Harriet Tubman et les autres : visages de la liberté aux Tréteaux du Maroni

Aux Tréteaux du Maroni, à Saint-Laurent du Maroni, la pièce Harriet Tubman – Passeuse de l’Ombre s’impose comme l’un des temps forts de cette 20e édition qui se déroule du 23 au 26 avril. Présentée à deux reprises ainsi qu’en séance scolaire, elle ouvre un espace singulier au cœur du festival, où se croisent récits de fuite, gestes de résistance et conquêtes de liberté.

Dans la programmation du festival les Tréteaux du Maroni, rendez-vous théâtral lancé en 2006 par la compagnie Ks And Co, une ligne se dessine : celle de figures en révolte, historiques ou contemporaines, qui refusent l’assignation et inventent leurs propres chemins. À l’œuvre dans plusieurs propositions de cette édition 2026, le marronnage, la résistance ou encore la transformation, sont autant de dynamiques qui feront des différentes espaces du Camp de la Transportation un lieu de Traversées.

Avec Harriet Tubman – Passeuse de l’Ombre, c’est une trajectoire exceptionnelle qui se déploie. Née esclave dans le Maryland, Harriet Tubman parvient à s’échapper avant de retourner, au péril de sa vie, libérer d’autres captifs. Figure majeure du réseau clandestin abolitionniste, elle incarne une détermination sans faille. La pièce dans laquelle on retrouve Edoxi Gnoula et Dominique Larose offre un « récit musical (qui) retrace les grandes étapes de la vie d’Harriet Tubman, depuis son enfance volée à coups de fouet et marquée par les horreurs de l’esclavage, jusqu’à son rôle emblématique de passeuse dans le réseau clandestin de libération des esclaves ».

Son histoire est aussi celle des passages : des rivières à franchir, des territoires à contourner, des lignes à déplacer, à commencer par la rivière Combahee, au cœur d’une opération militaire qu’elle mena elle-même. Cette mémoire des traversées résonne particulièrement à Saint-Laurent du Maroni, territoire marqué par l’histoire du marronnage où d’autres fugitifs ont, eux aussi, ouvert des voies vers la liberté.

L’écriture de la pièce est signée Penda Diouf, dramaturge franco-sénégalaise dont le travail s’impose aujourd’hui dans le paysage théâtral. Lauréate en 2022 de l’appel à projets Mondes nouveaux et du Prix Nouveau Talent Théâtre de la SACD en 2023, elle développe une œuvre largement diffusée et traduite. Ses textes, souvent traversés par les questions d’histoire, d’identité et de mémoire, trouvent ici une résonance particulière.

Autres formes de résistance
Cette question de la résistance se déplace ensuite vers le corps et l’intime avec EXTRAvaGANTE, création de Matilda Pierre. Née en Haïti et arrivée en Guyane enfant après un long périple, l’artiste construit un parcours où transmission et scène se rejoignent. Dans son seul-en-scène, elle revient sur son histoire personnelle pour en faire un espace d’affirmation. Ainsi, le monologue autobiographique proposé lors du prochain festival « Matilda nous raconte comment elle a conquis sa liberté en défiant les normes qui, en raison de son identité de femme noire, haïtienne, intellectuelle et homosexuelle tentaient de la réduire à un stéréotype ».

À travers souvenirs, obstacles et reconquêtes, EXTRAvaGANTE donne à voir une autre forme de lutte, plus intérieure mais tout aussi déterminée.

Cette mémoire des résistances trouve un autre prolongement avec An Tan Neg Marron. À travers une forme mêlant musique, danse et création sonore, ce sont les grandes figures du marronnage guyanais qui réapparaissent. Sur un texte d’Elie Stephenson et une composition signée Yann Cléry, les protagonistes « incarnent l’histoire de la Guyane » et « racontent à leur manière l’épopée des Nèg Marrons, de ces grandes figures qui incarnent l’histoire de la Guyane au travers de personnages tels que Copena ou Boni ».

En reliant ces figures du passé aux enjeux contemporains, le projet prolonge une histoire toujours vivante, où la question de l’identité et de la transmission reste centrale. De Harriet Tubman aux figures du marronnage, des récits historiques aux trajectoires individuelles, un même fil se dessine : celui d’une liberté conquise, défendue, sans cesse réinventée.

À travers ces propositions, Les Tréteaux du Maroni dessinent un espace où les œuvres n’exposent pas seulement des récits mais ouvrent des passages. La promesse du festival prend tout son sens : « Les Traversées vous invitent à d’héroïques pérégrinations ».

Harriet Tubman – Passeuse de l’Ombre
Compagnie l’Archer / Belgique, Burkina Faso, Guadeloupe
Vendredi 24 avril et dimanche 26 avril / 19h30 (tous publics)
Jeudi 23 avril à 14 h 30 (Solaires)

An Tan Neg Marron
Why Compagnie – Yann Cléry
Samedi 25 avril à 21 h

EXTRAvaGANTE
Matilda Pierre
Dimanche 26 avril, 18 h

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