Du 17 au 19 avril 2026, le Festival du livre de Paris convie lecteurs et lectrices à un vaste voyage littéraire. Un appel à la découverte qui, parmi ses très nombreuses escales, passera entre autres par la littérature haïtienne. Pour voyager à travers les livres, traverser les langues et les mémoires, cette nouvelle édition du festival, placée sous le signe du déplacement, de l’exil et des imaginaires en mouvement, survolera d’autres terres caribéennes à travers récits, guides de voyages et bandes-dessinées.
Le Festival du livre de Paris, implanté au Grand Palais, place sa nouvelle édition sous le signe du voyage avec pour invitée d’honneur la bande-dessinée. Une invitation conçue comme « un appel au dialogue des cultures et à la curiosité, des valeurs qui animent fondamentalement le festival ». Pour traduire cet élan, « la programmation abordera le voyage dans son acception la plus large : géographique comme intérieur, imaginaire ou à travers le temps, sensoriel et culinaire, sans oublier d’aborder les grands enjeux contemporains et questionnements qui y sont associés ». Voyage par les livres et par les voix venues d’ailleurs qui passera par la Caraïbe et notamment par la plume de la romancière haïtienne Yanick Lahens.
Le voyage comme horizon
Fidèle à son identité, le festival se veut plus que jamais ouvert sur le monde, « favorisant les échanges culturels et littéraires entre pays, régions et villes du monde entier ». Durant ces trois jours, le voyage prendra des formes différentes : mouvement intérieur, retour vers l’enfance ou vers l’Histoire, exil, traversée forcée, quête d’origine, découvertes enchantées ou culinaires, etc. La littérature servira de passeports pour franchir les frontières.
Le départ s’effectuera sous la verrière du Grand Palais, où le public sera invité à multiplier les expériences, à circuler d’un stand à l’autre, d’un récit à l’autre. Les plus jeunes ne seront pas oubliés : le « village de la jeunesse » ouvre, lui aussi, ses portes sur d’autres mondes possibles.
Trois jours pour découvrir le voyage, parfois intime et enfoui dans les replis de l’enfance ou la filiation. Pour comprendre qu’il peut aussi être lié à l’exil, s’avérer être une traversée contrainte ou encore une longue quête d’origine. Le public est ainsi invité à multiplier les expériences, à circuler d’un récit à l’autre comme on change de latitude.
Caraïbe : mémoires, exils et puissances féminines
Parmi les voix présentes, celle de Yanick Lahens occupera une place singulière. Lors d’une rencontre organisée par l’Alliance française de Paris, la romancière haïtienne dialoguera avec la bédéiste belge Clara Lodewick. Toutes deux, récemment primées, échangeront autour d’une langue partagée et des imaginaires qui nourrissent leurs récits.
Dans leur récentes publications : Passagères de nuit (Sabine Wespieser) et Moheeb sur le parking (Dupuis), il est question de traversée, d’exil forcé, de mémoire, de recherche et de préservation de l’identité. Deux évocations du déplacement, d’un côté l’histoire personnelle et mémorielle et le l’autre l’histoire collective et contemporaine.
Le roman Passagères de nuit, inspiré des propres ancêtres de l’autrice, sera également au cœur de la rencontre « Envers et contre tous : des destinées de femmes ». L’ouvrage, lauréat du Grand prix du roman de l’Académie française 2025, à la fois roman historique et portrait d’une société à travers la destinée de figures féminines emblématiques, convie le lecteur à faire la connaissance d’Élizabeth lorsqu’elle quitte la Nouvelle-Orléans pour Haïti. À la suite ce départ, se dessine une histoire de femmes fortes, de femmes qui luttent, dont les destins croisés composent une fresque vibrante.
La présence haïtienne s’affirme avec la participation d’auteurs régulièrement plébiscités et salués par la critique. Ainsi, Louis-Philippe Dalembert viendra, aux côtés d’autres poètes, évoquer Liberté – Visas pour un monde ouvert (Bruno Doucey). L’anthologie parue en janvier 2026 réunit 120 voix pour chanter et dire la liberté dont celle de circuler et de se déplacer…
Avec James Noël et autour de son recueil Paons (Au Diable Vauvert), la traversée sera poétique et politique. Dans la rencontre « Haïti / São Polo : de la colère à la révolte », aux côtés de Patricia Melo auteure de Ceux qui ne sont rien (Buchet-Chastel), leurs deux écritures célèbrent les invisibles de São Polo à Port-au-Prince. Deux voix contemporaines dont, « face à la violence et à l’injustice, l’écriture transforme la colère en cri de révolte ».
Des rivages caribéens à São Paulo aux portes de la forêt amazonienne, le voyage peut prendre mille visages, comme celui entrepris par Raymond Maufrais en 1950. La rencontre « Le voyage : libération ou illusion ? » posera la question frontalement. Lucas Landais y évoquera Je reviens dans six mois (Albin Michel), inspiré du périple sans retour de Raymond Maufrais, disparu en 1950 dans la forêt guyanaise. Ici, le départ devient absolu, presque mystique, qui un voyage qui confronte l’homme à l’inconnu, à la solitude, à la possibilité de ne jamais revenir et qui peut faire naître un mythe.
Sans avoir à traverser le monde, le festival explorera aussi, à travers les rencontres programmées, les destinations tout près de Paris, comme avec « Banlieues et jeunesse : engagement et citoyenneté » qui réunira Antoine Tricot, auteur de 9-3. Une histoire plurielle de la Seine-Saint-Denis (Seuil), et Sanaa Saitouli, auteure de Enracinées pour une écologie populaire (Les Presses de la Cité). Ici, le voyage est social et politique et traverse les territoires, interroge l’engagement, raconte des ancrages multiples. Un voyage qui s’effectue en suivant les « traces » (qu’Antoine Tricot rapproche de la notion de « Trace » chez Glissant) de l’histoire des quartiers populaires où se croisent divers mondes et générations.
Le festival veut aussi mettre le « Voyage à hauteur d’enfants » à travers une large programmation tournée vers la jeunesse, qui se voit dédier tout un village et où elle pourrait trouver le déclic à ses envies d’ailleurs à travers l’exposition Le dehors et le dedans : le voyage comme révélateur. Le dépaysement, la découverte de l’autre, le voyage comme un moyen d’aller à la découverte de soi, il en sera question lors de cette exposition où le jeune public, en quête d’initiation aux voyages notamment littéraires retrouvera de nouveau l’auteur de BD Lucas Landais.
La rencontre qui réunira Stéphanie de Bussière et Sophie Ribot, deux éditrices qui pensent le voyage pour et avec les enfants, devrait permettre de matérialiser cet apprentissage. Avec Mon tour du monde écolo (Akinomé jeunesse) ou à travers Les guides du Nomade, comme Martinique, Le Nomade Teens ou Guadeloupe, Le Nomade Kids, enfants et adolescents deviennent acteurs de leurs explorations où curiosité et responsabilité se conjuguent.
Un festival engagé, attentif aux enjeux contemporains
Cette édition 2026 du Festival du livre de Paris prend d’autres dimensions avec notamment le choix de l’UNESCO comme invitée spéciale et les deux tables rondes « L’industrie du livre en Afrique » et « Savoirs autochtones et à leur rôle essentiel dans la préservation du patrimoine culturel et naturel ». Des débats qui éclaireront les défis liés à la création littéraire et les responsabilités culturelles de notre temps.
L’événement qui rassemblera près d’une quinzaine de pays se fera ainsi carrefour des imaginaires où lectrices et lecteurs en tous genres sont invités à parcourir le monde et franchir les frontières sans quitter Paris.