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Week-end de l’Amérique latine et des Caraïbes au Quai Branly

Pour un week-end de l’Amérique latine et des Caraïbes à Paris, il faudra prendre une seule direction le 1 et le 2 juin prochains : celle du Quai Branly. La manifestation s’inscrit dans le cadre de la journée de l’Amérique latine et des Caraïbes en France, instaurée en 2011 et instituée le 31 mai. Pour faire durer le voyage culturel, sociologique et artistique à travers l’Amérique latine et des Caraïbes, le musée du Quai Branly invite le public à toute une série de rencontres et d’expériences. Plusieurs occasions de faire connaissance ou d’approfondir sa relation avec les littératures, les danses, les gastronomies, le cinéma ou les pratiques artistiques traditionnelles latino-américaines.

À noter au fil de ce dense programme : la conférence sur Le pouvoir de l’objet, de Jorge Edwards, diplomate et écrivain chilien, auteur avec Édouard Glissant et Michel Deguy de Tremblement de ciel (édition liée à l’exposition des peintres chiliens Matta, Zañartu et Téllez, en 2011). Ou encore le concert de James Germain et Rome : d’un côté l’une des plus belles voix représentant notamment les chants traditionnels haïtiens en la personne de James Germain, et de l’autre le jeune slameur également originaire d’Haïti, Rome, membre du collectif Hors-jeu. Outre les visites contées et les rendez-vous plutôt festifs autour des danses et de la peinture traditionnelles, on retiendra aussi le cycle de projection de sept longs-métrages parmi lesquels Gouverneurs de la rosée, adapté du livre du poète et romancier haïtien Jacques Roumain. La salle de cinéma du musée du Quai Branly verra également la projection de Pais Portatil, tiré du roman du même nom de d’Adriano González León, écrivain et poète du Venezuela.

Gouverneurs de la rosée, réalisé par Maurice Failevic, samedi 1er juin à partir de 14 h
Pendant la période de l’entre-deux-guerres, un jeune homme profondément attaché à son pays, tente de réconcilier les partisans de deux clans mortellement ennemis pour sauver le village de la sécheresse et de la mort. À travers cette parabole poétique, véritable hymne à l’amour et à la générosité, on retrouve la pensée politique de l’auteur: seule l’union des forces, si minimes soient-elles, peut apporter la vie et la prospérité.

Pais Portatil, d’Antonio Llerandi et Ivan Feo, dimanche 2 juin, 13 h
Trois générations d’une famille rurale Venezuelienne vivent avec le chaos et la révolution dans ce drame déroutant.
Les plans flashbacks nous ramènent à la fin du XIXe siècle, 1925, 1933, puis à la fin des années 70. Le patriarche s’embarque dans une confrontation symbolique avec la police pour venger ses ancêtres assiégés. Le film souligne le fait que chaque génération doit surmonter des obstacles à la fois politiques et sociaux et se battre pour ses droits en dépit de révolution. (Traduit par SL)

La Revue des Sciences Humaines vient de publier un numéro consacré à Édouard Glissant

« Entours d’Édouard Glissant » : c’est le titre du numéro de ce début d’année de la Revue des Sciences Humaines. Sous la direction de Valérie Loichot, professeur de lettres à Atlanta et ancienne élève d’Édouard Glissant à Bâton-Rouge, des universitaires et des poètes rendent à Glissant un hommage digne de sa dimension-monde.

La Revue des Sciences Humaines (RSH), fondée dans les années 1930, est publiée avec le soutien du CNL, du CNRS et des Universités Lille 3. Elle bénéficie d’un rayonnement international, notamment aux Etats-Unis et au Japon. Régulièrement évoquée dans la presse et dans les travaux universitaires, elle s’efforce d’être le reflet de la recherche en matière de littérature française en publiant 4 numéros par an de 200 à 250 pages portant sur des thèmes, des genres, des écrivains ou des artistes, du XVIe au XXIe siècle. Fidèle à son titre, elle conjugue les approches critiques et entretient le dialogue de la littérature avec la philosophie et les sciences humaines. Chaque numéro est confié à un responsable, français ou étranger, choisi parmi les meilleurs spécialistes de la question traitée.

Le numéro 309 de la Revue des Sciences Humaines, daté de janvier-mars 2013, est consacré au chantre de la pensée de la créolisation, de la relation et du Tout-Monde. Le terme d’Entours contenu dans le titre renvoie aussi bien à l’écologie de l’auteur qu’à son entourage humain. De Martinique, de Guadeloupe, du Maroc, du Cameroun, de France, de Suisse, de Belgique, des Etats-Unis et de Grande-Bretagne s’élèvent des voix d’universitaires et de poètes qui rendent à Glissant un hommage digne de sa dimension-monde. Les quatre sections du recueil, « Relations », « Entours », « Politiques » et « Offrandes », évoquent tour à tour les affinités de l’œuvre glissantienne à la philologie du Moyen-âge, l’anthropologie, le mouvement rastafari et l’écriture de la Shoah ; les dimensions vertigineuses et tragiques de son paysage ; les engagements et errances politiques de l’auteur des luttes pour l’indépendance à la commémoration de l’esclavage ; et l’ami disparu dont le legs reste vivace.


Revue des Sciences Humaines, N° 309, 1/2013 : Entours d’Edouard Glissant

Source (en anglais) : Repeating Islands

Une Saison au Congo au TNP de Villeurbanne à partir du 14 mai 2013

Le TNP (théâtre national populaire) de Villeurbanne, en région Rhône-Alpes, présentera à partir du mardi 14 mai la pièce de Aimé Césaire, Une Saison au Congo, sur une mise en scène de Christian Schiaretti. Un nouvel événement célébrant le centième anniversaire de la naissance du poète martiniquais.

