La 9ᵉ édition du Nouveaux Regards Film Festival, qui s’est tenue du 25 au 29 mars 2026 en Guadeloupe, a été marquée par un souffle caribéen toujours plus affirmé
L’événement s’est achevé dans un décor unique face à la mer, confirmant une nouvelle fois son succès et son ancrage dans le paysage cinématographique régional. Parmi les œuvres marquantes, Koutketkout de Joseph Hillel s’est vu décerner le prix du meilleur documentaire, symbole d’une programmation exigeante et profondément connectée aux réalités contemporaines de la Caraïbe.
Depuis ses débuts, le festival affirme une ambition claire : offrir une vitrine aux cinémas caribéens tout en favorisant les échanges entre territoires. Cette ouverture se traduit par une compétition consacrée exclusivement à ces régions, mettant régulièrement en lumière des récits singuliers, souvent ancrés dans des contextes sociaux, politiques et culturels forts.
Au fil des années, l’événement s’est imposé comme un véritable carrefour pour les créateurs, favorisant la circulation des œuvres et des talents à l’échelle de toute la Caraïbe. Cette volonté d’ancrage régional, combinée à une ouverture internationale, contribue à faire émerger de nouvelles voix et à structurer une filière audiovisuelle en plein essor.
L’édition 2026 qui vient de s’achever illustre la vitalité du territoire avec une programmation dense : 45 films issus de 20 pays, dont 21 productions caribéennes.
Autre marqueur fort : l’engagement en faveur de la diversité, avec une majorité de films réalisés par des femmes. Le festival confirme ainsi son rôle de révélateur de tendances et d’accompagnateur de talents, tout en attirant un public toujours plus large, notamment le public scolaire.
Résister et raconter : Koutketkout
Récompensé par le jury, Koutketkout, de Joseph Hillel, propose une plongée saisissante dans une Haïti contemporaine, où l’art devient un acte de résistance. Dans un contexte marqué par la violence et les crises sanitaires, le film met en lumière des artistes qui, à travers le théâtre et les arts vivants, affirment une forme de dignité collective. « Dans cet espace de liberté. Un autre visage d’Haïti apparaît pas seule111ent celui d’un pays tourmenté par une histoire cruelle, mais celui rêvé par des artistes qui misent sur leur talent pour survivre et (re)construire leur avenir et celui du pays. » Entre fiction et réalité, le récit tisse un portrait puissant où la création devient un refuge, mais aussi une arme symbolique. Koutketkout a reçu le Prix du jury du meilleur documentaire.
Du côté de la Guyane, Gloria récolte trois prix parmi lesquels le Prix du jury du meilleur court-métrage Antilles-Guyane, s’attache quant à lui à une histoire plus intime. Le film de Marvin Yamb suit Ilana, une jeune fille confrontée à un secret trop lourd pour son âge, dans un environnement marqué par les traditions et la religion. « Dans une famille marquée par le poids des traditions et de la religion », la parole devient difficile, et le silence s’impose comme une tension permanente. Le film explore avec finesse les mécanismes familiaux et les non-dits, révélant la fragilité des équilibres.
Entre départ et attachement : Sunny, de German Gruber Jr, réalisateur de Curaçao, a obtenu le Prix du jury du meilleur court-métrage Caraïbe. Dans cette réalisation qui prend vit à Curaçao, Sunny aborde le moment charnière du départ à travers le personnage de Fito, jeune musicien sur le point de quitter son île. Le film capte avec justesse les hésitations, les regrets et les espoirs liés à ce passage vers l’inconnu.
« Un soir, après avoir fermé à son travail à temps partiel, Fito trouve Sunny et ses amis qui l’attendent. Sunny, son ancienne petite amie, a autrefois partagé le rêve de partir avec lui, mais maintenant leur avenir semble moins certain. Leur conversation suscite de vieux sentiments et des questions sans réponse. » À travers cette relation suspendue et les derniers instants avant le départ, le film évoque la complexité des liens et le poids des choix, entre nostalgie et projection vers l’avenir.
Un événement ancré dans son époque
Au-delà de la sélection, le festival confirme sa modernité par la diversité de ses actions. Espace de diffusion, de formation et de rencontres professionnelles, il joue un rôle structurant pour l’industrie audiovisuelle locale.
Entre initiatives pédagogiques, accompagnement des talents via la NR Academy et exploration de formats innovants comme la réalité virtuelle, l’événement dépasse le simple cadre de la projection. Il s’impose comme un véritable outil de développement culturel et économique.
Palmarès 2026
Catégorie documentaire
Prix du jury du meilleur documentaire : Koutkekout de Joseph Hillel (Haïti)
Mention spéciale du jury : An diw jwi, on a la banane sous les tropiques de Kristine Blonbou (Guadeloupe)
Catégorie court-métrage
Prix du jury du meilleur court-métrage Antilles-Guyane : Gloria, de Marvin Yamb (Guyane)
Prix du jury du meilleur court-métrage Caraïbe : Sunny de German Gruber Jr (Curaçao)
Prix Poté ganm – Prix du jury du meilleur scénario : Fort Buku, de Loëlle Monsanto (Suriname)
Mention spéciale du jury court-métrage : The roads we travel, de Mary Cecilia Walker (Barbade)
Prix du public : Gloria, de Marvin Yamb
Prix du jury jeunes regards : Gloria, de Marvin Yamb
Mention spéciale du Jury Jeunes Regards : Fort Buku, Loëlle Monsanto