Harvard accueille l’art caribéen francophone : un symposium historique pour sortir de l’invisibilité

Les 30 avril et 1er mai 2026, la prestigieuse université américaine de Harvard consacre deux journées à l’art de la Caraïbe et de l’Amazonie francophones et créolophones. Un événement rare qui interroge la place, ou plutôt l’absence, de cette production artistique dans les musées et l’histoire de l’art occidentale.

C’est un rendez-vous à ne pas manquer pour quiconque s’intéresse à la reconnaissance de l’art caribéen sur la scène internationale. Harvard University organise un symposium inédit consacré à l’exposition de l’art issu de la Caraïbe et de l’Amazonie francophones et créolophones, réunissant chercheurs, conservateurs et artistes autour de deux questions : comment exposer cet art longtemps invisibilisé et pourquoi l’a-t-il été ?
Organisé par les enseignantes et chercheuses martiniquaises Audrey Célestine (NYU) et Cécile Fromont (Harvard) et la curatrice guadeloupéenne Claire Tancons, ce colloque se tient à la galerie Alain Locke, seule institution d’Harvard dédiée à l’art de la diaspora africaine, et préfigure une exposition majeure programmée de septembre 2026 à juin 2027 : « Van Lévé: Sovereign Visions of the Creole and Maroon Caribbean and Amazonia », centrée sur la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et Haïti.

Un plateau d’intervenants international
Le programme rassemble des voix de premier plan. Aux côtés de professeures d’histoire de l’art de Stanford, NYU ou du Metropolitan Museum of Art, plusieurs figures caribéennes apporteront leur regard critique. Claire Tancons interrogera la possibilité même d’instituer l’art en tant que spécialiste français, tandis que l’écrivain martiniquais Michael Roch explorera le mythe colonial de l’empoisonneur. L’artiste Mickaël B. Caruge, docteur en histoire de l’art formé à la Sorbonne Nouvelle et spécialiste des réseaux d’artistes martiniquais des années 1960-1980, questionnera les moyens de documenter et promouvoir l’art caribéen aujourd’hui, en s’appuyant sur les théories progressistes d’Alain Locke.
La photographe Cédrine Scheidig présentera son travail sur les imaginaires urbains postcoloniaux, et Alexandre Girard-Muscagorry explorera la réactivation des archives matérielles de la musique caribéenne à travers les instruments sanza, banza et lambi.

L’art caribéen, un continent englouti
Plusieurs interventions porteront sur ce qu’on pourrait appeler l’archéologie de l’art caribéen : l’art « perdu » des modernistes caribéens français (1920-1960), les enchevêtrements coloniaux entre Haïti/Saint-Domingue et le monde de l’art parisien, ou encore les constellations afro-autochtones dans les Guyanes. Autant de pans d’histoire de l’art systématiquement occultés par les récits dominants.
Audrey Célestine clôturera le symposium en interrogeant la manière dont les musées français du XXIe siècle exposent la race et sont perçus par leurs publics, une question qui résonne particulièrement dans le contexte des débats sur les restitutions et la décolonisation des institutions culturelles.

Une reconnaissance institutionnelle rare
Que Harvard consacre deux jours à cet enjeu et programme une exposition de près d’un an témoigne d’une attention institutionnelle inédite pour l’art de ces territoires. Le symposium réunit chercheurs, conservateurs de musées américains et européens, et artistes caribéens dans un dialogue qui interroge aussi bien l’histoire de l’art que les pratiques muséales contemporaines.
L’exposition qui suivra, Van Lévé: Sovereign Visions of the Creole and Maroon Caribbean and Amazonia, promet de donner à voir des visions souveraines de la Caraïbe créole et marronne, un positionnement qui affirme d’emblée une volonté de rupture avec les regards extérieurs qui ont longtemps dominé la représentation de ces territoires.

Symposium : Exhibiting Art from the French- & Creole-Speaking Caribbean & Amazonia
30 avril – 1er mai 2026
The Alain Locke Gallery, Harvard University, Cambridge (MA)
Informations : hutchinscenter.fas.harvard.edu
Diffusion en direct : youtube.com/hutchinscenter

Source : Repeating Islands

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