Au musée du Quai Branly à Paris, Héla Fattoumi et Éric Lamoureux déploient Poétique des Ailleurs, une traversée chorégraphique inspirée par la pensée d’Édouard Glissant, les week-ends des 7 et 14 février 2026.
À la tête de Viadanse, centre chorégraphique national de Bourgogne-Franche-Comté, le duo composé d’Héla Fattoumi et Éric Lamoureux présente et invite des artistes pour deux week-ends où la scène devient un territoire d’échos et de circulations des imaginaires. Le musée convie les deux artistes dont la volonté esthétique est « de construire une identité artistique fondée sur une relation en perpétuelle évolution et sur une circulation ininterrompue des imaginaires ». Depuis 2015, les deux chorégraphes imaginent avec Poétique des Ailleurs une série de spectacles inspirés par le concept d’identité-relation développé par Édouard Glissant.
Pour cette traversée, ils invitent Clémence Baubant et Léo Lérus à partager l’espace où déployer ces imaginaires durant deux week-ends successifs, offrant au regard du public des lieux où dialoguent les cultures et où les différences se frôlent, se répondent, se transforment.
Les 7 et 8 février 2026, la programmation cheminant en zone Caraïbe s’ouvre avec Parades, de et avec Clémence Baubant, de la compagnie Empreintes. La pièce sera suivie de Gounouj in situ, de Léo Lérus, pour la compagnie guadeloupéenne Zimarèl. À partir de 17h, Héla Fattoumi et Éric Lamoureux présentent Tout-Moun, création de Viadanse.
Avec Tout-Moun, les chorégraphes composent « une ode à la Poétique de la relation et du vivant en perpétuelle mutation, tenue de bout en bout par la générosité de dix interprètes à l’énergie débordante ». La scène du théâtre Claude Lévi-Strauss sera un lieu vibrant, traversé par le souffle collectif.
Clémence Baubant, « nourrie par des origines caribéennes (…), est d’une nature rhizome ». En résonance avec le penseur des imaginaires Édouard Glissant, elle, interprétera Parades, poursuivant à travers ses créations et performances son « obsession pour les questions de mémoire, de trace et de transmission » et « sa réflexion sur le sujet de l’identité », comme le détaille sa biographie. Sa pièce, portée par la compagnie Empreintes, sonde les mythologies et les récits de la Caraïbe. Lui succèdera Gounouj in situ, de la compagnie Zimarèl, où Léo Lérus, lui aussi animé par la force des rencontres entre diverses cultures et danses, inscrit le mouvement dans un dialogue sensible entre réalités et héritages.
Au fil des créations, les imaginaires cheminent et conversent. En plusieurs espaces se croisent des danseurs de la Caraïbe, de l’Afrique, de l’Europe : une géographie vivante des lieux et des expériences et des mémoires.
Les 14 et 15 février 2026, Viadanse prolonge l’exploration avec Les Auras, pour « faire naviguer les imaginaires entre les lieux et les époques ! », puis Akzak, « un voyage par-delà les frontières, porté par l’irrésistible vitalité des danseurs et la force d’un percussionniste prodigieux (…) une pièce dédiée à la jeunesse, entre l’Afrique et l’Europe, dans un désir de faire œuvre commune ».
Au cœur du musée du Quai Branly, une poétique en mouvement : celle d’identités ouvertes, en relation, toujours en devenir à découvrir durant deux week-ends.
Parades, interprété par Clémence Baubant
Parades est une collection de solos chorégraphiques pensée comme une série de portraits. Le projet s’inscrit dans la continuité de recherches et de créations consacrées aux rites et aux mythologies de la Caraïbe.
Conçu comme un espace d’expérimentation, Parades met en jeu les corps, les souffles et les voix. La pièce porte le désir de réveiller des fantômes, de questionner des mythes enfouis et de réinventer un imaginaire héroïque. La démarche explore les bricolages identitaires et la réaction des corps naviguant dans une identité composite, dans une recherche à la fois intime et universelle.
La création s’appuie sur un canevas d’inspirations et de récits personnels : la figure iconique de Joséphine Baker, celles de Maman Dlo et de la Djabless dans la mythologie caribéenne, ainsi que la pratique vocale traditionnellement masculine du bouladjel en Guadeloupe.
Gounouj in situ
Gounouj in situ puise son inspiration dans le site de Gros Morne/Grande-Anse (Deshaies, Guadeloupe)qui se caractérise par son équilibre quasi parfait entre faune, flore et conditions atmosphériques. Aujourd’hui, cet équilibre est menacé par les actions humaines.
La question de la préservation de nos environnements suscite un ressenti complexe, mêlant affliction, découragement et dépit, mais aussi espoir et aspiration vers le positif. En dialogue avec ses sentiments partagés, Gounouj in situ propose une composition effrénée et envoûtante, où la performance, débarrassée de tout superflu esthétique, revient à l’essence même du geste, en communion organique avec la terre.
Tout-Moun
Avec Tout-Moun, Héla Fattoumi et Éric Lamoureux poursuivent leur quête de mise en relation des imaginaires. Le titre, qui signifie « tout un chacun, toute personne, tout le monde » en créole, est un clin d’œil à l’ouvrage Tout-Monde du poète-romancier Édouard Glissant, dont la pensée guide le chemin des chorégraphes pour appréhender le monde et sa complexité.
Dans une dynamique de brassage, dimension essentielle de leur travail, ils constituent un groupe de dix danseurs aux cultures chorégraphiques très diverses, chacun apportant et transmettant sa propre musicalité. La partition sonore, composée par Raphaël Imbert (saxophone) et Benjamin Lévy (logiciel OMax), libère quant à elle la force d’un jazz puissant et inventif.
Sur scène, les singularités de chacun s’incarnent et s’entremêlent dans les corps, les sons, les langues et les voix, au cœur d’une scénographie hybride, alternant projections sur voiles et plateau épuré, et évoquant des paysages luxuriants et mystérieux.