L’artiste d’origine martiniquaise Elizabeth Colomba présente Reminiscence au FAMM – Femmes Artistes du Musée de Mougins jusqu’au 6 avril 2026. Réunissant 31 œuvres, l’exposition propose une traversée immersive de son univers, où beauté, pouvoir et mémoire historique dialoguent avec les grands codes de la tradition européenne.
Depuis octobre 2025 et jusqu’au début 2026, le FAMM présente Reminiscence, une exposition consacrée à Elizabeth Colomba, une artiste dont la peinture conjugue virtuosité technique et réflexion historique et qui propose une œuvre à la forte présente contemporaine.
L’abondance des matières qui enrichissent les toiles d’Elizabeth Colomba happe d’emblée le regard. Soies lumineuses, perles délicates, pierres précieuses et intérieurs fastueux composent des scènes d’une précision caractéristique. La peinture d’Elizabeth Colomba impressionne par sa virtuosité technique, héritée d’une solide formation académique, mais l’artiste ne se contente pas d’un simple hommage aux maîtres anciens.
Son travail s’inscrit dans un dialogue assumé avec l’histoire de l’art : « de la splendeur baroque de Vermeer et Caravage, aux fantasmes orientalistes d’Ingres et de Constant, en passant par les portraits mondains de Sargent et la grâce rococo de Vigée Le Brun, Colomba dialogue avec les canons même qui autrefois projetait richesse, prestige et pouvoir. Ses toiles, foisonnantes de soies, de perles, de pierres précieuses et d’intérieurs ornés, abondent également de références historiques et de symbolisme, recalibrés pour inverser les codes hérités. »
Une identité en dialogue
Avec Reminiscence, le FAMM réunit 31 œuvres, dont 15 huiles de grand format, 14 dessins préparatoires et 2 aquarelles, parfois montrées pour la première fois, tout un parcours qui offre une traversée dense et immersive de la pratique de l’artiste.
Elizabeth Colomba utilise les codes visuels passés pour y inscrire des figures longtemps absentes du récit dominant. Ainsi, au cœur de Reminiscence, la figure noire occupe l’espace pictural. Inspirée par les récits mythologiques, historiques et allégoriques issus de la grande tradition du portrait, Elizabeth Colomba place la femme noire au centre de compositions qui lui confèrent autorité et dignité.
Le geste est à la fois esthétique et politique et tend à démontrer que « le colonialisme qui autrefois affirmait les hiérarchies entre les peuples est transfiguré en un langage de dignité, d’émancipation et de mémoire culturelle, restituant présence et souveraineté aux femmes noires longtemps privées d’une place dans le canon de l’art et de l’histoire. »
Son intérêt pour une narration défaite de sa dimension servile, présent depuis l’enfance, se prolonge aujourd’hui dans ses peintures, pour donner des œuvres qui inscrivent la figure noire au cœur d’un récit dont elle avait été historiquement exclue. De ce fait, ses tableaux semblent raconter une histoire, proposer une autre version du passé, ouvrir un espace où l’identité se redéfinit. Elizabeth Colomba explique : « en générant un environnement pour que mes sujets habitent un espace qui honore leur présence et leur place dans et à travers la culture et le temps me permet de redéfinir non seulement comment les Noirs ont été conditionnés à exister, mais aussi comment les Noirs ont été conditionnés à réfléchir sur eux-mêmes. »
Née en France de parents d’origine martiniquaise et élevée à Épinay-sur-Seine, Elizabeth Colomba a étudié à l’école Estienne puis à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris avant de s’installer à New York, où elle vit et travaille aujourd’hui.
Un parcours personnel qui imprègne directement sa démarche artistique : « être d’origine martiniquaise mais née et élevée en France a façonné et influencé ma perception de moi-même et de mon identité. Ce double fond m’a poussé à explorer la totalité de l’expérience sociale et à fusionner les deux mondes (français et Caraïbes) dans mon travail ». Une double appartenance nourrit une œuvre qui traverse les cultures et les temporalités, entre héritage européen et mémoire caribéen ou qui mêle histoire officielle et récits trop longtemps invisibilisés.
Le travail d’Elizabeth Colomba figure dans les collections permanentes du Studio Museum in Harlem ainsi que de l’Université de Princeton. Elle a également exposé au California African American Museum et lors de la Biennale Internationale d’Art Contemporain en Martinique.
Avec Reminiscence, le FAMM met en lumière une artiste qui conjugue exigence technique et déconstruction symbolique de l’histoire. En revisitant les archives visuelles du passé, Elizabeth Colomba ouvre ainsi un espace de réappropriation et de liberté. Ses œuvres proposent d’autres manières de regarder l’histoire.