Jacqueline Manicom, là où naissent les combats, sur France 3 le 9 mars 2026

Dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, France Télévisions propose Jacqueline Manicom : une voix pour les femmes, un documentaire qui suit la trajectoire vibrante de cette militante guadeloupéenne œuvrant au plus près du réel et au cœur des luttes féminines des années 60 jusqu’à sa disparition en 1976.

Jacqueline Manicom : une voix pour les femmes sera diffusé le lundi 9 mars à 23h35 sur France 3. Écrit et réalisé par Martine Delumeau, ce documentaire retrace le parcours fulgurant de Jacqueline Manicom (1935-1976), sage-femme, écrivaine et militante féministe dont la trajectoire personnelle et professionnelle demeure d’une brûlante actualité.

Dès les premières minutes, la lecture d’un extrait de sa lettre de suicide impose la rudesse des combats qu’elle s’est choisis. Puis, à travers son propre témoignage, c’est toute une époque qui se dessine : celle d’une femme, d’une femme noire dans la France des années 60, dont les convictions féministes prennent racine dans une enfance en Guadeloupe, aînée d’une famille très nombreuse. Être sage-femme est pour elle « plus qu’un métier » : une position d’observation et d’engagement. Elle décrit ce qui dans ses mots apparaît comme une vocation absolue, « un poste particulièrement privilégié pour observer les femmes, j’ai vu leurs vulnérabilités, leurs doutes et leurs peurs, mais j’ai aussi vu leur force et leur puissance ». Son exercice en milieu hospitalier, son regard sur le paternalisme médical, son implication dans la création du planning familial en Guadeloupe et l’exercice de ses fonctions dans l’Hexagone à partir de 1964 nourrissent une réflexion constante sur la libération du corps des femmes et sur leurs droits.

Le film ne se contente pas de faire entendre sa voix : il la met en perspective grâce aux témoignages de personnalités qui ont connu son engagement et mesuré l’ampleur de son influence. Il éclaire aussi les contextes, en Guadeloupe comme à Paris, qui ont guidé l’écriture de ses romans, Mon Examen de blanc (1972) et La Graine : Journal d’une sage-femme (1974), révélant combien l’écriture prolongeait le combat. À travers ce portrait sensible, c’est la cohérence d’un parcours qui apparaît : celui d’une professionnelle dont le métier a façonné la militante, d’une femme dont l’expérience intime et sociale a déterminer les prises de parole. Un rendez-vous qui invite à découvrir une figure dont la voix continue de résonner.

Jacqueline Manicom : une voix pour les femmes, par Martine Delumeau
Jacqueline Manicom fait partie de ces personnalités qui devraient figurer dans les manuels d’histoire, mais dont pourtant personne ne connaît le nom. Cofondatrice du premier centre de planning familial des Outre-mer, membre active du Mouvement de libération des femmes (MLF) et du secrétariat national de l’association Choisir la cause des femmes, ses engagements sont aussi nombreux que cruciaux. Pourtant, le parcours de cette sage-femme et militante proche de Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi a été effacé du roman national. Portrait d’une femme et de ses combats, à la frontière de l’intime et du politique.

Originaire de Guadeloupe, Jacqueline Manicom grandit au sein d’une famille modeste, témoin impuissante des vingt grossesses de sa mère en deux décennies, dont dix enfants ne survivront pas. Contrainte d’assumer les responsabilités familiales et de veiller sur ses frères et sœurs, l’aînée de la fratrie renonce à son rêve de devenir médecin. Mais sa vocation d’aider les autres ne faiblit pas. Devenue sage-femme, elle décroche son premier poste à l’hôpital Bichat, en région parisienne, au cours de l’année 1958. Une profession qui changera le cours de sa vie. Dévouée et attentionnée, Jacqueline Manicom mettra au monde plus de six mille bébés durant sa carrière.

À Paris, elle tombe rapidement enceinte d’un interne rencontré sur son lieu de travail. Leur union se heurte au refus catégorique de sa belle-famille, qui impose le divorce. Face à ce qu’elle considère comme du racisme, la jeune femme portera ce traumatisme pendant de longues années.

De retour en Guadeloupe, c’est une révolte viscérale qui la pousse à fonder sur son île le tout premier centre de planning familial des Outre-mer en 1964 avec d’autres militant(e)s. Pour cette femme engagée, la lutte pour l’IVG et la contraception, aussi essentielle soit-elle, ne représente que la partie émergée de l’iceberg. Pour émanciper totalement les femmes, il faut révolutionner la façon dont celles-ci sont globalement perçues et traitées, et tout particulièrement dans le milieu médical.

Remariée à un professeur agrégé de philosophie, cette militante infatigable côtoie les grandes figures du féminisme comme Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi. En 1972, Jacqueline Manicom intervient en tant que témoin de moralité au célèbre procès de Bobigny, et plaide pour le droit à l’avortement. Figure de proue du combat pour les droits sexuels et reproductifs, elle consigne son expérience dans deux livres, Mon examen de Blanc et La Graine : journal d’une sage-femme, où elle expose les carences du système médical et la souffrance des femmes en couches.

Ses engagements ne seront pourtant jamais reconnus à leur juste valeur. Née femme, pauvre et racisée, celle qui aura passé chaque minute de sa vie à lutter pour les droits des femmes ne parviendra pas complètement à faire reconnaître les siens, et mettra fin à ses jours le 22 avril 1976.

Près d’un demi-siècle après, à travers la voix et les images, Jacqueline Manicom se raconte. Grâce aux témoignages exceptionnels de ses proches et de personnalités publiques, dont la journaliste et écrivaine Claude Servan-Schreiber et le médecin et homme politique Jacques Bangou, retour sur le combat d’une sage-femme, autrice et militante féministe, oubliée de l’Histoire. L’occasion de replacer cette pionnière au centre du récit national français.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *