Sur la scène du Tropiques Atrium : « Matrices » pour libérer les silences

Avec Matrices, la Martiniquaise Daniely Francisque imagine une forme scénique où le corps, la voix et la chorégraphie deviennent les vecteurs d’une mémoire à la fois intime et collective. Une création pensée comme une traversée des héritages invisibles et des silences transmis à découvrir le 29 avril 2026 au Tropiques Atrium en Martinique.

Imaginée comme une traversée intime et collective, Matrices s’inscrit dans une recherche artistique où théâtre, chorégraphie, danse et voix se rencontrent. Avec cette création produite par la compagnie TRACK, Daniely Francisque propose une pièce qui explore les traces laissées par l’histoire dans les corps et les mémoires.

Explorer les héritages et les violences invisibles
Née en Martinique et ayant grandi en banlieue parisienne, Daniely Francisque développe une écriture nourrie par les circulations entre territoires, langues et histoires. Son travail s’attache à faire émerger des récits enfouis, pour écrire « des œuvres qui, partant de son histoire intime, résonnent collectivement ». Avec Matrices, Daniely Francisque poursuit cette recherche en s’intéressant aux liens entre mémoire intime et histoire coloniale. Avec Nelson-Rafaell Madel, Karine Pédurand, Cindy Vincent et Mylène Wagram sur scène, la pièce rassemble une distribution ancrée dans les scènes caribéennes et les trajectoires artistiques entre la Martinique, la Guadeloupe et l’Hexagone.

La pièce suit le parcours d’un personnage féminin à travers différents âges de sa vie : Fille, Femme, puis Dame. À partir d’une blessure profondément personnelle, le personnage retraverse son histoire, de la banlieue parisienne à son « retour sur son île natale ».

L’ensemble se déploie comme un rituel de guérison, traversant 27 fragments de la vie d’une Dame, et opte ainsi pour une mise en scène qui reflète cette histoire éclatée : « nous suivons l’itinéraire d’un personnage féminin éclaté à trois moments de sa vie ». Entre scènes ordinaires et surgissements oniriques, le récit se construit à l’image d’une identité en reconstruction.

Au cœur de Matrices, une interrogation traverse la pièce : comment se défaire de ce qui nous précède et nous conditionne ? Le projet explicitement formulé dans ces termes : « comment se libérer des blessures transgénérationnelles qui entravent nos existences ? Comment s’émanciper des mécanismes de la violence qui nous ont conditionné·es ? » ouvre les questionnements sur la façon ou les moyens d’explorer les héritages et les violences invisibles. En s’intéressant à « l’impact physique et psychique de la violence historique sur l’intimité contemporaine », la pièce relie encore trajectoires individuelles et histoire collective. Matrices devient alors un espace pour interroger les traces laissées par la colonisation, les migrations et les héritages culturels dans les corps et les relations.

Une constellation de figures pour dire le collectif
Le personnage de la Dame se déploie à travers plusieurs figures qui incarnent les différentes étapes de son existence. Cette multiplicité se figure comme un ensemble : « les quatre personnages sont envisagés comme une constellation du personnage central ». Chaque figure participe à faire émerger une mémoire qui semble à la fois trop longtemps retenue et qu’il est essentiel de partager avec le plus grand nombre. Une mémoire où les expériences individuelles résonnent avec une histoire plus large, notamment celle des « femmes dans les sociétés antillaises post-coloniales ».

La mise en scène de Daniely Francisque accorde une place centrale au corps et à sa capacité à servir le récit. Ainsi, portée par la chorégraphie, la musicalité des voix et des chants, la pièce peut développer une écriture scénique où le mouvement devient langage. Pensé comme un « espace communautaire », le plateau se transforme en lieu de rencontre avec le public, dans une volonté de faire émerger une expérience sensible et poétique.

À travers ce dispositif, Matrices se présente comme le moyen de mettre en lumière de ce qui reste enfoui, ainsi « la Dame devra plonger dans la matrice sombre de sa lignée, pour y déloger les spectres grimaçants d’une histoire collective qui continue à (dé)posséder les corps d’aujourd’hui ».

Sans proposer de réponse univoque, la pièce incite le public à ouvrir un espace de réflexion autour de la mémoire, de l’héritage et de la possibilité d’émancipation. Elle invite à interroger ce qui, dans l’intime, reste marqué par l’histoire, et à envisager les chemins possibles pour s’en affranchir.

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