De Saint-Pierre à Paris : trajectoires artistiques et visages martiniquais

De la construction des imaginaires coloniaux à l’émergence d’un art martiniquais affirmé, l’exposition Peindre à la Martinique. Une histoire de l’art décentrée (1765-1943), présentée jusqu’au 26 avril à la Fondation Clément en Martinique, explore les dynamiques artistiques à l’œuvre entre 1765 et 1943. Sous le commissariat de Christelle Lozère, elle propose une relecture de l’histoire de l’art des Antilles.

Peindre à la Martinique observe près de deux siècles de création artistique, de 1765 à 1943, en interrogeant les conditions de production, de circulation et de réception des images dans un contexte colonial et post-esclavagiste. Présentée à la Fondation Clément, en partenariat avec le musée du Quai Branly Jacques Chirac, l’exposition ouvre ses portes à partir de ce 6 février, invitant le public à redécouvrir l’histoire de l’art martiniquais via plus de 150 œuvres.

Peindre à la Martinique : trajectoires, regards et résistances
À travers un parcours dense et chronologique, Peindre à la Martinique. Une histoire de l’art décentrée (1765-1943), illustre les grandes transformations esthétiques et politiques entre la fin du XVIIIe siècle et la Seconde Guerre mondiale. L’exposition révèle comment les pratiques artistiques accompagnent l’histoire de la Martinique et la construction des imaginaires coloniaux, avant de laisser place à des formes de réappropriation visuelle portées par la négritude, le surréalisme et l’émergence d’un art plus ancré dans le péyi.

Dans cette exposition, programmée jusqu’au 26 avril 2026, les parcours des premiers peintres, indifféremment natifs ou installés en Martinique, dialoguent avec celles des peintres voyageurs et des artistes de l’école de Paris fascinés par les « sujets antillais ». Des figures comme Jean-Baptiste Rabardelle, Bernard Arosteguy, Marius-Pierre Le Masurier, Jean Baldoui, Jean-Louis Paguenaud ou encore Pierre Bodard incarnent cette histoire plurielle, faite de circulations, de silences et de luttes pour la reconnaissance. Peindre à la Martinique met en exergue des aspects distincts de l’histoire de l’art en Martinique en dévoilant par exemple « le rôle fondamental des professeurs de dessin des lycées républicains de Saint-Pierre et de Fort-de-France » ou encore la place de Jenny Prinssay, première femme peintre native des Antilles à laquelle Christelle Lozère, commissaire de l’exposition, a déjà consacré des travaux.

Christelle Lozère, retrace une histoire de l’art décentrée et engagée
Au cœur de cette exposition, le commissariat de Christelle Lozère imprime une orientation scientifique et politique forte. Professeure des universités en histoire de l’art et histoire contemporaine, co-responsable du master histoire à l’Université des Antilles et critique d’art, elle consacre depuis plus de dix ans ses recherches à l’histoire de l’art des Antilles et de la Caraïbe dans les contextes esclavagistes et post-esclavagistes, en particulier aux circulations entre les Antilles et Paris.

Ses travaux s’attachent à restituer les réseaux, les mobilités et les stratégies d’artistes longtemps marginalisés dans les récits canoniques. Comme elle l’explique dans une interview à l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA), « je me consacre à l’étude des réseaux d’artistes – peintre, sculpteur, photographe, illustrateur, artisan, etc., natifs ou non des Antilles, à leurs (im)mobilités, à la circulation des images et des imaginaires antillais entre l’Europe et la Caraïbe ». Cette démarche trouve un écho direct dans son ouvrage Histoire de l’art des Antilles françaises en contexte esclavagiste et post-esclavagiste (XIXᵉ siècle – 1943), l’ouvrage fondateur présenté comme « ouvre la voie à une histoire de l’art des Antilles décentrée, renouvelée et en réseau avec Paris. Il explore les temporalités, les trajectoires et les dynamiques artistiques au cœur d’un contexte esclavagiste et post-esclavagiste, marqué par des rapports de domination et de contraintes, mais aussi des stratégies de résistance par le contournement ». Une lecture critique, attentive aux rapports de pouvoir autant qu’aux formes de résistance esthétique, qui structure l’exposition Peindre à la Martinique. Une histoire de l’art décentrée (1765-1943), en donnant voix aux artistes et aux sources dans leur contexte historique.

Rencontres et événements autour de l’exposition
L’exposition s’accompagne d’un programme d’événements permettant d’approfondir ses enjeux. Une visite commentée par la commissaire de l’exposition, Christelle Lozère, offrira un éclairage privilégié sur le parcours, les choix et préférences retenus pour cette exposition.

Le lundi 9 février, un symposium hors les murs, intitulé « La recherche en histoire de l’art de la Caraïbe et l’histoire des représentations », réunira chercheurs et spécialistes. Une thématique autour des renouvellements historiographiques en cours qui se déroulera dans le cadre du qui prend place dans le cadre du workshop international en histoire de l’art de la Caraïbe qui se déroule en Martinique.

Toujours autour de cette exposition, une visite thématique, Portrait : entre visages et histoires, sera proposée par l’historienne de l’art Philippa Sissis. Elle invitera le public à aller « à la rencontre de personnages plus ou moins anonymes, des hommes et des femmes dont les traits nous racontent leurs vies, mais aussi leurs époques ». Cette rencontre aura lieu le 15 février 2026.

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