Le festival America, du 23 au 26 septembre à Vincennes

Le festival America de Vincennes, véritable invitation à rencontrer des littératures et des cultures nord-américaines, célèbrera cette année sa cinquième édition sous le thème de la ville. Pour illustrer la ville dans sa réalité et la « Ville au noir » qui réunira des auteurs de romans policiers, une belle place est faite aux auteurs et à la culture de Cuba et d’Haïti. Parmi eux, Gary Victor, Leonardo Padura, Wendy Guerra ou encore Yanick Lahens.

Ce rendez-vous littéraire assez exceptionnel, initié et réédité par la ville de Vincennes, accueillera du 23 au 26 septembre 2010 soixante écrivains qui participeront aux débats, lectures, scènes et au café des libraires accessibles gratuitement. Cette année encore, le festival sera riche en évènement, parmi lesquels des projections de films et des expos.

Bret Easton Ellis, l’auteur de Moins que zéro et Suite(s) impériale(s), sera certainement l’un des plus auteurs les attendus. A ses côtés, on retrouvera plusieurs auteurs des grandes villes d’Amérique, comme Toronto, Montréal, Chicago ou encore Los Angeles, mais aussi des écrivains venus, nés où vivant à Cuba ou en Haïti qui tous ont dépeint ou fait vivre à travers leurs plumes leurs villes chacun à sa manière, les sensations et les sentiments qu’elles inspirent et qu’elles exhalent, selon leur histoire et les hommes qui l’occupent.

La Havane, plus grande ville des Caraïbes
Leonardo Padura, dans Les brumes du passé, nous fait vivre La Havane, la plus grande ville des Caraïbes, autrement. Romancier, il est aussi connu comme journaliste et auteur de scénarii. Dans ce roman qui a obtenu le Prix Brigada 21 du meilleur roman noir en 2006, on retrouve le héros enquêteur Mario Conde tout droit sorti de la tétralogie des Quatre saisons qui a fait le succès de Leonardo Padura. Mais dans Les brumes du passé Mario a quitté la police : « il gagne sa vie en achetant et en vendant des livres anciens puisque beaucoup de Cubains sont contraints de vendre leurs bibliothèques pour pouvoir manger. Ce jour d’été 2003, en entrant dans cette extraordinaire bibliothèque oubliée depuis quarante ans, ce ne sont pas des trésors de bibliophilie ou des perspectives financières alléchantes pour lui et ses amis de toujours qu’il va découvrir mais une mystérieuse voix de femme qui l’envoûtera par-delà les années et l’amènera à découvrir les bas-fonds actuels de La Havane ainsi que le passé cruel que cachent les livres […] ».
Les Brumes du passé (La neblina del ayer, 2006, Métailié)

Poser nue à la Havane, de Wendy Guerra, est un roman dans lequel l’auteure veut nous faire vivre ce qu’aurait pu penser celle qui l’a toujours fascinée : la femme de lettres américaine d’origine franco-cubaine Anaïs Nin (1903 -1977). Elle lui prête ses pensées : « je hais ce qui est nocturne, je déteste me trouver en situation de ne pas voir où je pose le pied. La Havane palpite, promet, se dilate à mes pieds en glissant sur l’humidité éthérée… » écrit-elle à propos de sa ville. Fascinée par Anaïs Nin, Wendy Guerra imagine ce qu’elle a pu ressentir en arrivant sur l’île et superpose ainsi ses pensées apocryphes aux confessions réelles de la jeune Anaïs Nin, restituant ainsi la voix d’une âme à la recherche de son identité.
(Poser nue à la Havane, sur les traces d’Anaïs Nin – Cuba 1922, Stock, septembre 2010).

