Né en Martinique à l’initiative de Nadia Chonville, Kabarè Z poursuit son déploiement avec deux rendez-vous inscrits dans la Saison Cabaret. Le 30 octobre, ce cabaret féministe, queer et décolonial fera escale à l’Artchipel, en Guadeloupe, avant de rejoindre le Carreau du Temple, à Paris, les 4 et 5 novembre 2026. Entre transgression des normes dominantes et célébration des imaginaires caribéens, cette création fait de la scène un espace de liberté et de réappropriation.
Avec Kabarè Z, Nadia Chonville fait du cabaret un espace de liberté où les chants, les danses et les identités caribéennes s’approprient la scène. Entre mémoire et transgression, cette création féministe, queer et décoloniale fait escale à l’Artchipel, en Guadeloupe, le 30 octobre, avant de rejoindre le Carreau du Temple, à Paris, les 4 et 5 novembre 2026.
Chez Nadia Chonville, le parcours et les thématiques abordés dans ses écrits suggèrent une volonté de questionner les conventions sans renier l’héritage caribéen. Avec Kabarè Z, elle explore cette tension en investissant un territoire artistique où la fête côtoie la revendication, où les références caribéennes interrogent les expressions contemporaines et où les corps deviennent les premiers acteurs d’une réappropriation collective. Chant, danse, drag, lipsync et culture ballroom composent un cabaret qui entend déplacer les regards sans renoncer aux imaginaires qui le nourrissent.
Créé en Martinique en 2024, le projet poursuit son chemin. Le 30 octobre, il sera présenté à l’Artchipel, scène nationale de Guadeloupe, dans une configuration musicale et artistique réunissant notamment Florence Naprix et Sarah Nomel, puis les 4 et 5 novembre, Kabarè Z investira le Carreau du Temple, à Paris, un second rendez-vous et une autre configuration mais une même ambition : faire entendre la pluralité des voix caribéennes et ouvrir un espace où les identités peuvent se raconter autrement.
Le cabaret comme terrain de réappropriation
Le cabaret possède une histoire et des codes : le goût du spectacle, la proximité avec le public, l’incarnation de personnages, l’extravagance des costumes, la musique et la danse. Kabarè Z s’empare de cet univers et la scène n’y est alors pas seulement un lieu de divertissement : elle devient un espace où les corps afrodescendants, les expressions queer et les identités minorisées peuvent affirmer leur présence et déjouer les représentations qui leur sont habituellement assignées.
La démarche est féministe, queer et décoloniale. Elle interroge notamment la manière dont les corps noirs, et plus particulièrement ceux des femmes noires, ont été regardés, représentés et parfois réduits à des images façonnées par l’histoire coloniale. Kabarè Z ne se limite pas à dénoncer ces mécanismes : il leur oppose des gestes, des voix, des présences et des formes artistiques à travers lesquels les interprètes peuvent se réapproprier leur image et leur puissance d’expression. Dès lors, le spectacle prend une autre dimension et peut, entre autres, ouvrir la possibilité de les contester autrement : par le mouvement, l’humour, l’affirmation de soi et le plaisir partagé.
Cette proposition s’inscrit dans le parcours de Nadia Chonville, écrivaine, docteure en sociologie et spécialiste des questions de genre dans les sociétés caribéennes afrodescendantes. Son travail intellectuel et artistique s’intéresse aux identités, aux normes sociales et aux héritages du colonialisme et du patriarcat. Avec Kabarè Z, cette réflexion peut s’incarner dans une expérience scénique collective.
Klochèt, maîtresse de cérémonie
Sous les traits de Klochèt, Nadia Chonville assure le fil conducteur du cabaret. Cette maîtresse de cérémonie accompagne les performances et donne corps à une démarche dans laquelle l’engagement passe autant par les idées que par la scène, les personnages et les corps en mouvement. Dans Kabarè Z, les chants, les textes créoles, les percussions et les danses dialoguent avec le drag, le lipsync et les pratiques de la ballroom. Ces croisements composent une esthétique contemporaine liée aux imaginaires caribéens.
C’est tout cet imaginaire que le public pourra découvrir le 30 octobre, à l’Artchipel, en Guadeloupe. Kabarè Z réunira notamment Florence Naprix au chant, Sarah Nomel à la musique, Soa Magen aux percussions et à la voix, ainsi que Rajah the Mpress, Abéni et Stella Séba. Cette distribution réunit des artistes de Martinique et de Guadeloupe dans une création où musique, danse et performance célèbrent la diversité contestataire des expressions caribéennes. Une conception du spectacle dont il sera question le 31 octobre à 16 heures : une table ronde proposée par Kabarè Z prolongera ces réflexions autour du thème « Le cabaret comme espace décolonial de subversion du genre dans la Caraïbe ». La rencontre interrogera la capacité du cabaret à contester les normes de genre et les représentations héritées de l’histoire coloniale, tout en ouvrant la voie à d’autres récits. Les ateliers de voguing et de danse proposés en marge du spectacle prolongent cette démarche en donnant également place à la pratique et à la transmission.
À Paris, Kabarè Z s’inscrit dans le cadre du Festival du Mois Kréyol, dont la dixième édition se déroule du 22 septembre au 6 décembre 2026 autour du thème « Marronnage et création ». Le rapprochement fait sens : le festival valorise les langues, les expressions artistiques et les mémoires créoles, tandis que le cabaret de Nadia Chonville explore la façon dont cet héritage peut nourrir des formes contemporaines et contestataires.
Tous deux rappellent que transmettre une culture ne signifie pas la reproduire à l’identique. Entre mémoire et création, Kabarè Z défend ainsi un héritage caribéen vivant, dont la richesse tient aussi à sa capacité d’accueillir de nouvelles voix et de bousculer les représentations établies.