Une Saison au Congo est la seconde pièce du triptyque de Aimé Césaire qui porte sur « le drame des nègres dans le monde moderne » (selon Roger Toumson dans Aimé Césaire dramaturge : le théâtre comme nécessité). Après La Tragédie du roi Christophe (le volet antillais, 1963) et avant La Tempête (le volet américain, 1969), Une Saison au Congo explore le volet africain de cette tragédie et révèle les derniers mois de la vie de Patrice Lumumba, père de l’indépendance du Congo. Aimé Césaire écrit une part de l’histoire de l’Afrique et de ses peuples à travers celle de l’homme Lumumba, il y exalte la force du « poète visionnaire » et la portée de son discours politique. Une dimension qui a convaincu Christian Schiaretti, lui-même « attaché à la puissance du verbe et à la dynamique des idées », de se placer, en tant que metteur en scène, « en sympathie profonde avec l’écriture et la pensée de Aimé Césaire, pour qui le verbe était ‘une arme miraculeuse’ ».

La pièce créée par le TNP se veut « une aventure basée sur l’échange, l’ouverture et un travail collectif » et satisfait cette ambition de diverses manières avec Marc Zinga dans le rôle de Lumumba, aux côtés d’une trentaine de comédiens issus de trois entités différentes, dont un collectif burkinabé ; des compositions originales du pianiste et compositeur Fabrice Devienne ; des transmissions programmées sur France Culture et France Ô. Daniel Maximin prend lui aussi part à cette aventure, dans le rôle de conseiller artistique et dramaturgique. L’écrivain guadeloupéen se fait complice de Christian Schiaretti sur ce projet apportant la connaissance qu’il a de l’écriture de Césaire et de ses pièces où selon lui « défilent une galerie de bâtisseurs ni dieux ni diables, manifestant lucidement la renaissance de la tragédie sur les ruines de l’histoire pour l’enracinement de la liberté : ‘invincible, comme l’espérance d’un peuple… comme la racine dans l’aveugle terreau’. »

Autour de la présentation de la pièce, qui s’étendra du 14 mai au 7 juin 2013, puis du 17 au 26 octobre 2013 au théâtre national populaire, sont fixés d’autres rendez-vous liés à la présentation de la pièce d’Aimé Césaire. Dès le 15 mai, la Maison du Livre de l’Image et du Son de Villeurbanne proposera une soirée hommage à Aimé Césaire à partir de 19 h, au cours de laquelle seront entre autres programmées des « lectures à partir de textes de Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant et Ernest Pépin, ainsi que des poésies et des extraits de Une Saison au Congo, et d’autres essais d’Aimé Césaire ». Par ailleurs, le samedi 18 mai à partir de 17 h, ce sera à Daniel Maximin de réunir le public autour de la pièce d’Aimé Césaire : le « dramaturge de la création Une Saison au Congo convie à un voyage au cœur de l’œuvre et de la vie de ce grand poète martiniquais ».

La pièce (selon Dany Toubiana)
Nous sommes au Congo belge en 1958 lorsque la pièce débute, c’est une période d’effervescence qui va mener le pays à l’indépendance.
Une fois celle-ci acquise se font jour les oppositions et les diverses pressions pour l’acquisition d’une parcelle du pouvoir. Les colonisateurs, qui semblent avoir quitté la scène politique, attisent les dissensions et tentent encore de conserver le pouvoir économique au besoin en encourageant la sécession du Katanga, une des provinces congolaises. Patrice Lumumba, nommé premier Ministre, dénonce ces malversations. L’atmosphère de liberté et de luttes politiques fiévreuses pour la conquête de l’indépendance, puis l’ascension de Patrice Lumumba, sont le sujet de la pièce de Césaire.

Un héros au temps compté, un chemin semé d’embûches, une mort violente et prématurée, tout est là pour créer à la fois le mythe politique et théâtral. À partir de ces faits politiques précis, et à peine transformés, Césaire transfigure la réalité pour faire de Lumumba une figure charismatique à la lucidité exaltée, symbole de toute l’histoire d’un continent.

Loin des « héros positifs » du réalisme socialiste surgissant dans les théâtres de nombreux pays africains qui deviennent indépendants dans les années 60, Lumumba, comme Césaire, est un poète « déraisonnable ». Figure de Prométhée, porteur de feu ou Christ souffrant, l’unité Dieu/homme est ici transformée en Afrique/Lumumba. Le temps de la pièce constitue à la fois un espace et un temps prophétiques ; d’une certaine façon le poète sera l’instrument et la mémoire de cette prophétie.

Une Saison au Congo de Aimé Césaire
Du 14 mai au 7 juin 2013
Mise en scène Christian Schiaretti
Théâtre National Populaire (8 Place Lazare-Goujon – 69627 Villeurbanne cedex)

Lecture-concert, en collaboration avec la Compagnie Persona
Mercredi 15 mai 2013, 19 h
Maison du livre, de l’image et du son (247 cours Émile-Zola – 69100 Villeurbanne)

Rencontre avec Daniel Maximin
Samedi 18 mai à 17 h
Théâtre National Populaire (8 Place Lazare-Goujon – 69627 Villeurbanne cedex)

Thierry Pécou sur France Musique, dans « Les lundis de la contemporaine », le 15 avril 2013

14 avril 2013 Radio Aucun commentaire

France Musique accueille le compositeur Thierry Pécou le 15 avril 2013 dans « Les lundis de la contemporaine » et plus précisément « Le magazine de la contemporaine ». L’émission s’attardera sur l’actualité du compositeur dont la nouvelle œuvre symphonique, Orquoy pour grand orchestre, sera interprétée le 19 avril 2013 à l’Arsenal de Metz par l’Orchestre national de Lorraine.

