Poète et romancier haïtien, Louis-Philippe Dalembert publie en janvier 2026 Je n’ai jamais dit papa (éd. Robert Laffont), un récit intime construit comme une longue lettre adressée à ce père qu’il n’a jamais connu. Invité sur France Inter de l’émission Aux livres etc., présenté par Lilia Hassaine, il revient sur la genèse de ce texte profondément personnel, longtemps resté en lui.
Dans Je n’ai jamais dit papa, Louis-Philippe Dalembert choisit la forme de la lettre pour explorer une absence fondatrice. Le livre déroule le fil de son enfance, entre une mère forte et une grand-mère déterminée, figures tutélaires d’un foyer où les femmes occupent le premier rôle. L’auteur en parle avec sensibilité au micro de Lilia Hassaine, que l’on retrouve dans le podcast disponible depuis le 14 février 2026 sur France Inter. Dans un échange croisé, il revient longuement sur cette adresse pudique et obstinée que Louis-Philippe Dalembert s’est enfin décidé à mettre en page, une conversation rêvée avec celui qu’il nomme « monsieur papa » et dont il fait brièvement la genèse dans l’émission.
Au micro, l’auteur raconte comment ce projet l’accompagnait depuis longtemps. Un texte qui, confie-t-il, était en lui « depuis assez longtemps ». Pourtant, il lui aura fallu du temps avant d’oser s’en emparer pleinement. Face à un récit salué par la critique, il reconnaît avoir douté : « je ne me sentais pas légitime de parler de quelque chose que j’ignorais complètement », alors comment écrire sur un père absent, sur un territoire intime fait de silences et de suppositions ?
Haïti en mémoires
L’entretien permet aussi de replonger dans les années haïtiennes de l’écrivain. À travers son histoire personnelle affleurent des thèmes plus vastes : le poids de la dictature sur l’éducation, les questionnements liés à la transmission, la misère, la mort. Dans ce contexte, les femmes apparaissent comme des piliers, garantes de principes, à la fois moraux et affectifs, que l’on choisit ou non de perpétuer. Ainsi, le récit que fait l’auteur ne se contente pas de sonder l’absence ; il interroge aussi ce que signifie devenir père à son tour, comme il l’évoque dans l’émission. On comprend que sa propre expérience de la paternité réactive des zones d’ombre, ravive les manques et suscite des émotions nouvelles, qu’écrire devient alors comme une tentative de dialogue où perdure la question de la transmission.
La présence de Louis-Philippe Dalembert au 33e Salon du livre de Toronto, du 26 février au 1er mars prochains, dont il sera l’un des invités d’honneur, résonne particulièrement avec le thème choisi pour 2026 : l’héritage et le patrimoine. Des notions qui traversent Je n’ai jamais dit papa, où l’intime rejoint l’universel.
Dans ce podcast, Lilia Hassaine, qui accueille et « interroge ceux qui écrivent et transmettre l’envie de lire au plus grand nombre », offre un espace d’écoute propice à la confidence. Il ressort de cet échange les mots d’un écrivain qui font de l’absence du père et du manque qui en découlent une matière littéraire.