Au salon du livre de Paris, Euzhan Palcy évoque sa rencontre avec Joseph Zobel

Dans le cadre du Salon du livre de Paris 2014, qui s’est déroulé du 21 au 24 mars, le ministère des Outre-mer avait organisé une série de rencontres, de débats, de dédicaces et de lectures réunis sous la bannière « Les Outre-mer de près ou de loin ». Le samedi 22, la table ronde « Des mots mis en image » a permis à Euzhan Palcy, la réalisatrice du film Rue Cases-Nègres, d’évoquer avec passion sa rencontre avec Joseph Zobel, l’auteur du roman La Rue Cases-Nègres.

« Ma mère m’a fait lire le livre pour me calmer. Je l’ai adoré et, depuis, il ne m’a pas quittée. J’ai toujours l’impression de retrouver l’environnement qui était le mien » : c’est ainsi qu’Euzhan Palcy explique sa rencontre avec l’œuvre de Joseph Zobel qui marquera sa vie à jamais. Accompagnée des comédiens Firmine Richard et Jean-Michel Martial, qui ont lu plusieurs extraits forts du roman, elle a expliqué les choix qu’elle a dû faire pour l’adapter à l’écran : « le roman a son identité propre et le film a la sienne, sans trahir l’auteur. À l’écran, il faut faire des choix, le roman est tellement riche, je ne pouvais pas garder toutes les scènes. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de représenter uniquement M’man Tine, la grand-mère du héros, José, et pas Délia, sa mère. »

Autre exemple resté célèbre dans l’esprit de tous les lecteurs et spectateurs : dans le roman, José vit à Fort-de-France avec Délia. Elle reçoit un télégramme qui l’invite à retrouver M’man Tine qui est gravement malade. Il ne lui est financièrement pas possible de se faire accompagner par José. Celui-ci comprend que la durée du séjour de sa mère implique la disparition de M’man Tine. Pour l’adaptation, Euzhan Palcy a dû trouver une astuce pour que M’man Tine revienne rue Case-Nègres et que José assiste à sa mort. Du coup, la fin du film, très émouvante, est totalement différente de celle du livre.

Mais ces choix nécessaires n’ont pas altéré la force du propos de Zobel et ont permis une reproduction fidèle des thèmes qu’il avait abordés. « Zobel est né dans un tout petit village, c’est un fils de la terre qui sait parler avec son cœur. C’est un poète, un musicien, un peintre qui peint avec les mots. Dans ses descriptions, c’est un sculpteur. C’était tellement précis que l’adaptation était plus facile. Certaines scènes étaient déjà là même s’il manquait les dialogues. J’ai assuré personnellement les recherches pour retrouver les mots, le langage utilisé à l’époque. Certaines expressions n’étaient plus du tout usitées, notamment les jurons. Zobel m’a énormément aidée et ça a enrichi l’adaptation. »

La réalisatrice martiniquaise a ensuite évoqué avec émotion sa rencontre avec Joseph Zobel : « dès mon arrivée à Paris pour mes études de cinéma, j’ai recherché longuement Zobel. J’ai fini par penser qu’il était mort mais j’ai téléphoné à l’éditeur qui m’a répondu qu’il était bien vivant et qu’il vivait en France. Je lui ai alors écrit une lettre dans laquelle je lui disais que, depuis l’âge de 14 ans, je portais son livre comme une araignée son œuf, que je voulais l’adapter au cinéma et que j’aimerais le rencontrer. Nous avons ensuite passé 5 jours ensemble, avec sa famille, dans sa maison du Gard. C’est seulement la veille de mon départ qu’il a bien voulu évoquer La Rue Cases-Nègres. J’ai parlé longuement, il m’a écoutée attentivement et a fini par me dire : ‘c’est la première fois que quelqu’un me parle avec autant de passion, d’amour et de justesse de mon roman. Avec tout ce que tu m’as dit, je te fais totalement confiance, tu as ma bénédiction’. »

Alors que l’auteur était parti en 1946 de la Martinique et avait toujours refusé d’y retourner, Euzhan Palcy s’est battue pour le convaincre de faire une apparition dans le film. Il a fini par accepter de jouer le curé puis, « quand il est arrivé, il a pleuré de bonheur, toute la Martinique l’attendait. Il a acheté une maison et y a emmené toute sa famille. Je suis très contente d’avoir pu occasionner le retour de Zobel au pays natal.« 

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