Chaque semaine, France Musique convie ses auditeurs au concert contemporain, en choisissant les événements les plus marquants et les créations les plus attendues, proposés par les solistes et les ensembles les plus engagés dans le domaine des musiques d’aujourd’hui. Invité de la soirée du lundi 15 avril, Thierry Pécou, dont la « musique s’inscrit dans le souffle épique du Tout-Monde que le prédit poète martiniquais Édouard Glissant et qui n’est pas une totalité uniforme mais la multiplicité imprévisible de toutes nos singularités. Pour Thierry Pécou, la complexité n’est pas l’objet d’un art : elle résulte d’une écoute du monde« .

Le magazine d’Arnaud Merlin choisit de mettre l’accent sur les compositions du « compositeur-voyageur fortement influencé par les musiques latino-américaines« . Thierry Pécou, originaire de la Martinique, « sait également sculpter le son vers le silence pour dévoiler et dépasser un autre silence : celui auquel ont été réduits les peuples et les cultures victimes de l’expansion coloniale de l’Occident« . Au programme musical de la soirée, trois de ses créations réalisées à partir de 2006 : L’Oiseau innumérable, Soleil-Tigre et Vague de pierre.

France Ô diffuse une ambitieuse « Contre-Histoire de la France outre-mer » à partir du 16 avril 2013

En cinq documentaires de cinquante-deux minutes diffusés à partir du 16 avril prochain, la collection « Contre-Histoire de la France outre-mer » raconte la colonisation des territoires ultramarins d’une manière inédite, à travers le regard de ceux qui l’ont subie. Réalisée à partir d’entretiens, d’images contemporaines et d’archives, cette série écrite et réalisée par Dorothée Lachaud et Xavier-Marie Bonnot décrypte la mécanique de la colonisation à partir des grands leviers utilisés par l’empire français : l’économie, l’esclavage, l’éducation, la religion et la répression. Descendants de colons ou d’esclaves, historiens, amiraux galonnés, écrivains en révolte et hommes politiques retracent un passé qui ne passe pas et qui continue d’enflammer les rapports économiques et sociaux d’outre-mer. Pour la première fois et sans s’inscrire à rebours dans les mémoires collectives, « Contre-Histoire de la France outre-mer » offre un éclairage historique transversal qui s’appuie sur l’ensemble des territoires concernés par la colonisation.

Contre histoire de l'outre-mer

Contre histoire de l'outre-mer

L’initiateur de cette collection de cinq films documentaires, Luc de Saint-Sernin, le directeur de la coordination des antennes TV d’Outre-mer 1ère, souhaitait « reprendre cette page de l’histoire de France et inverser la perspective pour que les faits prennent une autre tournure, dresser une « contre-histoire » qui n’est racontée dans aucun manuel… » L’ambition de cette collection est de partir à la recherche des causes et des événements qui font qu’aujourd’hui encore le passé ne passe toujours pas : « l’histoire de la colonisation outre-mer, poursuit-il, a toujours été campée par des récits hauts en couleur. Pourtant, il existe aussi une version en noir et blanc… Pour l’esquisser, nos documentaires se sont mis à l’écoute des historiens de l’outre-mer et ont croisé leur approche avec celle des chercheurs nord-américains. Une lecture inédite qui prend du recul sur l’hier pour mieux comprendre l’aujourd’hui… En outre-mer, la colonisation s’est faite à partir de cinq leviers majeurs, actionnés plus ou moins simultanément : la colonisation par l’enseignement, par la répression, par l’impérialisme économique, par la foi catholique et par l’esclavage. Cinq leviers, cinq films… »

Au fil des épisodes se multiplient les interventions d’écrivains, d’historiens et de personnalités de la vie politique ou sociale de la Caraïbe parmi lesquels Maryse Condé, André Lucrère, Raphaël Confiant, Roger Toumson, Élie Domota, Jacques Adélaïde-Merlande ou encore Serge Letchimy, chacun étant selon son positionnement un observateur critique de l’histoire et de la société antillaise.

Avec cette série qui sera diffusée à partir du 16 avril dans le cadre de l’émission Archipels et, en parallèle, en outre-mer sur les chaînes « 1ère », France Ô respecte parfaitement son cahier des charges qui en fait la « chaîne de la mixité et de la diversité culturelle » et lui demande d’offrir « une vitrine de choix à toutes les composantes qui participent de l’identité de la communauté nationale, en particulier aux populations ultra-marines. » Illustration avec la trame de chaque épisode et le témoignage des auteurs :

Nos ancêtres les Gaulois (le 16 avril)
Au milieu du XIXe siècle, la France devient un État-nation. Il lui faut un mythe fondateur. Quelque chose qui dise aux Bretons, Auvergnats ou Provençaux : « Voilà qui tu es. » Ce sera Vercingétorix, l’ancêtre héroïque, et ses compagnons les Gaulois. On supprime les langues régionales et on impose un modèle, l’école de la République. Et cette « mission civilisatrice » va s’exporter dans tout l’empire français grâce à une institution, l’école, et une langue, le français. De La Réunion à la Guyane, en passant par les Antilles ou le Pacifique, nos ancêtres les Gaulois ont colonisé les esprits.
Dorothée Lachaud : « Il est bien entendu que les écoliers d’outremer n’ont jamais eu de manuel scolaire intitulé ainsi. Mais les programmes d’histoire étaient centrés sur la métropole exclusivement. Aujourd’hui, ce qui est frappant – et c’est tout l’objet de cet épisode –, c’est que réside, dans l’imaginaire ultramarin collectif, la sensation d’avoir été acculturé par ces gauloiseries. Et pour cause ! »