Eduardo Manet (L’Île du lézard vert, La maîtresse du Commandant Castro) est né à Santiago de Cuba mais est installé en France depuis 1968. Il présentera lors du festival son dernier roman, Les trois frères Castro, une œuvre de fiction qui prend pour point de départ la mort du Lider Maximo et va déboucher sur le rapprochement, après des années de séparation, entre deux hommes dans une veille maison de La Havane. « Penchés sur leur tasse de rhum, les deux vieillards vont y lire le passé et faire le triple portrait de Cuba, à travers celui de ces frères Castro si dissemblables… Et, puisque le Lider maximo est mort, Salva en profite pour vider son cœur. » (Les trois frères Castro, éditions Ecriture, septembre 2010).

Karla Suárez et La voyageuse seront présentes lors du festival. La voyageuse est le second roman de cette jeune auteure cubaine, retenue dans la liste des 39 meilleurs écrivains latino-américains. Elle offre avec ce roman un univers plein de sensations avec une « plongée subtile dans les méandres de l’amitié féminine, voyages de rencontres en rencontres de Sâo Paulo à Mexico, Madrid ou Rome, vision caustique de l’exil, Karla Suárez écrit ici un roman plein de vitalité et d’ironie, crée des personnages cocasses ou touchants […] »
(La voyageuse, septembre 2005, Métailié).

Zoé Valdés, née à la Havane et vivant en France, est l’auteure de nombreux romans depuis celui qui l’a conduite à quitter Cuba en 1995, Le néant quotidien. Dans Danse avec la vie, traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan, elle évoque une romancière cubaine en panne d’inspiration qui trouvera ses mots dans une situation complexe et le triangle amoureux dans lequel elle même joue un rôle, avant de voir son éditeur changer d’avis…  « Zoé Valdés entremêle habilement plusieurs histoires, enchâssées les unes dans les autres, et déploie son imagination débridée et sa sensualité dans une trame romanesque des plus originales. La vie de l’écrivain fait ainsi irruption dans l’existence des personnages… »
(Danse avec la vie, 2009, Gallimard)

Un voyage profond et symbolique au cœur de la ville de Port-au-Prince
Dany Laferrière sera présent pour L’énigme du retour (Prix Médicis 2009) dans lequel il est question de l’exil, de la reconquête de son passé et de son pays après des années passées loin de sa terre natale. « Un matin, on lui téléphone : son père vient de mourir. Son père qui, dans un parallèle saisissant, avait été exilé d’Haïti par le dictateur Papa Doc, comme le narrateur, des années plus tard, l’avait été par son fils, le non moins dictatorial Bébé Doc. C’est l’occasion pour le narrateur d’un voyage initiatique à rebours« , un voyage profond et symbolique au cœur de la ville de Port-au-Prince.
(L’énigme du retour, septembre 2009, Grasset).

Yanick Lahens, dans son roman La couleur de l’aube, récompensé par le Prix du livre RFO 2009, « dépeint sans complaisance une réalité caribéenne« . L’auteur haïtienne dessine Port-au-Prince, ses quartiers et sa misère à travers l’histoire d’Angélique « une fille soumise », une « sœur exemplaire » qui veut retrouver la piste de son jeune frère. »Au fil de la journée et de leur enquête, Angélique et Joyeuse, en réalité les deux visages du même désespoir, dessinent de la ville une géographie apocalyptique. Fignolé, militant déçu du parti des Démunis, s’est perdu dans les méandres d’une impossible lutte, dans les hasards du désordre absolu… »
(La couleur de l’aube, 2008, Sabine Wespieser).

James Noël, jeune poète-vitrier, est désormais inscrit au programme des lycées haïtiens. Son premier recueil de poésie Poèmes à double tranchant / Seul le baiser pour muselière avait déjà marqué les esprits et ses textes sont mis en musique par des interprètes de renom. Le sang visible du vitrier sera sans doute l’occasion pour celui qui est considéré aujourd’hui comme l’une des grandes voix de la littérature haïtienne de rencontrer les plus jeunes visiteurs.
(Le sang visible du vitrier, ré-édition Vents d’ailleurs, 2009 et Prix Fetkann en 2008).

