Gwladys Gambie, de la Martinique à Venise, les corps en résistance

Du 13 septembre au 14 novembre 2026, la Marina Bastianello Gallery à Venise présente le travail de Gwladys Gambie dans le cadre de sa première exposition personnelle en Italie. Une nouvelle étape pour l’artiste martiniquaise, dont les œuvres portent un regard singulier sur les corps, les imaginaires et les héritages caribéens.

À travers le dessin, la sculpture et la broderie, Gwladys Gambie, née en Martinique en 1988, construit un monde où la nature et les figures féminines se métamorphosent. Son personnage de Manman Chadwon, inspiré des mythologies antillaises, lui permet notamment de questionner les représentations du corps féminin noir. Un travail que La Maison Gaston accompagne aujourd’hui dans son parcours hors de la Caraïbe.

Manman Chadwon, une autre manière d’habiter son corps
Chez Gwladys Gambie, que la Maison Gaston accompagne, les frontières semblent faites pour être traversées. Entre le corps et la végétation, entre le réel et le fantastique, entre l’humain et le mythologique, l’artiste imagine des figures entre plusieurs mondes.

Installée à Fort-de-France, elle s’intéresse depuis plusieurs années à la condition féminine noire. Son travail associe différentes formes comme le dessin, la sculpture, ou encore la, broderie. Par ailleurs, la langue créole occupe également une place particulière dans cette démarche. Par sa puissance évocatrice et son imaginaire, elle nourrit directement le vocabulaire visuel de l’artiste pour qui : « le créole, langue très imagée, chargée en symboles, lui permet de créer une iconographie spécifique dans son travail autour d’une représentation décoloniale du corps féminin noir ».

Cette recherche prend notamment corps avec Manman Chadwon. Mi-oursin, mi-déesse des eaux, cette créature puise dans l’imaginaire de Manman Dlo pour devenir une figure féminine libre et insaisissable qui semble incarner la possibilité de se réinventer. Les dessins à l’encre de Gwladys Gambie prolongent cette idée. La flore et les paysages de la Caraïbe s’y mêlent aux silhouettes féminines jusqu’à créer des compositions où les corps paraissent pousser, se ramifier ou se fondre dans leur environnement.

À Venise, la Marina Bastianello Gallery réunira plusieurs de ces œuvres, des petits aux grands formats, ainsi que Manman Chadwon, un film réalisé avec l’actrice, réalisatrice et scénariste Klelo.

Une artiste martiniquaise sur la scène internationale
Cette exposition arrive dans un parcours qui s’est progressivement construit entre la Martinique, la Caraïbe et d’autres scènes artistiques. Après son DNSEP art obtenu en 2014, Gwladys Gambie a participé à plusieurs résidences dans la région, notamment à Aruba, en Guadeloupe, à Trinidad & Tobago et encore à Cuba, avant de présenter son travail dans lHexagone, aux États-Unis, en Guyane ou encore au Brésil.

L’année 2026 confirme cette dynamique. L’artiste a été sélectionnée comme lauréate de la résidence Villa Créa Colombie, à la Casa Kitambo de Bogotá, pour les mois de septembre et octobre. Son travail doit également rejoindre l’exposition collective Van Lévé, à l’Alain Locke Gallery du Hutchins Center de Harvard University, du 22 septembre 2026 au 5 juin 2027. Quelques mois auparavant, elle était présentée en Guadeloupe dans Nou an péyi révé, Traversées de la mangrove, au Mémorial ACTe. Et en 2025, lors de la foire AKAA à Paris, le Prix du Musée de la Fondazione Ettore e Ines Fico venait distinguer son travail.

Ces différentes étapes dessinent un parcours qui ne sépare pas l’artiste de son territoire d’origine. La Martinique, la Caraïbe et leurs imaginaires restent au cœur de son langage plastique, tout en devenant le point de départ d’une circulation plus large. Ainsi, l’exposition de Venise constitue ainsi une première : celle d’un solo show en Italie pour Gwladys Gambie, représentée par la Marina Bastianello Gallery. Une présence qui inscrit un peu plus son travail dans le paysage artistique international.

La Maison Gaston, du territoire aux rencontres artistiques
Derrière cette circulation, il y a aussi le travail de La Maison Gaston. Fondée par Christelle Clairville, la structure accompagne des artistes issus des territoires créoles dans un contexte où leur présence reste encore trop limitée dans le monde de l’art. C’est dans cet écart que La Maison Gaston entend agir. Christelle Clairville l’a pensée comme « une structure dédiée au rayonnement des artistes issus des territoires créoles ». L’accompagnement ne s’arrête pas au repérage des artistes. Il peut aussi créer les conditions de rencontres avec des acteurs susceptibles de faire évoluer leur parcours. Pour Gwladys Gambie, le Prix de la Fondation Ettore e Ines Fico obtenu à AKAA en 2025 a joué ce rôle de déclencheur.

La trajectoire de Gwladys Gambie illustre ainsi concrètement la fonction que La Maison Gaston souhaite occuper auprès des artistes : mettre en relation, ouvrir des portes et permettre aux œuvres nées dans les territoires créoles de rencontrer d’autres scènes.

De Fort-de-France à Venise, les œuvres de Gwladys Gambie poursuivent ainsi leur chemin. Avec elles voyagent des figures, des récits et des imaginaires caribéens uniques qui trouvent de nouveaux espaces pour être regardés et partagés.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *