FIFAC 2026 : des femmes racontent les liens et les territoires

Avec 21 réalisatrices parmi les 35 films programmés, les femmes occupent une place particulière dans le FIFAC 2026. Mais, au-delà de ces chiffres, c’est aussi une certaine manière de raconter qui se dessine. Plusieurs films mettent au premier plan des parcours personnels, des histoires familiales et des questions d’identité, diverses trajectoires permettant de saisir de plusieurs manières les bouleversements qui traversent les territoires.

Une écrivaine martiniquaise longtemps réduite à une polémique, une adolescente cubaine entourée de ses amies, un père et sa fille en quête de nationalité, une famille amérindienne dispersée entre les fleuves et le littoral guyanais : plusieurs films de cette édition 2026 du FIFAC ont en commun de placer les liens humains au cœur du récit. Et ils sont nombreux à être portés par des réalisatrices.

En compétition pour Écrans parallèles, Mayotte Capécia, vivre et l’écrire (2026), réalisé par Fabienne Kanor, revient sur le parcours singulier de cette Martiniquaise arrivée à Paris à la fin des années 1940 et devenue écrivaine. Son histoire a longtemps été lue à travers les controverses qui ont entouré son œuvre et son image. Le film choisit de revenir vers la personne derrière cette réputation. Qui était cette femme noire qui cherchait à se faire une place dans le Paris littéraire de l’après-guerre ? Que disent son parcours et ses écrits des rapports de classe, de couleur et de genre de son époque ? En revisitant cette trajectoire, Fabienne Kanor ouvre aussi une réflexion très actuelle sur l’identité et l’appartenance.

Romancière autant que réalisatrice, elle a notamment consacré des portraits audiovisuels à plusieurs grandes figures artistiques afrocaribéennes, parmi lesquelles Jenny Alpha, Cesária Évora et Mimi Barthélémy.

Des histoires où l’intime devient un territoire
Avec Si la vida me diera un deseo (2025) présenté en compétition courts-métrages, la réalisatrice cubaine Paloma Gomide s’intéresse à Dianelis, une adolescente de Granizo qui traverse une période difficile. Dans son quotidien marqué par l’attente et l’absence, l’amitié devient un espace de respiration. Le film observe ainsi les petits gestes et les relations qui permettent de tenir lorsque les circonstances semblent se refermer.

Formée notamment à l’écriture scénaristique à l’EICTV (Escuela Internacional de Cine y Televisión, Cuba), Paloma Gomide partage son activité entre cinéma et photographie. Son travail porte notamment sur les figures féminines et la façon dont elles sont représentées.

Autre histoire de liens, Double citoyen (2025), de Rachelle Salnave, est présenté en compétition longs-métrages. La réalisatrice part avec son père dans une démarche qui semble d’abord administrative : permettre à sa fille de retrouver sa citoyenneté haïtienne. Mais la recherche les ramène rapidement vers une histoire familiale et vers une part du passé que le père pensait avoir laissée derrière lui. Pour Rachelle Salnave, qui signe son troisième long métrage documentaire, la question de la nationalité devient ainsi une affaire de transmission et de filiation.

Quatre regards, une attention commune aux liens
Dans Entre 2 rives (2026), présenté dans la section Écrans parallèles, Chloé Bebronne suit la famille Cachine, une famille amérindienne de Guyane dont les membres vivent séparés entre l’intérieur du territoire et le littoral. Jean-Marc navigue sur les fleuves, Kulilu dirige un village du Haut-Maroni, Tim parcourt la côte et Waté poursuit sa scolarité à Cayenne. La réalisatrice s’intéresse depuis plusieurs années aux histoires qui restent en marge des récits les plus visibles, aux blessures qui traversent les familles et aux façons dont chacun compose avec elles. Ce quatrième projet documentaire est le résultat d’une immersion au long cours auprès de la famille Cachine.

Fabienne Kanor, Paloma Gomide, Rachelle Salnave et Chloé Bebronne travaillent sur des histoires et dans des contextes très différents. Pourtant, leurs films ont en commun de prendre le temps de s’approcher des personnes : une écrivaine que l’on redécouvre, une adolescente qui trouve refuge auprès de ses amies, un père et sa fille confrontés à leur histoire familiale, une famille séparée par la géographie.

Ces récits intimes parlent aussi de sujets plus vastes : identité, appartenance, mémoire, transmission, éloignement. Une façon, pour ces réalisatrices, de raconter les territoires autrement en partant de celles et ceux qui les habitent et des liens qui continuent de les unir.

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