À Paris, la Maison de l’Amérique latine présente Archipel improbable : les mondes dominicains de José Castillo. Près de 80 œuvres retracent les cultures dominicaines qui ont nourri le travail de l’artiste à travers la peinture, la gravure, l’assemblage et les images en mouvement.
Né le 2 novembre 1955 en République Dominicaine, José Castillo aurait eu 71 ans cette année. À l’occasion de cette date anniversaire, une rencontre invite à revenir sur une œuvre où l’histoire, les croyances et les résistances caribéennes occupent une place centrale.
À la Maison de l’Amérique latine à Paris, l’exposition Archipel improbable : les mondes dominicains de José Castillo réunit près de 80 œuvres réparties sur deux étages. Peintures, dessins, gravures, photographies, collages, objets et vidéos composent un parcours consacré à l’univers de cet artiste né en République dominicaine en 1955 et mort à Paris en 2018. Le titre de l’exposition fait écho au poème Hay un país en el mundo de Pedro Mir, paru en 1949, et annonce une exploration des multiples réalités qui traversent l’imaginaire et l’œuvre de José Castillo.
Né dans le quartier de Los Mina, à Saint-Domingue, José Castillo étudie à l’École des Beaux-Arts avant de quitter son pays pour Paris en 1978. Il y poursuit sa formation à l’École nationale supérieure des beaux-arts, où il étudie la peinture auprès de Jacques Lagrange et la mosaïque avec Ricardo Licata, de 1981 à 1985. Il développe ensuite une activité artistique en France et à l’international, tout en maintenant des liens avec les milieux dominicains et caribéens.
Paris Connections…
Son parcours s’inscrit dans une histoire plus large, celle des artistes latino-américains et caribéens installés en Europe, qui rencontrent à Paris d’autres scènes et d’autres pratiques. Castillo échange avec des artistes dominicains, latino-américains et africains ; il participe notamment à Paris Connections. Artistes africains et caribéens à Paris, en 1992, puis au numéro de la Revue Noire consacré aux arts et aux littératures caribéens en 1993. Ces initiatives contribuent à inscrire son travail dans un mouvement de visibilité de l’art afro-latino-américain.
La diversité des médiums est l’une des caractéristiques de l’œuvre de Castillo dont le processus créatif pouvait aussi consister à : « dessiner, sculpter sur bois, peindre, photographier, repeindre, découper, coller, déplacer, assembler et refaire ces actions à l’infini ». Ses compositions réunissent des figures issues des cultures dominicaines (le Bacá, les Taïnos, Doña Fefa), des images pieuses, des coupures de presse, des dollars, des yolas, des éléments de la faune et de la flore, mais aussi des esprits, l’expression des mondes dominicains auxquels que l’exposition ouvre les portes. Des images et des figures trouvent notamment leur origine dans les récits de l’enfance caribéenne de l’artiste. Castillo l’évoquait précisément dans un entretien avec Mary Rosa Jiménez : « Mon œuvre retrace tous ces contes faits que ma grand-mère me racontait, ceux que le voisin faisait le soir lorsque l’électricité s’en allait… » racontait-il.
Le parcours de l’exposition a adopté une organisation non linéaire pour s’inspirer du mouvement en spirale caractéristique de l’œuvre de Castillo. Dans l’espace du bas, sept salles thématiques mettent en dialogue son histoire personnelle, ses grands thèmes de prédilection et ses expérimentations plastiques et découvrir l’artistes à travers sa « pensée mosaïque en couleur » ou la « Reflexión interior » ou encore ses « Magies et réalités ». Parmi les thèmes abordés figurent les rapports entre environnement et pouvoir, la conquête, la colonisation, les régimes autoritaires, le syncrétisme religieux, mais aussi la place de la gravure, les autoportraits, les rites et les mythes.
La violence du système esclavagiste, le marronnage et la résistance des Taïnos occupent une place centrale dans le travail de Castillo. Né à Los Mina, à Saint-Domingue, l’artiste a grandi dans un quartier qui fut l’un des premiers villages de Noirs marrons de l’île d’Hispaniola. Une histoire qui trouve un écho dans ses représentations de marrons en fuite, saisis dans un mouvement qui semble ne jamais s’interrompre. Ainsi, dans Zambos n° 2 (1997), Castillo reprend une même image dans une composition de neuf cases, qu’il inverse et décline en couleur et en son centre apparaît une photographie retravaillée de l’artiste, agenouillé dans son atelier parisien. Les mots qui l’entourent font écho aux catégories héritées de l’histoire coloniale et aux termes inventés par Castillo. En les rapprochant et en les transformant, l’artiste fait du marronnage un ressort de son langage plastique.
Des figures religieuses réappropriées
Le syncrétisme religieux est également au cœur du travail de Castillo, comme dans St-Georges (1994), où il reprend la figure chrétienne de Saint Georges et choisi de le transformer : le saint, représenté comme un homme noir vêtu d’une cape rouge, chevauche une chèvre à deux têtes. Il brandit une lance et porte un crucifix en guise de bouclier, sur lequel apparaît un Christ noir. Rebeca Hey-Colón, chercheuse en études afro-latines, caribéennes et culturelles interprète cette représentation faite par José Castiollo comme une « africanisation » de cette figure religieuse et de ce fait rapproche cette figure des énergies d’Ogún, divinité du vaudou dominicain et haïtien ainsi que de la santería cubaine, associée à la guerre et aux batailles, et dont le fer est l’un des attributs.
Ces croisements entre imaginaires, cultures et héritages ouvrent plus largement sur les questions qui traversent la création latino-américaine contemporaine.
Le 2 novembre 2026 à 19 heures, la Maison de l’Amérique latine organise une rencontre autour de l’exposition, en présence de sa commissaire, Vivian Braga dos Santos. Intitulée L’œil pense. Un éclairage sur la scène artistique latino-américaine en France, elle propose un éclairage sur l’exposition et la scène artistique latino-américaine en France.
Chercheuse et enseignante en art, docteure de l’Université de São Paulo, Vivian Braga dos Santos a consacré sa thèse, soutenue en 2018, au concept de « fonction historienne » de l’œuvre d’art. De 2019 à 2024, elle a été pensionnaire à l’Institut national d’histoire de l’art, à Paris, où elle a mis en place et dirigé le programme « Performativités noires ». Ses recherches actuelles portent sur les identités, les sociétés et les cultures artistiques latino-américaines, notamment à travers les notions d’archive et de performance.
L’exposition est présentée à la Maison de l’Amérique latine, 217 boulevard Saint-Germain, Paris 7e, jusqu’au 15 janvier 2027. Entrée libre.