Souria Adèle est la voix de Mary Prince, à la Manufacture des Abbesses

The History of Mary Prince : A West Indian Slave Narrative, paru en 1831, est le premier récit témoignage d’une femme noire en Grande-Bretagne. Souria Adèle fait vivre sur scène sa bouleversante histoire à la Manufacture des Abbesses du 15 octobre au 31 décembre 2014. Sobrement intitulée « Mary Prince », la pièce mise en scène par Alex Descas est tirée de la tragique histoire d’une esclave racontée, et c’est sa force, à la première personne.

Ce récit est le premier témoignage se rapportant à l’esclavage publié et écrit par une femme. Le texte porté sur scène tire sa force du fait que les mots sont ceux de Mary Prince. « Ce texte est comme une photo. Il est vrai, authentique. Il s’agit bien d’une femme qui parle de sa vie d’esclave et de son affranchissement lors de son séjour en Angleterre » souligne Souria Adèle, exprimant son objectif dans cette pièce qui reprend après un premier passage à Paris. La comédienne rapproche logiquement cette histoire de celle de ses ancêtres et du vide qui mine l’histoire des descendants d’esclaves, comme ceux issus de la Caraïbe, là où tout a commencé pour Mary Prince. « Je veux restituer toute l’intensité dramatique de ce texte, dans un seule en scène, avec très peu d‘artifices », explique-t-elle, ce qui doit laisser place à toute la cruauté et à toute la force des émotions que peut exprimer Mary Prince.

L’histoire de Mary Prince
De sa naissance en asservissement dans l’île des Bermudes en 1788, à la vente survenue à l’âge de dix ans, qui la prive notamment de sa famille, Mary raconte les conditions cruelles infligées par ses propriétaires successifs dans plusieurs îles antillaises, les privations, l’abus sexuel, etc. Elle détaille son parcours à Antigua où elle appartient à la famille Wood, parle de son mariage avec un ancien esclave, Daniel James, qui avait acheté sa liberté, et de son arrivée en Angleterre avec ses propriétaires. C’est là où elle fait campagne contre l’esclavage, après s’être enfuie, le but étant tout d’abord de gagner sa liberté afin de retrouver son mari. Mary Prince, la narratrice née dans l’esclavage, séparée de sa famille et traitée en esclave, apporte au récit une tonalité unique puisqu’elle donne un point de vue féminin sur ses émotions, sur la domesticité ou encore sur la foi. La mise en cène épurée est pensée pour mettre en valeur la force de l’interprétation, comme le souhaite Alex Descas : « dans le spectacle Mary Prince, au-delà de la vérité historique et politique, c’est la nécessité absolue pour Mary Prince de porter témoignage et cette voix qui est si loin et si proche témoigne aussi du présent et rappelle toujours la même nécessité de rester toujours vigilant. »

Le récit, aujourd’hui remis en lumière, a marqué les esprits lors de sa publication, devenant une constituante importante dans la lutte contre l’esclavage. Cette histoire vécue portée à la connaissance du public en Grande-Bretagne a permis une prise de conscience quant aux horreurs de la vie dans les plantations. L’histoire de Mary Prince s’inscrit dans celle du Royaume-Uni où l’esclavage connaît une évolution différente de celle de la France, avec l’abandon de la traite en 1807, de l’esclavage en 1834 et l’émancipation définitive en 1838.

Mary Prince et « les différentes réalités de la vie des esclaves »
Restituant son parcours et son combat, Mary Prince va dépeindre avec humanité la réalité, ou plutôt les différentes réalités de la vie des esclaves : le quotidien d’une esclave de maison, d’une esclave dans une saline ou encore des esclaves dans les champs.

Elle nous fera ressentir l’enfer de vivre sous le joug de maîtres tout-puissants, qui ont tous les droits et peuvent donc, au gré de leurs caprices, battre, tuer, abuser, torturer… Arrivée esclave, Mary Prince est devenue immédiatement libre en Angleterre puisque l’esclavage n’existait pas dans le Royaume-Uni.

Mais elle devra encore se battre pour retrouver son mari aux Antilles sans retourner à sa condition d’esclave, l’esclavage ayant toujours cours dans les colonies.

Dans le contexte de l’époque, Daniel Maragnès dans l’édition La Véritable Histoire de Mary Prince chez Albin Michel, souligne l’audace de cette prise de parole qui va bien au-delà d’un simple texte autobiographique. En effet, ce témoignage présente un intérêt exceptionnel tant du point de vue politique qu’historique : politique, car le xixe siècle voit aboutir la lutte pour la suppression de l’esclavage ; historique, parce qu’il nous oblige à entendre une voix que l’on condamnait au silence. La bouleversante histoire de Mary Prince nous rappelle que l’esclavage est un crime contre l’humanité.

Mary Prince, mercredi, jeudi, vendredi et samedi, à partir de 19 h
Sur scène : Souria Adèle
Mise en scène : Alex Descas
Manufacture des Abbesses
7 rue Véron, 75018 Paris
Métro Abbesses
01 42 33 42 03
Plein tarif : 24 euros
Tarif réduit : 13 euros

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