Sur France 5, Matthieu Verdeil retrace dans Claude McKay, errances d’un poète révolté le parcours incandescent de cette figure pionnière des luttes et des imaginaires noirs du XXe siècle.
Avec Claude McKay, errances d’un poète révolté, le réalisateur Matthieu Verdeil signe un portrait dense et incarné d’une figure de la modernité littéraire et politique : Claude McKay. Un documentaire diffusé le 12 avril à 22 h 40 sur France 5.
Romancier, poète, penseur engagé, Claude McKay naît à Sunny Ville, en Jamaïque, où il publie dès 1912 Songs of Jamaica, première manifestation d’une œuvre qui ne cessera de conjuguer lyrisme et combats. Arrivé aux États-Unis dans les années 1910, il s’installe à New York à partir de 1914 et s’impose rapidement comme une voix majeure, notamment avec le poème If We Must Die, écrit en réaction aux violences raciales et qui résonne dès les premières minutes du documentaire.
Son itinéraire épouse les secousses du monde : à Londres entre 1919 et 1921, où il s’implique dans les luttes raciales et ouvrières notamment à travers l’écriture, et par la suite en Russie où ses écrits font également date. Il arrive à Paris et s’inscrit dans un réseau d’intellectuels noirs en pleine effervescence, où se croisent notamment le Guyanais Léon-Gontran Damas et le Martiniquais Aimé Césaire. Figure engagée de la Renaissance de Harlem, Claude McKay s’impose alors comme un précurseur majeur de la conscience noire moderne, dont l’influence marquera durablement les fondateurs de la Négritude.
Marseille, port d’ancrage et d’inspiration
C’est, entre autres, à Marseille que l’œuvre de McKay trouve un ancrage singulier. Lors de son long séjour hors des États-Unis, l’écrivain découvre la cité phocéenne, s’y attache profondément et s’en imprègne. Il y puise la matière de Banjo (1921) et du roman posthume Romance in Marseille (1933), publié en 2020 et traduit en français en 2021.
Ville-monde avant l’heure, Marseille devient sous sa plume un théâtre des circulations diasporiques, des identités mouvantes et des solidarités invisibles. Le documentaire de Matthieu Verdeil revient sur cette relation intime entre un écrivain en errance et une ville portuaire ouverte, où se croisent marins, exilés et rêveurs.
Matthieu Verdeil, lui-même profondément lié à Marseille, s’attache depuis des années à retracer l’itinéraire littéraire et politique de McKay et nous présente ce « révolutionnaire inclassable » qui « explore toutes les marges ». Il partage à travers le film un attachement qui prend racine dans une découverte fondatrice : « j’ai eu un coup de foudre pour ce Jamaïcain qui, ayant vécu à Marseille il y a cent ans, a aimé ma ville. J’ai découvert l’extraordinaire aventurier, son goût pour la musique dans Banjo, puis le McKay politique, le panafricanisme, la pensée afro-diasporique… » (Télérama n°3978).
Claude McKay, errances d’un poète révolté
Romancier et poète né en Jamaïque, Claude McKay a parcouru le monde de l’entre-deux-guerres en vagabond visionnaire, poète insoumis et pionnier de la conscience noire. Des milieux littéraires new-yorkais à l’intelligentsia parisienne, des cercles du pouvoir bolchéviques aux bas-fonds du port de Marseille, cet homme de lettres a tissé des liens avec certains des plus grands noms de son époque, de Charlie Chaplin à W.E.B Du Bois, en passant par Trotsky ou Fitzgerald, tout en fraternisant avec les marins et trimardeurs de toutes les diasporas noires.
Nourri par ses rencontres et ses expériences sur plusieurs continents, il a laissé une œuvre vibrante (poésie, romans et essais) portée par une philosophie radicale et visionnaire, qui a inspiré la Renaissance de Harlem aussi bien qu’Aimé Césaire et les penseurs de la négritude. Son poème-cri, If We Must Die, écrit il y a un siècle contre les lynchages, résonne encore aujourd’hui avec la même urgence que les slogans de Black Lives Matter.
Le film retrace la vie exceptionnelle de cette figure clé de la littérature africaine-américaine à la croisée des aspirations artistiques et politiques les plus importantes du début du XXe siècle.
Porté par la voix de Gaël Faye qui nous fait entendre la parole vibrante de Claude McKay, ce documentaire nous fait redécouvrir quelques-unes de ses plus grandes œuvres trop longtemps éclipsées : Banjo, Romance à Marseille, Un sacré bout de chemin… et nous offre, grâce à des archives inédites, une odyssée à travers l’histoire du début du XXe siècle.
Un regard contemporain sur une trajectoire radicale
Le film ne se contente pas de retracer une biographie : il redonne chair à une pensée en mouvement, à une œuvre qui interroge encore notre présent. McKay, disparu en 1948, apparaît ici comme un éclaireur dont les combats résonnent avec les enjeux contemporains. Récompensé par le Prix du jury de la ville de Pessac et le Prix des lycéens du documentaire d’Histoire lors du Festival international du film d’histoire de Pessac 2025, le documentaire s’impose comme une référence.
Plus largement, un certain nombre d’événements autour de la figure et de l’œuvre de McKay sont à retrouver sur McKay100ans.com, ce qui permet de mesurer plus encore la portée d’une œuvre qui n’a rien perdu de sa force critique ni de sa modernité.