Du 17 au 19 avril 2026, le Festival du Livre de Paris met à l’honneur une scène d’autrices caribéennes aux écritures plurielles. Parmi elles, Alecia McKenzie, présence confirmée de la littérature jamaïcaine contemporaine, dont le recueil Marins désarmés, paru récemment, constitue l’une des actualités.
Dans les allées du Festival, qui accueillera le kiosque d’éditeurs des Outre-mer, la littérature caribéenne s’affiche à travers un ensemble d’autrices qui renouvellent ou prolongent les écritures et les imaginaires et font entendre des voix à la fois singulières et profondément ancrées dans leurs territoires. Au croisement des récits intimes et des héritages collectifs, ces écrivaines dessinent une cartographie sensible de la Caraïbe contemporaine, où les questions d’identité, de transmission et d’exil occupent une place centrale.
Durant un weekend, le Festival du Livre de Paris 2026 permettra d’aller à la rencontre d’une scène d’autrices caribéennes aux écritures plurielles, parmi lesquelles Alecia McKenzie, et son recueil Marins désarmés paru en mars dernier (Atlantiques déchaînés) ou encore la Martiniquaise Gaël Octavia, Goncourt de la Nouvelle 2025 avec L’étrangeté de Mathilde T. et autres nouvelles (éd. Gallimard, collection Continents Noirs). Romans, nouvelles, poésie, récits de vie : ces voix féminines explorent des formes multiples et des thématiques fortes, telles que l’identité, la transmission ou encore l’exil. Elles iront à la rencontre du public lors de séances de dédicaces tout au long du salon, offrant ainsi l’opportunité d’échanger autour des ouvrages qui les ont révélées ou distinguées.
Des récits ancrés dans l’histoire et l’intime
Parmi les voix présentes, celle de Gaël Octavia, déjà très remarquée avec La bonne histoire de Madeleine Démétrius (Caraïbéditions, collection Îles en poche), un roman dans lequel la romancière et dramaturge martiniquaise explore les failles de l’amitié, les non-dits et les trajectoires sociales. À travers la voix d’une narratrice confrontée à son passé, l’ouvrage interroge les lignes de fracture entre milieux sociaux, mais aussi les liens complexes qui unissent les individus à leur histoire personnelle et collective. Une œuvre que le public pourra découvrir et prolonger en échangeant avec l’autrice au fil du salon. Également présente pour les anthologies poétiques (Idem Editions), présentées par Suzanne Dracius, Gaël Octavia s’inscrit dans une dynamique plus large où la poésie et le collectif viennent enrichir les voix individuelles.
Cette attention portée aux trajectoires humaines se retrouve dans L’ex-île, la ruée vers l’ombre (éd. Nèg Mawon), recueil de nouvelles d’Enide Darius. À travers une série de récits, l’autrice explore les tensions entre attachement à la terre natale et nécessité du départ, les fractures familiales ou encore les héritages historiques. « Ancrées dans la culture et l’histoire des Antilles, ces histoires vibrantes et puissantes dressent le portrait d’une humanité à la fois fragile et résistante » : une formule qui résume bien l’équilibre qu’elle trouve entre dureté des expériences et persistance de l’espoir.
À ces écritures du réel s’ajoute une autre voie, celle de l’imaginaire, portée par Louisiane Romain, autrice de La nuit du soukougnan et À la recherche de Manman Dlo (éd. Orphie). Dans ses romans destinés à un public jeune adulte, elle puise dans la tradition caribéenne pour construire des récits où fantastique et quête identitaire se mêlent. Figures mythologiques, secrets de famille et parcours initiatiques s’entrelacent, offrant une autre manière de transmettre les cultures et les récits des îles. Autant d’univers que le public pourra explorer en venant à sa rencontre pendant le festival.
La poésie, entre corps et mémoire
Autre versant de cette présence caribéenne : la poésie, qui s’impose comme un espace privilégié d’exploration des identités. À cette scène s’ajoute la voix d’Alecia McKenzie, écrivaine et peintre jamaïcaine née à Kingston et aujourd’hui installée à Paris. Autrice de plusieurs ouvrages primés, dont Trésor, récompensé par le Prix Carbet des lycéens en 2017, elle s’est également fait connaître par le biais d’ouvrages largement traduits : Satellite City (1993) et Sweetheart (2002), avant d’être retenue dans la sélection 2022 du Dublin Literary Award avec A Million Aunties (Dialogue Books).
Avec Marins désarmés, paru en mars 2026 aux éditions Atlantiques déchaînés et récemment présenté à Paris lors du Printemps des poètes, elle publie son premier recueil de poésie. Proposé dans une édition bilingue, le livre permet « de découvrir la prosodie originale de la version anglaise » tout en déployant une écriture traversée par les mémoires atlantiques. Des ports européens aux routes maritimes parcourues à rebours, surgissent « ossements, râles et gémissements du fond de la cale », faisant entendre « la conscience des albatrossés » et « la complainte des marins désarmés voguant d’une rive à l’autre à travers les siècles ». Ainsi, à la mémoire collective se mêle une expérience plus intime de l’exil, « solitude emplie des proches que l’on emmène et des souvenirs que l’on emporte ». Alecia McKenzie sera en dédicace le 18 avril.
Avec Arawak (Tango Girafe, 2024), son recueil de poésie, la native de Caracas Paloma Kuns propose une œuvre à la croisée des disciplines, qu’elle développe entre textes et gravures autour de la quête des origines, de la sensualité et des filiations invisibles. En filigrane, la référence aux Arawaks, peuple originaire des Caraïbes, inscrit cette recherche dans une mémoire plus ancienne. Une démarche artistique singulière que les visiteurs pourront découvrir et approfondir en échangeant avec elle lors du salon à propos d’Arawak une œuvre qui « dévoile une poésie tout aussi tendre que sauvage, tout aussi fragile que viscérale : les multiples facettes d’un femme, qui, désormais établie dans son essence, peut chanter, danser et aimer d’une seule et même voix ».
Écrire pour se reconstruire
Enfin, avec Au nom du père (éd. Nèg Mawon), Thellia Tacite propose un récit de vie marqué par la résilience, qu’elle a écrit comme un chemin de reconstruction. De l’enfance marquée par les épreuves à la reconstruction, son parcours donne à voir une autre dimension de l’écriture : celle d’un outil pour se relever et se réapproprier son histoire. Un récit qui « porte un message d’espoir » et qui pourra lui aussi susciter les échanges avec Thellia Tacite sur le kiosque des éditeurs des Outre-mer.
Du roman à la poésie, du fantastique au récit autobiographique, ces autrices incarnent une diversité de formes et de voix qui témoigne du dynamisme de la création caribéenne. Le Festival du Livre de Paris 2026 offre ainsi l’occasion d’aller à leur rencontre, d’échanger au fil du salon, et de découvrir des œuvres qui participent à diversifier la littérature contemporaine et à renouveler les récits.