Le Musée national de l’histoire de l’immigration fait vivre les mémoires de l’esclavage

Entre le 29 avril et le 27 mai 2026, le Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris s’inscrit dans la dynamique du Temps des mémoires, porté par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Dans le contexte particulier des 25 ans de la loi Taubira, ce cycle de trois rendez-vous propose d’explorer les traces laissées par l’esclavage à travers différents registres : intellectuel, artistique et sensible.

Le Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris s’inscrit dans le Temps des mémoires, initiative portée par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. L’édition 2026, marquée par les 25 ans de la loi Taubira, propose un cycle de trois rendez-vous à l’auditorium Marie Curie du Palais de la Porte Dorée. Entre réflexion philosophique, exploration musicale et regard cinématographique, les prochaines rencontres interrogent la manière dont l’histoire de l’esclavage continue de traverser nos sociétés contemporaines.

Peut-on réparer ? Une question toujours ouverte
Au centre de cette programmation, la rencontre du 13 mai 2026 pose une interrogation majeure : que faire, aujourd’hui, de cet héritage historique ?

La loi du 21 mai 2001 a marqué un tournant en reconnaissant la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Pourtant, comme le rappelle le débat, une question demeure en suspens depuis lors : celle des réparations ou « comment passer de la commémoration à la réparation ? » comme s’interrogeront Magali Bessone et Ary Gordien réunis pour croiser leurs analyses.

La philosophe Magali Bessone apporte à cette réflexion un cadre particulièrement éclairant. Dans son ouvrage Faire justice de l’irréparable, Esclavage colonial et responsabilités contemporaines (Vrin, 2019), elle interroge la possibilité même d’une justice face à des crimes anciens, dont les acteurs ont disparu. « Pourquoi, comment, punir ou réparer des crimes dont tous les protagonistes sont depuis longtemps disparus ? » ainsi que l’énonce la présentation du livre. Sa pensée ouvre une voie nuancée :« s’il est impossible de réparer l’histoire, on peut toutefois prendre au sérieux l’exigence de justice qui s’exprime dans les demandes de réparations ». Une position qui déplace le débat vers une responsabilité contemporaine, fondée non sur la culpabilité mais sur les exigences d’égalité et de justice dans les sociétés actuelles.

Le sociologue Ary Gordien, lui, inscrit ces réflexions dans des réalités guadeloupéennes. Dans Peuple de Guadeloupe, Dire « nous » après l’esclavage et la colonisation (EHESS, 2025), il interroge la manière dont se construit un sentiment d’appartenance dans un territoire profondément marqué par l’histoire coloniale. Une question qui résonne dans une formule issue des mobilisations sociales : « La Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n’est pas à eux ». Pour cet anthropologue, derrière ce mot d’ordre se cache une interrogation plus complexe :« Mais que recouvre le nous dans ce slogan et au-delà ? ». En analysant les tensions et les héritages à l’œuvre, Ary Gordien met en évidence « des systèmes de représentation divers, souvent conflictuels », révélateurs des défis contemporains liés à l’histoire de l’esclavage qui feront partie des échanges.

Des musiques en héritage
Quelques jours plus tôt, mercredi 29 avril 2026, la première rencontre du cycle proposera une autre approche : celle des musiques comme vecteurs de mémoire.

Tout un ensemble de formes musicales, nées dans des sociétés façonnées par l’esclavage, qui racontent une histoire faite de ruptures et de recompositions. Comme le souligne Bertrand Dicale dans Musiques nées de l’esclavage (Philharmonie, 2025), elles sont issues d’un contexte où « l’Afrique jetée dans le creuset de la créolisation est partielle, composite, ruinée », tandis que les cultures européennes elles-mêmes se transforment au contact d’autres influences. Des musiques portées ou mises en lumière aujourd’hui par des artistes comme Pascal Danaë membre du groupe Delgrès ou Marie-Claude Bottius qui « redonne voix aux héroïnes oubliées de l’opéra français – femmes esclaves, reines ou aventurières », qui prendront part à ce rendez-vous où la parole se prolongera en musique. Une rencontre pour montrer que ces musiques continuent d’exister comme des expressions vivantes, à la fois mémoire des violences passées et affirmation de trajectoires de résistance et de liberté.

Le cycle s’achèvera le 27 mai 2026 avec la projection du film Furcy, né libre, réalisé par Abd Al Malik. Adapté du récit de Mohammed Aïssaoui, le film sorti en 2025 retrace le parcours d’un homme réduit en esclavage qui engage un combat judiciaire pour faire reconnaître sa liberté. À travers cette histoire, le cinéma donne corps à des trajectoires individuelles souvent absentes des récits historiques. Une approche qui permet de saisir autrement les enjeux de mémoire : non plus seulement comme un héritage collectif, mais comme une somme d’expériences vécues, de luttes et de résistances incarnées.

À travers ces trois rendez-vous, le cycle esquisse un parcours riche, où les formes se répondent. Ainsi, la réflexion sur la réparation ouvre le débat sur une forme de responsabilité contemporaine. L’évocation des musiques héritées de l’esclavage, elles, révèlent des traces sensibles, inscrites dans les cultures et les imaginaires. Le cinéma, enfin, donne à voir une autre histoire de l’esclavage.

Le cycle Mémoires de l’esclavage pour proposer différentes manières de se confronter aux mémoires de l’esclavage et continuer à en interroger les héritages.

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