Lyonel Trouillot qui œuvre dans les deux langues qui l’habitent, le créole et le français, est une figure de la littérature : romancier, journaliste, professeur de littérature, connu pour son engagement en faveur de la démocratie dans son pays Haïti. Avec Yanvalou pour Charlie, il propose aux lecteurs un « voyage initiatique bouleversant au cœur même de la désespérance, [un] grand roman de la tragédie de l’abandon des hommes par les hommes-en Haïti comme ailleurs. »
(Yanvalou pour Charlie, 2009, Actes sud)

Gary Victor un des auteurs les plus lus en Haïti. Écrivain et scénariste, il est souvent décrit comme un auteur au style puissant qui jette un regard subversif sur la société haïtienne et y ajoute effets d’humour et critiques. Le sang et la mer est son onzième roman, il y « aborde des thèmes universels, tels que la justice sociale, les rapports entre riches et pauvres, entre frère et sœur, l’influence des religions (vodou et catholicisme), l’amour entre hommes, le sexe comme passeport pour la réussite sociale… ».
(Le sang et la mer, La Roque d’Anthéron, Vents d’ailleurs, 2010)

Au programme :

Café des libraires
– Le voyage et l’exil – Samedi 25 septembre à 11 h, avec Eduardo Manet, Karla Suárez, Mauricio Segura
– Le monde à fleur de peau – Dimanche 26 septembre à 14 h, avec Jon Raymond, Guillermo Arriaga, Gary Victor
– Comme un père – Dimanche 26 septembre à 17 h, avec Dany Laferrière, Barry Gifford, Nick Flynn, Dan Fante
– Les ombres du passé – Dimanche 26 septembre à 15 h, avec Lyonel Trouillot, Louise Erdrich, Leonardo Padura

Scènes
– La Havane, scène 1 – Dimanche 26 septembre à 11 h, Eduardo Manet, Zoé Valdès
– Port-au-Prince – Dimanche 26 septembre 11 h 30, avec Dany Lafferrière, Yanick Lahens, James Noël, Lyonel Trouillot, Gary Victor
– La Havane, scène 2 – Dimanche 26 septembre 14 h, avec Wendy Guerra, Leonardo Padura, Karla Suárez

Débats
– La ville dévastée – Samedi 25 septembre à 16 h, John Biguenet, Dany Laferrière, Claire Messud, Gary Victor
– Des enfants dans la ville – Dimanche 26 septembre à  16 h, Ying Chen, James Noël, Pierre Szalowski, Lyonel Trouillot, J. M. Servin
– La ville monde – Dimanche 26 septembre, 17 h, Tania James, Mauricio Segura, Kim Thùy

Rencontres
– Dany Laferrière – Samedi 25 septembre de 15 à 16 h, au théâtre Francis Scott Fitzgerald, rencontre animée par Nathalie Crom, du journal Télérama. Rencontre précédée de la projection de La dérive douce d’un enfant de Petit Goâve de Pedro Ruiz à 14 h.
– Les figures du désir, autour d’Anaïs Nin – Samedi 25 septembre, 17 h, avec Wendy Guerra

Lectures
– Je suis un écrivain qui lit dans sa baignoire – samedi 25 septembre 10 h 30, Dany Laferrière
– Isaach de Bankolé lit Dany Laferrrière – Dimanche 26 septembre 15 h 30

Expos
Habana, du 23 au 26 septembre
– exposition multimédia (peinture, photo et vidéo), de 20 grandes peintures d’architecture, acrylique sur toile, de Michelle Auboiron
– des photos de « Classics cars », de Charles Guy (américaines des années 50)
– une vidéo « Paint’ in la Habana » de Charles Guy (20 min.)

Port-au-Prince urban-landscap du 23 au 26 septembre, esplanade de la gare RER de Vincennes
– Exposition de l’artiste photographe italo-haïtien, Roberto Stephenson, spécialisé dans la photographie urbaine. Il étudie la dynamique urbaine et établit une synthèse du rapport entre l’architecture, le décor, les individus et les mouvements de circulation.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *