Nouvelles des mondes créoles, une anthologie dirigée par Raphaël Confiant

Les éditions Écriture ont publié il y a quelques semaines Nouvelles des mondes créoles, une anthologie de nouvelles contemporaines qui proposent un panorama vivant et divers de l’imaginaire créole. Cet ouvrage réunit onze nouvelles emblématiques de l’univers créole d’aujourd’hui, dont neuf écrites par des auteurs caribéens.

« Nous avons choisi, à travers cette anthologie, de mettre en valeur la nouvelle – la nouvelle inédite plus exactement -, puisque ce genre est désormais en phase avec la lecture postmoderne, laquelle est en passe de s’imposer de manière sans doute irréversible. » Dans l’introduction qu’il a rédigée pour Nouvelles des mondes créoles, cette anthologie placée sous sa direction, l’auteur martiniquais Raphaël Confiant éclaire ses intentions et précise qu’il a voulu également donner leur chance à de jeunes auteurs peu connus et à des voix féminines.

Le résultat de cette volonté, c’est un recueil au titre volontairement polysémique qui regroupe onze nouvelles emblématiques de l’univers créole d’aujourd’hui, par onze de ses auteurs les plus marquants ou les plus prometteurs, dont neuf Caribéens. Le contenu, bien que parfois inégal, parvient dans les meilleures productions à mêler avec style culture créole et réalité actuelle :

  • le poète, journaliste, comédien, critique d’art ou encore chroniqueur littéraire haïtien Dominique Batraville signe « L’apologie de Maudira ». Il file une métaphore sur les Haïtiens qui parviennent avec difficulté à quitter leur pays mais continuent sans relâche à se battre pour lui ;
  • dans « Le fossoyeur de langues », Mérine Céco, dont les éditions Écriture viennent de publier le premier roman récemment chroniqué dans e-Karbé, propose un très joli texte dans lequel son héroïne, qui a perdu sa langue, s’interroge sur le rapport qu’elle entretient avec cet organe. Au-delà de la langue au sens propre, il s’agit bien sûr d’un hymne à la langue créole, langue pourtant masquée voire étouffée par le français mais qui fonde l’identité de son héroïne ;
  • Raphaël Confiant, dans « Diablesse », compare ironiquement la diablesse mythologique des contes créoles aux « diablesses » de la société contemporaine qui tuent, estime-t-il, « la quête du mystère féminin » ;
  • avec « Nyotaimori », Charles-Henri Fargues, qui a reçu le prix de la nouvelle martiniquaise 2011, évoque les voyages entre Martinique et métropole ;
  • le grand auteur d’origine haïtienne Dany Laferrière, qui vient d’être élu à l’Académie française, propose « Truman Capote au Park Hotel », dans laquelle son héros estime moins narcissique de s’intéresser à la littérature des États-Unis plutôt qu’à sa propre littérature ;
  • le romancier guadeloupéen Dominique Lancastre livre avec « Ka moun ké di » une critique d’un aspect de la culture créole où la peur du qu’en-dira-t-on fait des ravages ;
  • dans « Sa majesté Ernes », la Martiniquaise Karen Lauréote s’appuie sur la fable du crapaud qui se transforme, figure centrale de certains contes créoles, pour critiquer également certains aspects de la société créole ;
  • l’auteure guyanaise Catherine Le Pelletier évoque dans « Tempo duo » ces Brésiliens qui viennent chercher une vie meilleure en Guyane ;
  • enfin, avec « Comment la jeune Pilibo sauva le jardin extraordinaire », l’auteure martiniquaise Anique Sylvestre exalte des valeurs humanistes portées par les plus jeunes. Elle semble critiquer la façon de faire la politique parfois mise en œuvre dans la Caraïbe tout en étant, dans toute l’anthologie, l’auteur qui s’appuie le plus sur la langue créole.

Nouvelles des mondes créoles
Éditions Écriture
17,95 euros

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