La Loi du plus fort (le 23 avril)
Dans les îles d’esclavage, une société différente a vu le jour. Sans mythes, sans vraies racines, elle est sans doute la plus postmoderne de toutes… Trois grands textes racontent cette évolution hors norme : Le Code noir qui règle la société plantationnaire ; Le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire ; Traité du Tout-Monde d’Édouard Glissant, penseur de la créolité… Trois textes qui disent comment le statut de l’homme noir a évolué, cet homme d’Afrique que la loi du plus fort n’a jamais anéanti.
Xavier-Marie Bonnot : « Cet épisode précise le contenu du Code noir sur lequel on a écrit et dit beaucoup de bêtises, comme le statut d’objet de l’esclave. La réalité demeure plus complexe… Contre-histoire ! Ensuite, les ouvrages d’Aimé Césaire et d’Édouard Glissant prouvent que les Antilles ont donné à la seconde moitié du XXe siècle français ses plus belles lettres. Enfin, force est de constater que le racisme est toujours à l’œuvre et que les sociétés antillaises restent profondément conditionnées par la loi du plus fort… »

Les Positions des missionnaires (le 30 avril)
Deux hommes, deux prêtres, incarnent à eux seuls la présence de l’Église outre-mer. Deux figures contrastées : le père Chanel, missionnaire dans le Pacifique, tué à coups de hache par le roi de Futuna. Le père Labat, missionnaire dominicain, propriétaire d’esclaves, fabricant d’alcool et auteur d’un certain nombre de turpitudes coloniales. Le premier est resté un véritable martyr du Christ, le second préfigure ce qui ne tardera pas à devenir une institution : le clergé colonial. Deux visages d’une même Église qui aura marqué à jamais les sociétés de l’outre-mer.
Dorothée Lachaud : « Bien que n’ayant pas vécu à la même époque et n’ayant pas œuvré sur les mêmes territoires, le père Chanel et le père Labat sont deux missionnaires qui nous montrent comment l’église s’est fondue dans un processus global d’expansion et comment elle a mené, à sa façon, une politique coloniale. Le film pousse aussi les portes d’un monde où l’église possédait des esclaves, mais à l’époque rien de plus normal… puisque les esclaves et les maîtres coexistent dans la Bible et sont donc pleinement intégrés à la culture chrétienne. »

Les Forçats du Pacifique (le 7 mai)
La mémoire du bagne n’a retenu que le récit cruel d’Albert Londres, les destins tragiques de Dreyfus et de Seznec. Des chroniques bagnardes qui éclipsent l’autre grande réalité de la colonie pénitentiaire : son empreinte profonde sur la société. En Nouvelle-Calédonie, le destin des forçats a façonné toute une île. Les descendants des transportés n’ont plus honte de leurs anciens et s’approprient l’héritage de la « grande punition », car c’est leur identité. Un cas unique dans l’histoire… Une histoire inédite.
Xavier-Marie Bonnot : « J’ai découvert à quel point le bagne était présent sur la terre calédonienne et comment il conditionne, encore aujourd’hui, le fonctionnement de toute une île, particulièrement dans le rapport entre Kanaks et Français. C’est à cause du bagne qu’on a confisqué des terres, à cause du bagne qu’on a dressé les Kanaks comme milices pénitentiaires contre les forçats et leurs descendants… »

Pour un morceau de sucre (le 10 mai)
Le long récit de la France ultramarine débute avec des marins intrépides, des planteurs voraces, quatre millions d’hommes-machines, tous nègres, tous esclaves… Elle continue de nos jours, dans ce qui est devenu le deuxième empire maritime au monde. Historiens, amiraux galonnés, écrivains en révolte, hommes politiques, descendants de colons et d’esclaves racontent cette aventure de la puissance. Une contre-histoire qui dit pourquoi le passé des vieilles colonies ne passe toujours pas…
Xavier-Marie Bonnot : « Pour montrer le mécanisme d’une colonisation basée essentiellement sur la satisfaction de futilités, nous avons choisi l’or blanc, le « pétrole » de l’Ancien Régime. C’est pour un peu de douceur dans le café qu’on a réduit en esclavage quatre millions d’êtres humains… Ce raccourci peut surprendre, on peut le dire à l’emporte-pièce, mais il est cruellement vrai… »
À l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, cette diffusion sera suivie d’un débat avec des collégiens.

« La Négritude est un concept destiné à tous les discriminés »

28 mars 2013 Livres Aucun commentaire

Le centenaire de la naissance de Césaire va rythmer l’année 2013 en Martinique, mais aussi un peu partout ailleurs, comme par exemple très prochainement à Verson. Un hommage notamment motivé par le rapport qu’entretient cette ville de Basse-Normandie avec Léopold Sédar Senghor, puisqu’il y a passé les vingt dernières années de sa vie. Le Salon du livre de Paris était également un lieu incontournable où les lecteurs et les auteurs pouvaient se retrouver autour de la pensée et de l’univers littéraire de Césaire. Suzanne Dracius, écrivaine et poétesse martiniquaise, aux côtés de Romuald Fonkoua, auteur d’une biographie très documentée, ont notamment pris part à ces discussions autour de Césaire.

Romuald Fonkoua

Romuald Fonkoua

L’attachement ou la proximité des uns et des autres aux mots et au discours d’Aimé Césaire s’est avéré, lors de cet événement, le moyen le plus concret pour les intervenants de partager avec le public du Salon. Ainsi, si Suzanne Dracius a témoigné de sa relation privilégiée avec l’auteur d’Une saison au Congo, Romuald Fonkoua est lui parti de son premier face à face avec la poésie de Césaire, alors qu’il était encore lycéen. À la demande de Valérie Marin La Meslée, journaliste et spécialiste des littératures afro-caribéennes, sa première intervention portait sur l’une des caractéristiques de l’itinéraire du poète martiniquais, plus précisément sur le choc de sa rencontre avec la ville de Paris. Poussant plus en avant sa réflexion sur l’impact dette métropole sur sa pensée et sur sa personnalité, Romuald Fonkoua tire une analyse circonstanciée de ce que « représente le cas Césaire en matière de formation intellectuelle ». D’après lui, « Paris est un haut lieu de culture parce qu’on n’a pas censuré la culture qui a été distribuée à Césaire ou à Senghor. Lorsqu’ils sont entrés au lycée Louis-Legrand, on ne leur a pas dit « vous êtes des Africains »ou « vous ne pouvez pas connaître le latin ». On ne leur a pas dit : « vous ne pouvez pas apprendre l’histoire ou la philosophie ». On leur a donné la formation de tous ceux de leur génération sans qu’il n’y ait de discussion possible. Et c’est bien à partir de là que Paris va devenir peut-être l’âme de la révolution. C’est-à-dire qu’on leur a donné les moyens de pouvoir s’insurger. On leur a donné les moyens de pouvoir se comprendre eux-mêmes, de pouvoir se libérer. Et il me semble que c’est en ce sens-là que la rencontre avec Paris est une rencontre qui est importante dans l’itinéraire de ces jeunes, qu’ils viennent de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane ou bien d’Afrique noire francophone. »

