième partie de l’exposition revient sur la façon dont « Hollywood s’approprie alors le zombi, pour en faire une figure populaire et effrayante, symbole de la mort contagieuse dans un siècle en pleine mutation, loin de la réalité anthropologique du terrain ». Au fil des années voilà que, tout en demeurant une réalité culturelle en Haïti, « le zombi mondialisé échappe alors à la culture du vaudou comme le montrent les innombrables films, séries, chansons, bandes-dessinées et jeux vidéo qui lui sont consacrés sur toute la planète ».
De créature spirituelle liée à une histoire précise, le zombi devient ainsi métaphore universelle des peurs contemporaines.
Autour de l’exposition : approfondir l’expérience, le Musée des Confluences proposent plusieurs rendez-vous viennent prolonger la réflexion. Au programme, danse, chant, cinéma et vèvè.
Le 28 mars 2026, l’artiste haïtien Erol Josué propose Le chant du vodou haïtien avec son sextet : une performance mêlant danse, chant, rythmes afro-caribéens et dimensions rituelles. Le même jour, il réalisera en public une cérémonie vèvè, symbole sacré du vodou, dont on rappelle qu« il est conçu pour accueillir les esprits invoqués et leur offrir un espace sacré. Réalisés avec de la farine de maïs, de la farine de blé, du sirop de canne, de la cendre, de la craie ou toute autre poudre les vèvè se distinguent par leur richesse symbolique et leur diversité ».
Le 26 mars 2026, une rencontre-projection intitulée Géographie vaudou : des rives du Bénin aux terres d’Haïti précédera la diffusion du documentaire Kanaval : une histoire populaire d’Haïti de Leah Gordon et Eddie Hutton Mills (2022).
À propos de Kanaval : une histoire populaire d’Haïti
Kanaval, est un film puissant et inédit en France qui retrace, à travers le carnaval d’Haïti, l’histoire d’un peuple marqué par l’esclavage, la lutte et la résilience. Le documentaire donne la parole à celles et ceux qui perpétuent cette mémoire vivante. Avant la projection, une rencontre vous invite à explorer l’histoire du vaudou, de ses origines béninoises à son rôle dans la lutte pour l’indépendance haïtienne, jusqu’à son influence contemporaine. Entre spiritualité, quête d’identité et enjeux politiques, deux spécialistes partageront leurs regards sur cette pratique culturelle majeure.
Avec Zombis, aux origines, le Musée des Confluences propose bien plus qu’un parcours sur une figure fantastique : il invite à comprendre les réalités historiques, spirituelles et politiques qui se cachent derrière le mythe.
D’autres événements viendront encore enrichir cette programmation jusqu’au mois d’août.