Le Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde pour Gerty Dambury

Le 26e Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde récompense Le rêve de William Alexander Brown de l’auteure guadeloupéenne Gerty Dambury.

Gerty Dambury a reçu, ce 22 janvier 2016, le Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde 2015 pour Le rêve de William Alexander Brown (Éditions du Manguier), après avoir été distinguée en 2011 pour l’ensemble de son œuvre par une mention spéciale du jury. Le prix distingue donc le travail de l’auteure guadeloupéenne, qui écrit notamment pour le théâtre. Cette fois, elle s’est « passionnée pour l’histoire de William Alexander Brown et James Hewlett… deux hommes qui furent les bâtisseurs d’un théâtre géré par des Noirs, en pleine période esclavagiste et qui, tous deux, étaient des caribéens ».

L’ouvrage récompensé par le jury du prix Carbet est né de l’intérêt de Gerty Dambury pour l’histoire du théâtre africain américain et de ses investigations dans l’univers du théâtre noir à New York, à travers les écrits du dramaturge trinidadien Errol Hill. Un parcours qui l’a donc conduite à s’intéresser, entre autres, à William Alexander Brown et son African Grove Theatre.

L’ouvrage allie les résultats de sa recherche et l’histoire. Gerty Dambury détaille des aspects choisis pour composer sa nouvelle pièce : « le travail que j’ai effectué et qui est rassemblé dans l’ouvrage le rêve de William Alexander Brown comprend deux parties : les résultats proprement dits de ma recherche et la traduction que j’ai effectuée d’une pièce, écrite par Carlyle Brown, auteur africain américain contemporain. Cette pièce, écrite en 1987 et dont l’auteur m’a accordé les droits de traduction, m’a permis d’asseoir mon travail dans une réelle dynamique théâtrale et pas uniquement historique. L’analyse de la pièce m’a permis de vérifier, à la lecture des nouveaux documents parus, quels aspects de cette histoire étaient encore occultés en 1987, quelle vision un auteur africain américain engagé dans une redécouverte de l’histoire des Noirs pouvait avoir d’une telle aventure. Le texte de l’étude est donc enrichi d’extraits de la pièce traduite et le caractère théâtral de cette aventure en est renforcé. »

Le jury du prix récompense l’ambition artistique de Gerty Dambury
Le jury présidé par Ernest Pépin a salué, à travers cette distinction, des aspects inhérents à la nature même du prix qui existe maintenant depuis plus de 25 ans et vise à signaler « une œuvre de la Caraïbe ouverte aux imaginaires et aux identités multiples, particuliers et complémentaires ». Gerty Dambury a donc été retenue : « Pour l’ambition d’un projet artistique qui plonge avec lucidité au cœur de la question des identités caribéennes (…) Pour une œuvre qui s’attache à montrer l’humanisme des peuples qui transcendent les frontières raciales, géographiques, culturelles, ethniques. Pour la vision d’une Caraïbe rebelle qui sert de ferment artistique au monde. Pour la volonté de représenter avec courage l’exil dans toutes ses complexités. Pour une écriture soucieuse d’explorer avec audace et parfois insolence tous les genres et toutes les formes de la création littéraire et qui fonde la totalité d’une culture émergente de la diversité ».

Gerty Dambury a elle vu dans cette récompense l’occasion de mettre en avant le combat des héros de sa pièce : « je suis heureuse pour William Alexander Brown, James Hewlett et leurs compagnons, qui sont les héros trop longtemps oubliés de cette histoire, des hommes et des femmes se battant contre l’exclusion et le racisme, en pleine période esclavagiste, par le biais du théâtre, quand l’accès aux plateaux leur était refusé », s’est-elle satisfaite.

Le rêve de William Alexander Brown, de Gerty Dambury
C’était en 1821. En pleine période esclavagiste, un homme d’origine ­caribéenne – né sur l’île de Saint-Vincent – a eu le courage d’ouvrir le premier théâtre géré par un Noir à New York.

À ses côtés, une trentaine d’hommes et de femmes ont, sur une ­période de quatre ans, interprété les textes classiques de la ­littérature anglaise et les premières pièces écrites par des auteurs américains, malgré la féroce opposition des ségrégationnistes.

Dans ce théâtre on a pu voir pour la première fois des ­comédiens et ­des musiciens – des Blancs et des Noirs – jouer ­ensemble sur scène devant un public également mixte.

Plus encore, cet homme, William Alexander Brown, écrira la première pièce de théâtre africaine américaine, basée sur l’histoire de la ­révolte des Caraïbes noirs de l’île de Saint-Vincent en 1795.

C’est cette formidable aventure – une leçon pour les hommes et les femmes de théâtre d’aujourd’hui – que reconstitue Gerty Dambury dans son essai Le rêve de William Alexander Brown.

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