Héritages en corps : récits diasporiques aux Rencontres chorégraphiques internationales

En Seine-Saint-Denis, les Rencontres chorégraphiques internationales célèbrent du 11 mai au 13 juin 2026 des écritures plurielles réunissant des œuvres qui portent un regard sensible et poétique sur un monde en transformation. À travers plusieurs propositions, des artistes interrogent les notions d’héritage, de mémoire et de transmission, autant de thématiques qui résonnent profondément avec les histoires caribéennes et leurs diasporas.

Les Rencontres chorégraphiques internationales (RCI93) mettent à l’honneur des écritures engagées, attentives aux bouleversements du monde contemporain. Parmi les artistes invité·es, Mackenzy Bergile explore, avec Autothérapie : Unbolting Colonial Statues from Our Consciousness, les traces laissées par l’histoire atlantique dans les corps et les imaginaires. Autour de cette réflexion, d’autres créations viennent interroger, chacune à leur manière, les notions d’héritage et de mémoire, en écho aux récits caribéens et diasporiques.

Avec Histoire(s) décoloniale(s) #Autoportrait, Betty Tchomanga ouvre un espace où l’histoire coloniale se lit à hauteur de corps. En choisissant l’autoportrait, la chorégraphe déplace les récits dominants vers une matière sensible, incarnée, où l’intime devient outil d’enquête. Sa démarche ne vise pas à reconstituer une histoire linéaire, mais à en faire surgir les échos : gestes, paroles, images et sons composent une cartographie fragmentée où se mêlent vécu personnel et héritages collectifs. Elle propose une autre manière de regarder l’histoire, non plus comme un récit figé, mais comme une matière vivante, traversée de tensions et de résonances.

Ce travail sur l’héritage colonial, bien qu’ancré dans un dialogue entre l’Occident et l’Afrique, ouvre une réflexion plus large, qui trouve des échos dans les histoires caribéennes, profondément marquées par ces circulations forcées et ces constructions historiques, comme les héritages invisibles et le corps imaginé comme archive diasporique chez Mackenzy Bergile. Avec Autothérapie : Unbolting Colonial Statues from Our Consciousness, présenté au Théâtre Municipal Berthelot-Jean Guerrin de Montreuil dans le 93, Mackenzy Bergile prolonge sa réflexion introspective et artistique et la déploie dans une perspective diasporique. L’artiste franco-haïtien explore les traces laissées par l’histoire atlantique et relie les points de la traite transatlantique à la révolution haïtienne, jusqu’aux héritages contemporains.

Sa pièce se construit comme une géographie fragmentée de souvenirs, de traumatismes et de références culturelles dans laquelle il convoque une temporalité ouverte, inspirée notamment du spiralisme haïtien, où passé et présent coexistent et se répondent. Au croisement de la danse, de la musique et de l’écriture, son travail fait du corps un espace d’inscription et de transformation. C’est ainsi, que les héritages deviennent ici invisibles mais agissants, traversant les générations et façonnant les identités.

Des récits en relation
Avec On memories…, projet en cours de création, Audrey Merilus, elle, déplace encore le regard. Artiste franco-caribéenne, elle s’inscrit dans une recherche où la mémoire devient matière mouvante, recomposée. S’inspirant du concept de biomythographie développé par Audre Lorde, elle tisse ensemble récits personnels, fiction, mythologie et archives visuelles. Son travail, à voir au Théâtre Public de Montreuil le lundi 11 mai, dans le cadre des projets accompagnés par la plateforme Danse Dense, donne naissance à un univers onirique, où réalité et imaginaire se superposent, se déforment, se réinventent.

Chez elle, la mémoire n’est pas seulement un héritage à porter, mais un espace de création. Le corps devient lieu d’apparition et de transformation, traversé par des flux d’images, d’affects et de sensations. Cette approche ouvre un champ où les identités peuvent se réécrire, où les récits se déplacent, se complexifient et s’émancipent des cadres imposés.

À travers ces propositions, les Rencontres chorégraphiques internationales affirment leur attachement à la diversité des écritures et à la vitalité de la création contemporaine, en faisant dialoguer artistes émergent·es et figures confirmées, disciplines et imaginaires. Le festival s’impose ainsi comme un espace de rencontres et de circulations, où les œuvres se croisent, se répondent et ouvrent de nouvelles perspectives.

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