« Après la rivière, il y a un bateau » selon Anthony Cruz

Après la rivière, il y a un bateau est une pièce d’Antony Cruz qui lui a valu le troisième prix du concours d’écriture dramatique des jeunes auteurs d’outre-mer. Cette œuvre a été publiée dernièrement aux éditions du Panthéon.

Depuis son plus jeune âge, Anthony Cruz se passionne pour l’art. En 2010, il décide de participer à un concours d’écriture théâtrale sur le thème du marronnage, c’est-à-dire la fuite des esclaves. Après la rivière, il y a un bateau prend vie dans la Martinique du 17e siècle, avec le décor et les personnages qui semblent en émaner comme fatalement : la plantation de canne à sucre, des propriétaires d’habitation et bien entendu des esclaves, dont Sholi, devenu manchot suite à une tentative de marronnage. Des protagonistes dont les desseins s’opposent et dont les sentiments sont comme le traduisent les échanges violents d’un côté et universaliste de l’autre.

Les exhortations de la princesse Mabuya accompagnent le quotidien des esclaves, comme sa vision de l’égalité entre les hommes. Elle fait survivre dans les esprits une terre où évolue un « peuple noir », pour lequel « il n’y a pas de races inférieures ou supérieures ». Elle décode la différence entre un monde où des maîtres prient leur dieu « aveuglément, selon des principes bafoués » et celui où règne Amma, « le grand architecte » où plutôt que de parler de religion on parle de « tradition liée à la spiritualité ».

Après la rivière, il y a un bateau
Après la rivière, il y a un bateau

La pièce est rythmée par un dialogue et des évocations qui permettent aux esclaves de maintenir en vie leur esprit, de refuser l’esclavage. On le constate dans leur face à face avec le nommé Charles Édouard Dulard ; dans leur pouvoir à accepter continuellement de lutter contre le crime dont ils sont les victimes insoumises ; dans leur capacité à croire en une issue possible (comme le jeune esclave Boli qui se rêve marin pêcheur). Ils se voient en marrons !

Tout au long du déroulé des scènes, on perçoit que Boli, Aliou, Mabuya ou Elione s’endorment avec pour inspiration la liberté. Des personnages clairement répartis dans leurs univers respectifs : les uns dans leur hideuse certitude (propriétaire d’habitation, acheteur, etc.) et les autres, capables – malgré l’ignominie de l’esclavage et les cruautés qu’elle peut engendrer – de s’arracher aux hommes et à la terre qui les ont assujettis.

Après la rivière, il y a un bateau, d’Anthony Cruz
Martinique. 1678. Charles-André Dulard et sa femme sont propriétaires d’une grande plantation de cannes à sucre, à la tête d’une trentaine d’esclaves et d’une trentaine de gardes. La récolte est bénéfique depuis quelques années. Cette mécanique se voit perturbée, le jour où un homme, envoyé par Charles-François d’Angennes, marquis de Maintenon, vient acheter des esclaves pour son compte.

Le refus de Charles-André Dulard cause alors l’attente de l’acheteur, qui persiste durant plusieurs jours. Cette situation pousse les esclaves, révoltés, à tenter de fuir. Tout un processus commence alors dans lequel la réflexion, l’innocence, la naïveté, la compassion, l’amour et l’humain se mêlent.

Après la rivière, il y a un bateau, Anthony Cruz (genre : théâtre)
Éditions du Panthéon
10,20 euros, 64 pages

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