Violence esclavagiste et crime d’empoisonnement dans « L’effroi et la terreur », de Caroline Oudin-Bastide

Caroline Oudin-Bastide signe L’effroi et la terreur – Esclavage, poison et sorcellerie aux Antilles, un nouvel ouvrage qui porte sur la période et la société esclavagistes en Martinique et en Guadeloupe. Le livre traite plus particulièrement des conséquences du « crime d’empoisonnement », un « fléau social » en Martinique et en Guadeloupe.

L'effroi et la terreur, Caroline Oudin-Bastide
L'effroi et la terreur, Caroline Oudin-Bastide

Après Des nègres et des juges, la scandaleuse affaire Spoutourne*, Caroline Oudin-Bastide plonge à nouveau dans les archives pour éclairer une autre dimension, une autre caractéristique de la société coloniale. Avec Travail, capitalisme et société esclavagiste, l’auteur, docteur en Histoire et Civilisations de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), avait mis en évidence l’aporie des discours et du système de cette période : d’un côté le système esclavagiste qui sévit aux Antilles notamment, et de l’autre le discours sur le travail « dans les sociétés européennes, un élément constitutif de l’avènement de la modernité capitaliste dans les sociétés occidentales« . C’est une autre approche sociologie du système qu’elle propose avec L’effroi et la terreur – Esclavage, poison et sorcellerie aux Antilles. Partant des héritages sorcellaires européens puis africains, elle propose une analyse qui déconstruit les finalités et intentions criminelles, les rôles des maîtres et des esclaves (« sorciers empoisonneurs »), les ressorts des différentes croyances. Tout pour saisir l’envergure du phénomène qui lie « Esclavage, poison et sorcellerie aux Antilles ».

À propos du livre
Aux XVIIIe et XIXe siècles, un étrange fléau affole les colons des Antilles françaises : le « poison ». Ce terme est souvent associé – voire assimilé – à celui de « maléfices », les « empoisonneurs » étant d’ailleurs fréquemment dénoncés comme « sorciers ». Les imputations de crime d’empoisonnement participent d’un système de croyances magiques qui amène les maîtres à prêter aux nègres une extraordinaire force de nuisance fondée sur une science botanique occulte associée à d’effrayants pouvoirs.

L’effroi qui saisit les colons engendre la terreur contre les esclaves : terreur illégale exercée à titre privé par les maîtres mais aussi terreur légalisée par la création de juridictions spéciales puis par l’instauration d’un impitoyable dispositif administratif de répression. Dans ce livre bouleversant, l’auteure trace avec précision la généalogie de cette grande peur et en reconstitue la logique sociale en s’appuyant sur des récits et des documents souvent totalement inédits. La violence esclavagiste mise en lumière par l’analyse du crime d’empoisonnement est tout autant la violence ordinaire (privations quotidiennes, travail effectué sous le fouet, châtiments corporels banalisés) que celle qui prend les formes les plus cruelles pour signifier aux esclaves que leur sort est entre les mains du seul maître, qu’aucun autre pouvoir (politique, judiciaire ou religieux) ne peut leur venir en aide.

L’effroi et la terreur – Esclavage, poison et sorcellerie aux Antilles
Caroline Oudin-Bastide (Editions La Découverte, collection « Les Empêcheurs de penser en rond »)
Mars 2013, 280 pages, 24,50 euros

(*) : Le livre a donné lieu au film Espoir, vertu d’esclave (2008), réalisé par Philippe Labrune et à propos duquel Caroline Oudin-Bastide a accordé un entretien à Arte.

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