Une autre légende des mers : Shango, le pirate noir sous le crayon de Guy Michel

Quand la piraterie caribéenne prend un visage noir, c’est Shango, sous le crayon de l’artiste haïtien Guy Michel. Cette BD scénarisée par deux auteurs à la solide notoriété, Arnaud Delalande et Marc de Banville, paraît aux éditions Robinson.

Avec Shango, la nouvelle bande dessinée des éditions Robinson en librairie le 18 février 2026, la légende des mers s’embrase d’une autre mémoire : celle des « pirates noirs, anciens esclaves devenus figures de rébellion ». Au cœur de cette épopée, un artiste haïtien : Guy Michel, dont le trait bien connu dans cet univers fait surgir les vagues et les fantômes de l’Atlantique.

Un pirate noir pour réécrire l’imaginaire
Dans le royaume d’Oyo, actuel Bénin, Shango est fait captif pour être déporté vers les Caraïbes, promis aux cales d’un navire négrier hollandais. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle bascule. De l’esclavage à la flibuste, de la survie à la révolte, Shango devient pirate et prend la mer des Caraïbes à la recherche de trésors… et de liberté. À travers ce héros de fiction, la BD ouvre un champ encore trop peu exploré : celui des pirates noirs du XVIIᵉ siècle, anciens esclaves africains qui ont transformé l’océan en territoire d’insoumission. Une autre face de la piraterie, plus politique, plus brûlante, plus connectée à l’histoire caribéenne.

Guy Michel, des dragons aux tempêtes caribéennes
Avec Guy Michel, on peut s’attendre à ce que Shango frappe fort visuellement. Né en Haïti en 1975, formé aux Beaux-Arts de Versailles, il fait partie de ces artistes qui depuis quelques années ont su imposer un imaginaire puissant dans le monde de la bande dessinée, où les histoires de pirates occupent une large place. Révélé avec Aquilon, avant de s’imposer avec la saga heroic fantasy Le Sang du Dragon (tomes 1 à 5) et la série Surcouf, il n’en est pas à son premier abordage. La mer, les combats navals, la fureur des éléments : Guy Michel les connaît et, avec Shango, l’artiste change d’échelle et confère à son dessin une autre dimension. Plus que l’aventure ou la piraterie, il s’agit ici de mémoire, d’identité, d’héritage afro-caribéen.

Son dessin presque cinématographique, fait vibrer les planches de tempêtes, de rituels vaudou, de batailles au sabre et de regards habités par l’exil et la colère. Une esthétique épique au service d’une histoire longtemps invisibilisée.

Une piraterie entre histoire, vaudou et rébellion
Scénarisée par l’incontournable Arnaud Delalande (Surcouf, Viravolta) et le journaliste Marc de Banville (Le Canal de Panama, un siècle d’histoires), la saga mêle rigueur documentaire et souffle romanesque. Traite négrière, traditions africaines, naissance d’Haïti, sociétés coloniales en formation : Shango navigue entre les mondes, entre les continents, entre les mémoires. Dans un domaine souvent figé dans un récit exotique, les auteurs injectent de l’authenticité, même un caractère politique au vu de l’angle historique choisi et assumé. Le vaudou y croise la poudre à canon, les dieux africains murmurent et soufflent dans le vent des voiles, et la mer apparaît comme un nouvel espace à conquérir ou amadouer.

La parution de Shango résonne comme un événement. Parce qu’au-delà de l’aventure, c’est un regard ou noir, ou caribéen, ou diasporique qui s’impose dans l’imaginaire de la BD historique. Et parce que Guy Michel, enfant d’Haïti devenu figure reconnue du neuvième art, y signe sans doute l’un de ses projets les plus symboliques. Avec Shango, la piraterie cesse d’être seulement un décor d’aventure pour devenir un territoire de mémoire et de résistance. Une épopée pop, engagée, et aussi caribéenne.

Shango – Pirate noir des Caraïbes
En 1639, dans l’actuel Bénin, Shango, fils d’un chef du royaume d’Oyo, est capturé et arraché à son village. Avec d’autres prisonniers, il est entraîné vers la côte pour être vendu comme esclave aux Hollandais et embarque à destination des Caraïbes. Ainsi débute l’épopée héroïque de Shango.

À travers une grande aventure maritime portée par le personnage de Shango, cette fiction renouvelle l’imaginaire de la piraterie et explore un pan méconnu et longtemps invisibilisé de l’Histoire : celui des pirates noirs, anciens esclaves africains, devenus figures de rébellion et de liberté au XVIIᵉ siècle.

Ce récit s’inscrit dans un contexte historique foisonnant et passionnant : les débuts de la traite négrière, les traditions africaines et vaudou, la naissance des sociétés caribéennes telle qu’Haïti… Autant de thématiques qui entrent en résonance avec des enjeux mémoriels toujours d’actualité.

Shango – Pirate noir des Caraïbes
56 pages, 15,50 euros
Éditions Robinson

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