Avec la disparition d’Edouard Glissant, le « Tout-monde » perd un grand homme

Édouard Glissant est décédé ce 3 février 2011. De nombreuses personnalités des mondes politique et littéraire multiplient les hommages et saluent la mémoire du chantre de la créolisation et inventeur du concept du Tout-Monde.

L’écrivain et poète martiniquais qui défendait le métissage et la diversité, qui restait à l’écoute du monde et qui se nourrissait de son métissage, travaillait encore récemment à son livre qui devait paraître aux éditions Galaade : 10 mai, l’esclavage au fond des déserts et des océans. France-culture lui consacrera son antenne le vendredi 4 février et France 5 lui consacrera un documentaire le dimanche 6 février.

Décédé ce jeudi 3 février 2011 à l’âge de 82 ans, il était, notamment depuis son Prix Renaudot en 1958 pour La Lézarde, une personnalité incontournable de la littérature contemporaine. Edouard Glissant, ce n’est pas seulement le philosophe et poète qui marquera le tout-monde par sa poétique, c’est aussi celui qui, à travers son engagement politique, a rejeté toutes les formes de racisme avec un discours visionnaire et une écriture à la fois exquise et éguisée qui en fait l’une des plus grandes figures de la littérature de ces dernières années. Un engagement qui ne s’est jamais démenti : ainsi, en 2007 il s’adresse, avec Patrick Chamoiseau, à Nicolas Sarkozy dans « Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ? », un texte d’intervention en réaction à la mise en place du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale.

Le concept de créolisation d’Edouard Glissant, se détachant de celui de la négritude d’Aimé Césaire, s’est constamment inscrit dans cette volonté de mieux appréhender le monde qui nous entoure avec sa multitude de langues, de cultures et d’hommes. Comme Frantz Fanon avant lui, il se plaçait comme un éclaireur nous indiquant quelle lecture nous pouvions avoir du monde et de sa métamorphose à travers sa diversité. Le regard d’Édouard Glissant était toujours porté bien loin devant : « Parce que le Tout-monde, c’est le monde que vous avez tourné dans votre pensée pendant qu’il vous tourne dans son roulis. Qui donc dit, le monde où vous cherchez cette personne qu’à la fin vous allez rencontrer dans son partage, est-ce une femme est-ce un homme un vieux corps un enfant. Et le Tout-monde est ce monde là, où vous cherchez sans partage » (Tout-monde d’Édouard Glissant, Gallimard, novembre 1993).

Arrivé à dix-huit ans à Paris pour étudier à la Sorbonne, son parcours l’a conduit a occuper diverses responsabilités : à la direction du Courrier de l’Unesco (1982 à 1988), à la tête du Centre d’études françaises et francophones à l’Université d’État de Louisiane (à partir de 1989) ou encore, en tant que Distinguished Professor en littérature française, à l’Université de New York (à partir de 1995). Il est aussi à l’initiative de la création de l’Institut du Tout-monde basé à Paris depuis 2007.

Les nombreuses réactions au décès d’Édouard Glissant mettent l’accent sur l’universalité de son écriture et sur son influence sur la littérature à travers le concept désormais transmis de la créolisation. Parmi ces nombreuses réactions, celle de la députée de la Guyane Christiane Taubira et amie du poète qui voyait dans ses écrits « une pensée hardie qui se hasarde à récuser des certitudes pluriséculaires sur l’universel, une pensée téméraire qui ose se mettre en péril en lisant le monde en direct, une pensée audacieuse qui se risque dans l’énigme du Tremblement, une pensée généreuse mais lucide qui nous fait percevoir les ‘extraordinaires possibilités’ du Tout-Monde, une pensée pionnière qui nous transporte dans les incertitudes de l’identité-rhizome, une pensée sensuelle sur la Poétique de la relation; il nous laisse tout cela, de quoi nous occuper plus d’une vie. Mais en s’en allant, il emporte ce que j’aimais le plus ».

Hommages sur France-culture et France 5
La disparition de l’écrivain et poète martiniquais donnera certainement lieu à différents en hommages sur les médias, dont celui de la radio France-Culture (disposant de nombreuses archives) qui dédiera son antenne, le vendredi 4 février dès 6 heures du matin :
– 6 h – Pas la peine de crier par Marie Richeux : avec des lectures de poèmes d’Edouard Glissant, la chronique d’Alexis Lacroix sur les relations Édouard Glissant/ Barack Obama…
– 6 h 45 – Les Matins de France Culture par Vincent Lemerre, avec à 8 h 50 Dominique de Villepin et Edwy Plenel.
– 9 h – La fabrique de l’histoire, par Emmanuel Laurentin
– 11 h – Culturesmonde, par Florian Delorme et un hommage par Mahmoud Hussein et Marc Kravetz
– 12 h – La grande table, par Caroline Broué et Hervé Gardette : avec la rediffusion de « A voix nue : Edouard Glissant », par Catherine Pont-Humbert, (1ère diffusion le 14 janvier 2002). Et en 2e partie : avec Antoine Raybaud, poète, Christian Salmon, écrivain et chercheur au CNRS (Centre de recherches sur les arts et le langage), et Louis-Georges Tin, porte-parole du CRAN.
– 16 h – A plus d’un titre, par Tewfik Hakem et Jacques Munier
– 19 h – Le RenDez-Vous, par Laurent Goumarre : avec Christiane Taubira, et sous réserve, Patrick Chamoiseau, François Noudelmann, Lilian Thuram, Bruno Peinado, artiste, et le live de Jacques Schwarz Bart, saxophoniste et, sous réserve Mario Canonge, pianiste.

Une soirée et une nuit de veillée :
– 22 h 15 à 23 h, rediffusion de « Hors champs », avec Édouard Glissant, interviewé par Laure Adler (1re diffusion le 3 décembre 2010)
– 23 h à 1 h, rediffusion de la soirée spéciale Édouard Glissant « La terre, le feu, l’eau et les vents », par Édouard Glissant et ses invités, diffusé le samedi 4 décembre de 20 h à 22 h et enregistrée à l’Odéon – Théâtre de l’Europe le 3 novembre 2010.
– 1 h à 6 h : Une nuit de veillée

En télévision, France 5 rendra un hommage à Édouard Glissant en diffusant le dimanche 6 févier 2011 à partir de 22 h 25, un documentaire réalisé par Yves Billy : Édouard Glissant, la créolisation du monde.

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