Du 23 au 25 mai 2026, la 36e édition du festival international du film et du livre Étonnants Voyageurs réunira à Saint-Malo plusieurs des voix les plus stimulantes de la littérature contemporaine. Parmi elles, Michael Roch s’impose comme l’une des figures majeures d’une science-fiction caribéenne en pleine expansion, où cyberpunk, créolisation et afrofuturisme dialoguent avec les pensées décoloniales.
Auteur martiniquais profondément imprégné de la pensée d’Édouard Glissant, Michael Roch construit depuis plusieurs années une œuvre singulière où les langues se mêlent, où les diasporas redessinent les villes et où les futurs deviennent des espaces de résistance. Avec Kò mawon (La Volte, 2026) nouveau chapitre de sa mégalopole caribéenne futuriste Lanvil, il confirme sa place parmi les écrivains qui transforment aujourd’hui les imaginaires de la science-fiction mondiale.
Né à Lyon en 1987 et vivant aujourd’hui en Martinique, Michael Roch fait entrer la Caraïbe dans le futur avec des langues qui lui sont propres, avec ses mémoires et ses fractures. L’écrivain construit depuis plusieurs années une œuvre singulière où se rencontrent cyberpunk, créolité, afrofuturisme et pensée décoloniale. Après Moi, Peter Pan (2017), Le Livre jaune (2020) chez Mü éditions, puis le saisissant Tè mawon (La Volte, 2022), il poursuit avec Kò mawon (La Volte, 2026) l’exploration de Lanvil, gigantesque capitale caribéenne futuriste traversée par les diasporas, les technologies organiques et les héritages du marronnage. Michael Roch continue ainsi d’ouvrir les futurs caribéens et il en sera plusieurs fois question à Étonnants Voyageurs.
« Un roman que certains appelleront d’inspiration cyberpunk, qui est un mélange de cybernétique et de punk », explique l’auteur à propos de ce nouveau livre sur RFI. Mais, chez Michael Roch, les codes du genre se déplacent profondément. Le futur n’y apparaît jamais comme une promesse technologique lisse ou désirable. Lanvil est une ville sous tension, fragmentée, traversée d’explosions, d’inégalités et de mémoires enfouies. Pourtant, dans ses failles surgissent aussi des possibilités de résistance, de guérison et de réinvention collective.
La SF caribéenne de Michael Roch réinvente le monde
Imprégné de la pensée d’Édouard Glissant et de son concept du Tout-Monde, Michael Roch imagine une littérature où les langues se créolisent en permanence. Dans Kò mawon, « les diasporas se rencontrent » jusque dans la matière même du texte. Le français y dialogue avec le créole dans une langue traversée par les diasporas, les rythmes urbains et les imaginaires contemporains. Une dynamique autour de la langue française dont il était déjà question lors de son précédent passage au festival.
Cette inventivité littéraire sera également au cœur de son échange avec Laurent Gaudé lors de la rencontre Cyberpolar. La présentation du festival souligne ce qui rapproche les deux auteurs : « un amour de la langue et de son inventivité », mais aussi « une relation au monde qui s’enrichit de la culture des autres ». Une manière de rappeler que la science-fiction de Michael Roch ne relève pas d’une simple expérimentation de genre : elle participe d’une réflexion beaucoup plus vaste sur les manières d’habiter le monde contemporain.
Car chez lui le futur devient aussi un espace politique. Membre de la Fabrique décoloniale, collectif réunissant sociologues, politologues et artistes autour des problématiques de la décolonialité, Michael Roch développe une œuvre attentive aux marges, aux dominations et aux contre-récits. Ses ateliers d’écriture autour de l’afrofuturisme, menés notamment en milieu carcéral et universitaire depuis son retour en Martinique en 2015, prolongent cette volonté de faire de la littérature un outil de réappropriation culturelle et d’émancipation imaginaire.
Cette singularité explique aussi sa place parmi les auteurs réunis au Café Littéraire Promesses. Aux côtés du jeune écrivain irlandais Oisín McKenna et de l’autrice turque Ayşegül Savaş, Michael Roch incarne une nouvelle génération d’écrivains qui déplacent les frontières de la littérature contemporaine. Là où Oisín McKenna explore les désillusions d’une jeunesse londonienne contemporaine et où Ayşegül Savaş observe les existences flottantes des grandes métropoles mondialisées, Michael Roch fait entrer la Caraïbe dans le paysage international des littératures de l’imaginaire comme un vaste laboratoire de formes, de langues et de futurs possibles.
À travers Lanvil, ses mangroves cyberpunk et ses personnages en quête de terres enfouies sous la ville, l’auteur martiniquais rappelle finalement que la science-fiction peut être bien davantage qu’un récit d’anticipation : une manière de penser le monde depuis les marges, depuis les archipels, depuis les langues en mouvement. Une manière aussi de réinventer le futur à partir de la Caraïbe.