Césaire, l’Afrique, Haïti
Le rapport de Césaire à l’Afrique et aux africains s’avère multiple. Son amitié profonde avec Léopold Sédar Senghor du Sénégal ou encore le regard qu’il porte sur le destin de Patrice Lumumba dans Une saison au Congo façonnent la relation définitive entre le père de la littérature antillaise et le continent mère. Romuald Fonkoua n’aborde pas la question de cette relation à travers le prisme d’un seul pays, il considère qu‘ »il faudrait parler de Césaire en Afrique noire. Et de Césaire en Afrique noire dans les programmes d’enseignement secondaire ». Comme Alain Mabanckou, il décrit, à travers sa propre expérience, le caractère saisissant de cette connexion entre un homme et un continent tout entier. Une filiation que, quelque part, Césaire amplifie dans l’attachement qu’il voue à une autre terre, celle d’Haïti, avec laquelle il développe une affinité tout aussi dense. Pour Romuald Fonkoua, « Césaire est très connu en Afrique parce qu’il a été un des premiers auteurs noirs à être au programme de l’enseignement secondaire lorsque celui-ci a été nationalisé, c’est-à-dire au début des années 60. Et le texte qui est resté le plus longtemps au programme, jusqu’à aujourd’hui je crois et pour un certain nombre de pays, c’est le Cahier d’un retour au pays natal. Et on ne le lit jamais en Afrique noire exactement de la même manière qu’en France. On ne le lit pas avec le même code, y compris avec le code antillais. On le lit avec des codes africains, c’est-à-dire que, au fond, on a toujours pensé, et moi quand j’étais petit je le pensais aussi, que Césaire était Africain. J’ai découvert en grandissant qu’il était Martiniquais. Je ne savais pas où se trouvait la Martinique ! Il était encore plus Africain que d’autres auteurs africains parce qu’il était le parfait modèle, contesté par personne, alors que Senghor par exemple est très contesté, surtout au Cameroun. Césaire est adulé, c’est le héros, c’est celui qui sait dire non, c’est un vrai personnage mythique, épique. Cette représentation se justifie totalement après coup : quand on entre un peu dans l’histoire, on s’aperçoit qu’en se tournant vers Haïti et en écrivant La Tragédie du Roi Christophe, on mesure l’importance que Haïti a pu avoir dans la vie de Césaire et comment Haïti va jouer un rôle également dans l’histoire de l’Afrique et dans l’histoire de cette littérature africaine. Pourquoi ? Parce que Haïti, c’est dans toute l’histoire de l’esclavage, c’est la perle des Antilles, c’est la plus riche, c’est celle où les métissages sont allés le plus loin. Haïti, c’est un laboratoire de rencontres des peuples et des civilisations, c’est un laboratoire de l’insurrection, c’est un laboratoire de renouvellement des cultures et des civilisations. Et lorsque Césaire pense que c’est l’île dans laquelle le nègre a poussé pour la première fois le cri de sa liberté en disant qu’il croit en son humanité, cela veut dire qu’au fond il a refusé d’être considéré simplement comme étant un esclave noir. Et c’est dans cette île là et nulle part ailleurs. Et c’est dans cette île là parce que l’île s’est soulevée toute seule, elle n’a eu besoin de personne. Les nègres haïtiens ont créé tout seuls une nation et ont créé tout seuls une République. C’est cette conjoncture là que Césaire a voulu pointer du doigt et s’il écrit une pièce de théâtre autour de la figure du Roi Christophe, il va écrire un ouvrage d’histoire pour montrer en quoi la vraie Révolution, la seule, l’unique, ce n’est pas la Révolution française, c’est la Révolution haïtienne. C’est le modèle de toute Révolution. Et je crois que de ce point de vue là, Haïti est encore un modèle ».

Suzanne Dracius, Valérie Marin La Meslée pour les "Variations Césaire" au salon du livre de Paris

Suzanne Dracius, Valérie Marin La Meslée pour les "Variations Césaire" au salon du livre de Paris

La négritude césairienne
Suzanne Dracius, qui a en commun avec Aimé Césaire le pays et la passion pour les lettres, partage aussi avec lui un cheminement littéraire qui l’a, elle aussi, rapprochée de l’île d’Haïti. L’anthologie poétique, Hurricane cris d’Insulaires, qu’elle coordonne en 2005, puis les Prosopopées urbaines où elle s’entretient avec son aîné illustrent une forme de connivence entre les deux poètes. Une entente qui lui permet d’apporter elle aussi sa vision du rapport entre Césaire et Haïti et de le contextualiser : « Haïti, le pays où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait en son humanité. C’est cela qui est important : la première occurrence du mot négritude dans le Cahier apparaît d’abord liée à Haïti et d’autre part liée à la notion d’humanité et donc avec tous les prolongements d’universalité possible de la négritude pour faire taire les détracteurs qui peuvent en fait un concept raciste, un concept exclusif. Au contraire, la négritude est parfaitement ouverte, elle s’étend à l’homme de Calcutta, aux juifs, etc. La négritude est un concept qui n’est pas, justement, destiné à ce que Césaire appelle cette seule race. Non, non, bien évidemment, elle est destinée à tous les discriminés. Il ne s’adresse pas seulement aux Noirs mais au monde entier et, en particulier, à travers l’évocation de la situation un peu inconfortable du métis. C’est peut-être une allusion au Martiniquais Louis Delgrès qui était un mulâtre fils d’un béké de Martinique et qui est, jusqu’à aujourd’hui, un des héros guadeloupéens puisque c’est le héros anti-esclavagiste qui a donné sa vie pour ne pas revenir en esclavage. Je pense que c’est ça qui est peut-être aujourd’hui à recueillir dans nos cœurs et peut-être à transmettre aux générations futures : le côté ouvert de cette négritude césairienne ».

