« Chamoiseau intermédial » à la Sorbonne : aux frontières du récit et des images

Le 4 juin 2026, la Sorbonne Université accueille la journée d’étude « Chamoiseau intermédial » consacrée à une œuvre qui n’a jamais cessé de faire dialoguer littérature, photographie, cinéma, bande dessinée ou jeu vidéo. Réunissant des chercheurs venus de France hexagonale, du Royaume-Uni, d’Allemagne ou des Antilles, l’événement explore la manière dont Patrick Chamoiseau transforme les formes artistiques en espaces de mémoire, de transmission et de relation.

Chez Patrick Chamoiseau, images, voix, scènes, archives, photographies ou jeux vidéo prolongent diverses interrogations : sur la façon de raconter les mémoires blessées de l’histoire coloniale sans les figer, mais aussi sur la manière d’habiter le monde dans la relation, le mouvement et le dialogue des imaginaires. La journée d’étude « Chamoiseau intermédial », organisée le 4 juin par le Cellf (Centre d’étude de la langue et des littératures françaises) à Sorbonne Université, propose d’explorer cette œuvre en mouvement à travers des approches venues de plusieurs disciplines et horizons internationaux.

Depuis plusieurs décennies, l’écrivain martiniquais fait dialoguer récit, photographie, cinéma, théâtre, bande dessinée ou encore jeu vidéo dans une même recherche : trouver des formes capables de transmettre les mémoires fragmentées du monde caribéen. C’est cette circulation entre les arts et les médias qu’explorera la journée d’étude. Chercheurs, spécialistes des études postcoloniales, du cinéma, de la littérature francophone et des cultures caribéennes y interrogeront une œuvre pensée comme un espace de relation plutôt que comme un territoire littéraire fermé.

Le programme témoigne d’ailleurs du rayonnement international de cette pensée. Des universitaires venus de Cambridge, Belfast, Mannheim, Strasbourg, des Antilles ou de Paris croiseront leurs approches autour des liens entre mémoire, image et création. Une diversité qui reflète l’ampleur de l’œuvre de Patrick Chamoiseau et l’écho qu’elle rencontre dans les champs contemporains des études postcoloniales comme des recherches sur la créolisation.

La journée s’ouvrira autour d’une première réflexion consacrée aux mémoires intermédialisées. Photographie, bande dessinée et théâtre y apparaîtront comme autant de moyens de faire ressurgir l’histoire, notamment celle marginalisée ou restée sous silence. Les interventions reviendront notamment sur les représentations de la résistance antillaise, des héritages de l’esclavage ou encore des constructions mémorielles martiniquaises.

Patrick Chamoiseau pense le monde entre les arts
L’une des interventions de la journée portera sur le jeu vidéo, au sujet de Méwilo et Freedom, deux créations conçues par Muriel Tramis en collaboration avec Patrick Chamoiseau. Des œuvres qui proposaient à leur sortie une plongée dans l’histoire et les imaginaires antillais. Freedom, centré sur les révoltes d’esclaves dans les plantations martiniquaises, transforme ainsi le jeu en expérience de mémoire et de résistance.

Cette réflexion sur les images et les récits se prolongera également du côté du cinéma antillais avec les travaux de Guillaume Robillard, auteur de Conquête de l’espace et du temps (Jannink). Sa recherche interroge l’émergence d’un « regard de l’intérieur » opposé aux représentations exotiques longtemps produites depuis l’extérieur des Caraïbes. Une démarche qui rejoint, sous d’autres formes, les questionnements portés par Patrick Chamoiseau autour de la voix, du territoire et de la reconquête des imaginaires.

Au fil des interventions consacrées à la photographie, à la performance ou à la bande dessinée, se dessinera le portrait d’un écrivain qui traverse les frontières entre les arts pour penser autrement la mémoire et le collectif. Chez l’auteur martiniquais, l’intermédialité n’est pas un simple croisement esthétique : elle devient une manière de faire circuler les histoires, les langues et les expériences entre les formes et les générations.

La journée d’étude est organisée par Florian Alix, Marion Coste, Romuald Fonkoua, directeur du Centre international d’études francophones (CIEF) et Mario Laarmann, dont les recherches portent notamment sur les littératures caribéennes et les politiques de la mémoire. Ces deux derniers ouvriront les travaux.

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