Présentée du 16 au 19 juillet dans la Cour du Musée Calvet, dans le cadre du Festival d’Avignon 2026, L’Intraitable Beauté du monde réunit les pensées d’Édouard Glissant et de Sony Labou Tansi sous l’impulsion du comédien, metteur en scène et dramaturge burkinabé Étienne Minoungou. Entre la Martinique du penseur de la créolisation et le Congo du poète de l’urgence, cette création explore deux visions du monde qui, chacune à leur manière, continuent d’interroger notre époque et de s’adresser à l’ensemble des humanités.
Conteur, comédien et passeur de paroles, Étienne Minoungou réunit dans une même création les pensées d’Édouard Glissant et de Sony Labou Tansi. À travers son « théâtre de la conversation », il propose une vaste rencontre où la scène devient le lieu d’un dialogue ouvert à l’ensemble des humanités. La création compte parmi les spectacles proposés dans la sélection officielle du Festival d’Avignon, édition 2026.
Dans L’Intraitable Beauté du monde, deux voix se rencontrent. D’un côté, celle d’Édouard Glissant, écrivain martiniquais dont les réflexions sur la Relation, le Tout-Monde et la créolisation ont renouvelé la manière de penser les identités, les cultures et les échanges entre les peuples. De l’autre, celle de Sony Labou Tansi, poète, romancier et dramaturge congolais dont l’œuvre constitue une vigoureuse parole de réveil face aux dominations, aux violences politiques et aux aveuglements contemporains.
Pour Étienne Minoungou, ces deux auteurs partagent une même ambition : dépasser les frontières de leurs propres territoires pour s’adresser à tous. Un point de vue expliqué dans l’entretien publié par le Festival d’Avignon : « ils imaginent tous les deux des systèmes de pensée qui dépassent leurs propres conditions géographiques : ils essaient de s’adresser à l’ensemble des humanités, depuis l’Archipel des Antilles ou le Congo ».
Cette capacité à penser depuis un lieu sans jamais s’y enfermer constitue l’un des fils conducteurs du spectacle créé pour le festival.
Faire entendre autrement la pensée de Glissant
Loin d’une adaptation classique, L’Intraitable Beauté du monde est né du rapprochement de deux spectacles déjà existants. Cette création s’inscrit dans un travail mené par Étienne Minoungou autour de l’œuvre de Glissant. Déjà au cœur du spectacle Le Tremblement du monde, la pensée du poète martiniquais revient ici sous une nouvelle forme, mise en dialogue avec celle de Sony Labou Tansi. en donnant une nouvelle vie scénique aux textes de Glissant, Minoungou contribue aussi à faire circuler une pensée née en Martinique dont l’influence dépasse aujourd’hui largement les frontières caribéennes.
En les réunissant aujourd’hui sur une même scène, Étienne Minoungou poursuit une démarche qui traverse l’ensemble de son parcours artistique : revenir aux textes, les interroger, les remettre en circulation et les confronter aux réalités du présent. Et au final, à travers cette approche, il apparaît non seulement comme un interprète mais comme un passeur. Conteur, comédien et dramaturge, il explore patiemment les œuvres de Glissant, de Sony Labou Tansi, mais aussi d’Aimé Césaire ou de Felwine Sarr pour en faire entendre la portée contemporaine. Un théâtre qui transmet, partage et à ouvre la discussion.
Si Étienne Minoungou continue de porter les textes de Glissant et de Sony Labou Tansi sur les scènes internationales, c’est parce qu’il demeure frappé par leur actualité et en fait sur scène la démonstration. Il traduit cette son analyse en affirmant que « Glissant a déplacé le regard européo-centré que l’on porte souvent sur le monde. Pour ce penseur de la créolisation, ce qui menace nos identités, ce ne sont pas les immigrations et les envahissements : ce qui menace nos civilisations, ce sont les hégémonies économiques ». Donc pour le metteur en scène, les deux auteurs partagent une même critique des systèmes de domination contemporains. Ainsi, chez Glissant comme chez Sony Labou Tansi, la critique du monde existant s’accompagne toujours d’une recherche d’horizons nouveaux.
Comment changer les imaginaires ? Comment faire advenir d’autres humanités ? Comment penser des mondes plus habitables ? Autant de questions qui traversent le spectacle et nourrissent la conversation entre les deux auteurs.
Le théâtre comme « discussion sociale »
Cette création s’inscrit dans un parcours artistique singulier. Basé entre le Burkina Faso et la Belgique, fondateur de la compagnie Falinga et du festival Récréâtrales, Étienne Minoungou développe depuis plusieurs années une esthétique du théâtre comme espace de ce qu’il identifie comme une « discussion sociale ». Avec ses différents seuls-en-scène consacrés notamment à Aimé Césaire, Édouard Glissant ou Sony Labou Tansi, il développe un théâtre fondé sur la circulation de la parole qu’il porte au devant du public en tant que « conteur philosophe ».
Sur scène, cette parole est accompagnée par deux musiciens : la saxophoniste danoise Katrine Suwalski et le multi-instrumentiste burkinabé Simon Winsé. Étienne Minoungou les décrit comme « les deux autres poètes de la musique » de ce diptyque.
Dans une scénographie volontairement dépouillée, leur présence contribue à donner au spectacle sa dimension sensible, rythmique et charnelle. Entre récit, réflexion, musique et adresse directe au public, L’Intraitable Beauté du monde poursuit ainsi le sillon d’un théâtre de la conversation où les idées et les paroles de Glissant et de Sony Labou Tansi continuent de dialoguer avec le présent et surtout avec celles et ceux qui les écoutent.