Au fil des échanges, le sujet de la poétique de la Négritude et de son influence sur la littérature enrichit également le débat et, bien entendu, met en lumière d’autres réalités de l’empreinte de Césaire sur la pensée caribéenne, comme l’explique Romuald Fonkoua. Pour avoir traversé l’oeuvre de Césaire de façon très approfondie, il porte un regard transversal sur ce qui rapproche Césaire d’un autre grand comme Glissant. Deux auteurs dont il explore les styles et les thèmes. Pour ce spécialiste en littérature contemporaine et des cultures d’Afrique et des Antilles, « le passage de Glissant à Césaire m’a permis de comprendre que Glissant est le meilleur commentateur de Césaire. Il a tout lu, il a tout compris, il a tout digéré, et toute la théorie que Glissant va développer après sera une extension beaucoup plus grande, beaucoup plus profonde, beaucoup plus aboutie, de ce qui se trouve déjà en germe dans la pensée de Césaire. Au fond, si j’ose dire, Glissant fait ce qu’il fait parce qu’il a fait des études philosophie et qu’il est capable de théoriser tout de suite. Césaire ne théorise pas, ce n’est pas son propos, ce n’est pas dans ses habitudes mais ce n’est pas dans sa génération non plus. Tout le propos de Glissant consiste à bien mettre en valeur la pensée de Césaire. C’est après que certains vont croire que Glissant est allé contre Césaire. C’est la génération qui suit qui fait une mauvaise lecture de Glissant. Pas une mauvaise lecture en soi mais une mauvaise lecture parce que les conditions historiques et politiques de l’époque entraînent une sorte de choix dans la pensée de Césaire, une sorte de défense de ce qui peut être justement une certaine identité rejetée ou reniée. Pour dire les choses de façon très claire, les défenseurs de la créolité, qui empruntent bien sûr à Glissant en faisant comme si Glissant était un anti-Césaire, tirent les propos de Glissant vers leur but idéologique et renient en quelque sorte la dimension « créoliste » de Césaire parce que cela ne les arrange pas idéologiquement parlant. Cela ne les arrange pas parce que la portée du discours était faible. Tandis qu’au fond il s’agit bien d’un discours qui entre dans le milieu politique par le biais du manifeste. Un manifeste, c’est un essai de « bonne mauvaise foi » sinon le manifeste n’a pas de valeur. On a une intention que l’on voudrait atteindre, en tirant tous les arguments vers son sens. Césaire avait-il fait autre chose quand il a écrit le Discours sur le colonialisme ? Il y a une certain nombre de choses sur lesquelles il va revenir un peu plus tard, à l’âge de la sagesse. C’est parce qu’il y a cette démarche que l’on croit qu’il y a une différence entre Glissant et Césaire mais il n’y en a pas. Il y a des modalités de compréhension de la même réalité, des modalités d’explication de la même réalité ».

Aimé Césaire sera encore célébré tout au long de l’année, de nombreux rendez-vous qui favoriseront encore les débats et les témoignages de ceux qui connaissent sa poétique et son discours. Nous aurons bien entendu de multiples occasions d’y revenir très bientôt.

Aimé Césaire (biographie)
Romuald Fonkoua
Éditions Perrin (au format de poche chez Tempus)

Hurricane, cris d’Insulaires
Suzanne Dracius
Éditions Desnel, 2007

Prosopopées urbaines, anthologie d’inédits, (entretien entre Aimé Césaire & Suzanne Dracius en introduction)
Coordonnée par Suzanne Dracius
Éditions Desnel, 2007

[Edit : le chapeau a été modifié le 28 mars à 18 h 20 à la suite d'un signalement d'Isabelle Lamy, responsable de l'Espace Senghor à Verson, sur la durée du séjour de Léopold Sédar Senghor dans la ville]

Des chercheurs explorent les « Mémoires et imaginaires du Maghreb et de la Caraïbe »

Publié sous la direction de Samia Kassab-Charfi et Mohamed Bahi, Mémoires et imaginaires du Maghreb et de la Caraïbe rassemble des contributions dont la conjugaison permet de mieux cerner ce qui rapproche ou ce qui éloigne la poétique de ces deux espaces-monde.

Mémoires et imaginaires du Maghreb et de la Caraïbe

Mémoires et imaginaires du Maghreb et de la Caraïbe

Le livre, dédié à la mémoire de Frantz Fanon et d’Édouard Glissant, fédère les travaux d’universitaires du Maroc, des États-Unis, de Tunis et bien entendu de la Martinique et de la Guadeloupe. Ils explorent la poétique des auteurs de la Caraïbe et du Maghreb, de leur appréhension de l’Histoire ou de l’esthétique et établissent des études comparatistes réparties sur quatre chapitres.

