8e Triennale « De leur temps » à Marseille : l’art comme écosystème vivant

La vie climatique. Histoires sensibles des collections privées : le musée d’art contemporain de Marseille organise la 8e édition de la triennale De leur temps jusqu’au 20 septembre 2026 avec des œuvres de plusieurs artistes caribéens.

Face aux bouleversements climatiques et aux récits qui tentent de les saisir, l’art contemporain apparaît comme un véritable capteur du sensible. Avec La vie climatique, huitième édition de la triennale De leur temps, le Musée d’art contemporain de Marseille propose une exposition qui explore moins les certitudes que les circulations invisibles entre les êtres, les objets et les milieux. Pensée par Stéphanie Airaud et Sandra Delacourt, l’exposition s’impose comme une traversée de notre époque.

Rassemblant plus de 130 œuvres de toutes disciplines, l’exposition prend le parti d’envisager la collection non plus comme un sanctuaire figé mais comme un organisme en perpétuelle transformation. Une idée qui irrigue l’ensemble du parcours, où les artistes, toutes générations confondues.

Dans le premier mouvement, La collection, un écosystème, les œuvres semblent exister autrement comme avec Béatrice Balcou et sa série Containers réalisée en collaboration avec des artisans verriers. Présente dans ce parcours, l’artiste cubaine Belkis Ayón. Graveuse disparue en 1999 et désormais régulièrement mise en lumière et présentée comme une figure féministe, Belkis Ayón est connue pour avoir convoqué à travers ses collagraphies un imaginaire spirituel et politique issu de la société secrète Abakuá. Dans ce parcours, les œuvres révèlent des formes de vie diverses, marginales, fragiles, mais profondément résistantes.

Par la suite, le parcours s’échauffe. Vers une écologie des relations fait basculer l’exposition vers des territoires où les corps, les identités et les affects deviennent des zones de friction. Dans cet espace mouvant où Sara Sadik insuffle l’énergie de la culture beurcore, on peut percevoir une géographie instable, où les histoires affleurent sans jamais s’imposer.

Dans ce dernier mouvement, le regard se porte vers le ciel, envisagé comme un espace autant symbolique que politique. Cristina Garrido en propose une lecture sensible, où « l’œuvre aborde une expérience commune du regard porté vers le ciel, au-delà des frontières géographiques et politiques« . Aux côtés de cette approche, Cristina Escobar qui inscrit son travail dans une réflexion sur l’héritage et l’identité. Les œuvres de cette artiste cubaine « invitent à une réflexion consciente sur ce qui nous est propre, nos traditions, nos héritages et le résultat de nos comportements contemporains, à partir desquels nous avons construit nos fondamentaux. »

En marge de ce parcours, les alcôves prolongent ces dialogues de manière plus intime avec Alejandro Campins qui œuvre entre Madrid et la Havane, et est notamment connu pour ses paysages habités, chargés d’une mélancolie presque suspendue, qui font écho aux récits diasporiques portés par Gaëlle Choisne et Dimitri Milbrun. Chez ces derniers, les héritages haïtiens, historiques, spirituels et culturels se transforment en matériaux vivants, capables de relier mémoire coloniale et mythologies contemporaines.

Sans jamais en faire un axe exclusif, l’exposition laisse ainsi affleurer des voix venues d’ailleurs qui déplacent subtilement les cadres de lecture. Elles participent à cette “écologie du lien” évoquée dans le parcours : une manière de penser le monde comme un espace traversé, partagé, parfois conflictuel, mais toujours en relation.

Portée par l’ADIAF, la triennale rappelle enfin le rôle déterminant des collectionneurs dans la circulation des œuvres et des idées. À travers leurs choix se dessine une autre histoire de l’art contemporain attentive à des récits très diversifiés. Une histoire où « les œuvres d’artistes femmes et d’artistes non occidentaux, issus du bassin méditerranéen et au-delà dont le travail offre de nouveaux récits de l’histoire de l’art et éclaire la nature complexe de nos relations au(x) vivant(s) » comme le précise Stéphanie Airaud.

En rassemblant ces regards singuliers, La vie climatique compose une série d’œuvres où se croisent des récits multiples, souvent inattendus. Une manière d’affirmer que les sont des espaces actifs qui peuvent accompagner, et même anticiper, les mutations esthétiques et politiques de notre temps.

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