Le volume s’ouvre sur les précieux avant-dires d’écrivains contemporains représentatifs des imaginaires des deux univers évoqués : Patrick Chamoiseau, Monchoachi (André Pierre-Louis), Ernest Pépin pour la Caraïbe ; Abdelwahab Meddeb et Boualem Sansal pour le Maghreb. À travers les poétiques de Fanon, Césaire, Kateb Yacine, Édouard Glissant ou Mohammed Khaïr-Eddine sont étudiées les « Confluences littéraires : les figures tutélaires » et par la suite les « Croisements intertextuels et transculturels », volet dans lequel on retrouve notamment une étude de Jacqueline Couti intitulée « Corps féminin et espace domestique chez T. Ben Jelloun et P. Chamoiseau ». Enfin, après un troisième volet « Histoire et Mémoire », l’ouvrage mesure les sémiotiques et s’arrête sur la nature du langage visuel chez différents auteurs. Ainsi, Inès Moatamri confronte les « Connaissances du paysage chez Édouard Glissant et Mohammed Dib » et Samia Kassab-Charfi termine par le chapitre « Ernest Breleur (Martinique) et Tahar M’Guedmini (Tunisie/Djerba): deux plasticiens à corps perdu ».

Mémoires et imaginaires du Maghreb et de la Caraïbe
Cet ouvrage entend dépasser les clivages régionaux en jetant des passerelles comparatistes effectives entre la Caraïbe et le Maghreb.

Chacune des dix-sept contributions veut faire valoir les points de recoupement historiques, politiques et culturels articulant les deux aires par-delà leurs différences. La complexité du rapport à l’identité, à l’origine ou au lieu est sondée, à la lumière d’œuvres maghrébines et antillaises partageant un même fonds intertextuel. Les engagements politiques, les dialogues qui se tissent entre des auteurs majeurs (Frantz Fanon, Aimé Césaire, Kateb Yacine, Édouard Glissant ou Mohammed Khaïr-Eddine, pour ne citer qu’eux) prennent appui sur des références communes déterminant les inflexions singulières de l’énergie créatrice.

Ont participé à ce volume : Abdelbaki Allaoui, Mohamed Bahi , Dominique Berthet, Patrick Chamoiseau, Jacqueline Couti, Corina Crainic , Catherine Delpech; Thomas Demulder, Émile Eadie, Adel Habbassi, Samia Kassab-Charfi, Jean Khalfa, Yasmine Khodhr, Abdelwahab Meddeb, Inès Moatamri, Monchoachi, Manuel Norvat, Ernest Pépin, Boualem Sansal, Ridha Tlili, Caroline Ziolko.

Mémoires et imaginaires du Maghreb et de la Caraïbe
Sous la direction de Samia Kassab-Charfi et Mohamed Bah
Éditions Honoré Champion (collection : Poétiques et esthétiques, XXe-XXIe siècles)
336 pages, 75 euros

Arthur H, « le conteur blanc d’un or noir », au Théâtre du Rond-Point à Paris

Arthur H s’installe au Théâtre du Rond-Point de Paris jusqu’au 3 février 2013 avec son spectacle L’or noir, une lecture musicale de texte de poètes antillais.

L'Or noir © Emmapic

L'Or noir © Emmapic

En tournée depuis 2012 avec ce spectacle, avec notamment des passages au festival Étonnants voyageurs (à Port-au-Prince, puis à Saint-Malo), Arthur H, accompagné de Nicolas Repac, entraîne son public « dans un parcours poétique, rythmique et sonore« , empruntant pour ce faire à la poésie caribéenne. Parmi les auteurs choisis, des incontournables parmi lesquels évidemment Aimé Césaire (Cahier d’un retour au pays natal, Les Armes miraculeuses), René Depestre (Le métier à tisser) et Édouard Glissant (La Cohée du Lamentin). Mais on y entend aussi celle du plus contemporain James Noël (Des poings chauffés à blanc), aujourd’hui résident de la Villa Médicis, dans le cadre d’un cycle consacré à la littérature contemporaine. En somme, des poètes « qui vivent et écrivent en français au XXIe siècle, qui évoquent la terre, l’amour, les racines et les rêves, la fièvre et le tremblement, au cœur du monde, du tout-monde » comme le précise Nadine Eghels, responsable du montage des textes.

Arthur H se fait ici conteur des textes d’auteurs noirs, il leur prête sa voix et leurs mots s’adaptent à ses rythmes comme le confirme de façon éloquente Dany Laferrière, l’un des neuf auteurs que l’artiste interprète dans L’or noir (avec L’Énigme du retour). Dany Laferrière traduit ainsi le voyage d’Arthur H dans sa poésie : « Enfant, j’ai entendu quelqu’un dire que les nègres étaient des gens qui vivaient le long du fleuve Niger, et cela m’avait tant touché que souvent, la nuit, je filais là-bas. Il n’était pas question de race, ni de couleur, mais d’un lieu où l’on pouvait se rendre, en suivant le fil rouge de la nuit. Je dis cela parce qu’après t’avoir entendu, Arthur, je suis retourné là-bas où je t’ai retrouvé.(…) et cette voix qui nous vient du fond de la bananeraie, langoureuse et élégante, comme un hamac l’aurait fait s’il savait chanter, parfois grave et sèche comme une lampée de rhum, pour s’éteindre doucement afin de faire corps avec la nuit : c’est celle d’un jeune homme du nom d’Arthur H. Il a trouvé la route qui mène au fleuve, simplement en murmurant des poèmes ramassés çà et là, et qu’il nous chantera avec son vieux complice Nicolas Repac. »

Cette pertinente attraction entre Arthur H, le conteur, la poésie de ces auteurs et la musique de Nicolas Repac a fait naître un album. Mais, jusqu’en avril 2013, le public pourra encore assister à ce mariage dans plusieurs salles en France. Il y constatera ce qui, pour Arthur H, apparaît comme une évidence : « la poésie noire de Aimé Césaire jusqu’à Dany Laferrière, du Sénégal à Haïti, c’est un miroir précieux qui me recentre, qui me reconnecte . J’ai essayé de trouver le son et le rythme de ces mots et de m’effacer derrière leur musique« .

L’Or noir – Lecture musicale
Depuis le 15 janvier
jusqu’au 3 février 2013, 18 h 30 (relâche les lundis et les dimanches 20 et mardi 25 janvier)
Réservations au 01 44 95 98 21
sur www.theatredurondpoint.fr ou sur www.fnac.com

Le Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde 2012 remis le 14 décembre au musée Dapper

La cérémonie de remise du 23e édition du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde se tiendra le 14 décembre 2012 à Paris. Dans le cadre de ce prix littéraire présidé jusqu’en 2011 par Édouard Glissant, des membres du jury et de précédents lauréats participeront à diverses rencontres, à partir du mardi 11 décembre.

Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde

Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde

Le prix Carbet met à l’honneur « une œuvre de la Caraïbe, ouverte aux imaginaires et aux identités multiples, particuliers et complémentaires ». Le principe de cette distinction repose sur le caractère immuable de la créolisation du monde que les lauréats successifs depuis 1990 ont pu illustrer à travers leurs œuvres littéraires ou leur action.

En 2012, après Léonardo Padura en 2011, l’Institut du Tout Monde permettra de nouveau que soit distinguée une personnalité qui contribue à révéler « un monde éloigné d’un universel généralisant« . Il perpétue ainsi l’ambition de départ : « contribuer à une meilleure compréhension des phénomènes et processus de créolisation et favoriser la diffusion de l’extraordinaire diversité des imaginaires des humanités, qui s’expriment, se disent, se relayent et se relient, à travers la multiplicité des langues, la pluralité des expressions artistiques et des modes de vie nouveaux ».

Le Prix et la Bourse Édouard Glissant pour commencer
Le jury commencera sa semaine en assistant à la remise du Prix et de la Bourse Édouard Glissant le mardi 11 décembre 2012. Ce 10e prix, créé en 2004 « pour honorer une œuvre artistique marquante de notre temps selon les valeurs poétiques et politiques d’Édouard Glissant » et initié par l’université Paris 8, récompensera pour la première fois deux lauréats : la photographe Anabell Guerrero et l’écrivain Michaël Ferrier. Quant à la bourse d’étude Édouard Glissant (5 000 euros), elle sera attribuée à Hiroshi Matsui pour son projet de thèse de doctorat Deux cartographies de la relation (Aimé Césaire, Kateb Yacine, Édouard Glissant).

Le Musée Dapper accueillera ensuite, le 14 décembre, la cérémonie de remise du prix Carbet, au cours de laquelle les invités pourront apprécier un extrait du film de Hind Meddeb Au Pays de Glissant et une création autour des œuvres de ses 22 lauréats. Plusieurs rendez-vous sont programmés : ainsi un débat sur le thème des Causes communes est organisé au New Morning. Dès le lendemain, les auteurs du Prix prendront part à une table ronde avec pour thématique les Nouvelles créations poétiques : cartographies et tracés imprévus. Parmi les rendez-vous à noter durant les quatre journées, celui avec Ernest Breleur qui expose actuellement à la Maëlle galerie, Le vivant de questions en questions. Outre la conférence du 13 décembre programmée dans le cadre du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde, l’artiste plasticien martiniquais exposera du 7 décembre 2012 au samedi 26 janvier 2013. Son travail artistique et son univers créatif sont ainsi définis par Ernest Breleur : « Ici, la matière et la lumière se liguent pour l’apparition d’un étrange. Mes sculptures donnent à voir le moins de matière que possible. Chacun des objets trouve sa consistance physique dans une superposition de lamelles fines construites de matière et de lumière ».

Le Prix Carbet de la Caraïbe, devenu Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde, est présidé depuis 2011 par Patrick Chamoiseau qui participera à plusieurs événements prévu dans le programme des manifestations. Le jury, quant à lui, se compose d’auteurs issus de la Caraïbe et de divers autres pays. On y retrouve par exemple l’écrivaine et essayiste québécoise Lise Gauvin, la poétesse cubaine Nancy Morejon, la romancière haïtienne Evelyne Trouillot (prix Carbet 2010) ou encore le rédacteur en chef de la revue Présence africaine, Romuald Fonkoua.

* Maëlle Galerie : galerie d’art contemporain en ligne, a pour vocation de fédérer de nouvelles pratiques artistiques contemporaines. Au travers des artistes qu’elle représente, elle formule le vœu d’incarner une certaine « cohérence-hétéroclite affirmée« .

France Culture diffuse « Une anthologie parlée d’Aimé Césaire » dans l’émission La poésie n’est pas une solution le 22 août à 15 h (heure de Paris)

21 août 2012 Radio Aucun commentaire

La poésie n’est pas une solution est un rendez-vous radiophonique programmé par France Culture cet été, du lundi au vendredi de 15 h à 16 h, qui « se propose de donner à entendre les voix poétiques contemporaines majeures du monde entier« .

Le numéro du 22 août sera consacré à Aimé Césaire, reconnu comme l’un des plus grands poètes de langue française du XXe siècle, sous la forme d’une « anthologie parlée », c’est-à-dire un recueil d’entretiens accordés par un poète une vie durant et puisés dans les archives sonores de l’INA. « L’occasion de percevoir sur quoi les mouvements d’une œuvre se fondent et comment la voix et le souffle de l’écrivain vibrent projectilement au fil du temps. »

Frank Smith, le producteur de l’émission, avait consacré une autre anthologie parlée le 20 août à Édouard Glissant. Cette anthologie est disponible en écoute à la carte ou en podcast sur le site Internet de la station.

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  • Marius CATORC: Je suis très heureux de constater que le travail colossal accomplit par Bernard ASCAL, pour la réalisation et la sortie en 2008 du double CD sur "CAH...
  • Vanmai Jean: Cher Daniel, Ta persévérance commence à "payer"... Malgré l'hostilité des "intellectuels bien pensants" sur le même sujet ! Bravo !...
  • Alain LAPLACE: Un grand merci à Daniel Jonas Rano qui a orienté ma lecture vers ce poète humaniste guyanais dont j'ignorais qu'il était co fondateur du mouvement de ...
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